Quelques heures après sa victoire sur la Route du Rhum à Pointe-à-Pitre, Tom Laperche (SVR-Lazartigue) est revenu sur les pontons sur son «rêve de gosse» devenu réalité, l'état de grâce qui l'a accompagné pendant la traversée et le choc provoqué par le chavirage de son concurrent Armel Le Cléac'h.
Que représente pour vous cette victoire sur la Route du Rhum ?
Franchement, c'est un rêve d'enfant. J'ai toujours vu des images incroyables des arrivées ici, celles des grands champions depuis des décennies. Mon rêve était de courir un jour dans cette catégorie reine des multicoques et de jouer la victoire au scratch [classement toutes classes de bateaux confondues]. Je suis hyper impressionné par l'accueil qui m'a été réservé. Le bruit, l'ambiance, tout cela me touche énormément.
Lire aussi: Tom Laperche et SVR-Lazartigue, un couple à maturité, s’emparent du record de la Route du RhumVous avez réalisé une trace quasi parfaite sur l'Atlantique en signant un nouveau record. Comment vous l'expliquez?
Sur ces courses, on arrive parfois à basculer dans une sorte d'état de grâce où tout devient possible. J'avais déjà ressenti cela sur la Solitaire du Figaro en 2022. Dès que tu prends une décision, c'est la bonne. Tu te réveilles juste au moment où arrive la risée et tu évites une sortie de route. Tu es en connexion totale avec ton bateau, la météo, la fatigue, ton environnement. Pour un sportif de haut niveau, vivre cela est vraiment extraordinaire. J'ai trouvé sur ce trimaran tout ce que j'espérais: la vitesse, les sensations et ce sentiment que tout se déroule de manière fluide.
Cette édition a pourtant été particulièrement atypique sur le plan météo...
Je savais que gagner la Route du Rhum ne se ferait pas les mains dans les poches. Les conditions étaient particulières, avec très peu d'alizés et beaucoup de transitions météo. À chaque fois, il fallait se remobiliser, effectuer des manoeuvres, dépenser beaucoup d'énergie. Mais j'ai adoré cette difficulté. J'ai pris énormément de plaisir à me dépasser, à repousser mes limites et à franchir chaque étape.
Le chavirage d'Armel Le Cléac'h a-t-il constitué un tournant?
Clairement. Quand on apprend cela tout seul au milieu de l'océan, c'est une sacrée émotion. Cela glace le sang. Je ne savais plus trop quoi faire et j'étais vraiment fébrile au moment de repartir. J'ai une énorme pensée pour Armel et toute son équipe. Après cela, la physionomie de la course change forcément. Cela rappelle que notre sport est extraordinaire mais que nous sommes toujours à la limite. Nous avançons constamment sur un fil.
Lire aussi: Charles Caudrelier avant le départ de la Route du Rhum: «C’est la plus belle course, les plus beaux bateaux»Qui vous a permis d'atteindre ce niveau?
J'ai une équipe technique extraordinaire. Ils ont énormément travaillé pour que ce trimaran soit au meilleur niveau. Ce que le bateau a montré sur cette Route du Rhum est aussi le résultat de leur travail. Et puis il y a François Gabart. J'ai effectué un stage chez MerConcept [son chantier naval] en 2019 alors que ce trimaran était encore en construction. Il a cru en moi avant même que je ne sois convaincu d'être capable de mener ces bateaux. Je ne le remercierai jamais assez. Pascal Bidégorry et Franck Cammas m'ont également beaucoup apporté. Ils ont tout donné pour me permettre d'atteindre mon meilleur niveau.
Lire aussi: A Saint-Malo, du rhum, des bouchons et moins d’ivresseAprès avoir remporté la Route du Rhum, quels sont vos prochains objectifs?
En gagner une deuxième serait déjà quelque chose de formidable. Mais notre sport évolue énormément et il y a encore beaucoup de défis à relever. L'un de ceux que je n'ai pas encore accomplis reste le tour du monde sur ces bateaux. C'est un objectif important pour la suite.


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