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Partout au Québec, des projets immobiliers urbanisent des espaces verts et des champs. Souvent présentés comme des efforts de densification, ces projets grignotent peu à peu nos derniers espaces respirables.
Additionnées, ces situations dessinent une tendance lourde : l’artificialisation de notre territoire. Dans un contexte de crise climatique, de fragilité agricole et de perte de biodiversité, le temps est venu de s’interroger collectivement sur le territoire que nous souhaitons léguer aux générations futures.
Chaque soir, en marchant derrière le boulevard le Bourg-Neuf, à Repentigny, je contemple les champs baignés dans la lumière des couchers de soleil. Ce tronçon de la Route verte révèle encore le visage naturel de Repentigny.
À tort, ce territoire était largement perçu comme protégé. Or, il ne l’était pas. Voilà comment, sans réel débat public, une terre cultivée peut basculer en ensemble résidentiel, pratiquement à l’insu de tous. C’est ce que j’ai compris en apprenant qu’un projet immobilier privé, déposé à la Ville, prévoit la construction de 64 logements à la jonction entre la zone agricole protégée et le périmètre urbain développé.
Pour desservir le projet, la Ville prévoit prolonger une rue sur une portion non protégée d’un terrain situé principalement en zone agricole. Cet élément a mené la Commission de protection du territoire agricole à se déclarer non compétente dans le dossier, le 28 juillet. Bien qu’aucun dézonage officiel ne soit exigé, l’incidence territoriale est réelle, puisqu’il s’agit d’un acte d’expansion aux marges de la ville sur un espace non urbanisé.
Éthique
Ce projet est présenté comme de la densification urbaine. Pourtant, peut-on vraiment parler de densification lorsqu’il prend racine sur une terre cultivée, en périphérie de la ville ? Ne s’agit-il pas en réalité d’un étalement urbain déguisé, rendu acceptable par le ton rassurant qu’adopte le discours ? Pourquoi l’accepte-t-on dès lors qu’il est question de densification ?
Quand le langage devient flou, les décisions perdent leur sens profond. Ce n’est pas seulement une question d’aménagement territorial, c’est une question d’éthique publique et d’équité démocratique.
Derrière ce projet local se cache un défi beaucoup plus vaste, celui de l’artificialisation progressive de notre territoire, morceau par morceau. Chaque nouveau développement sur une terre non urbanisée fragilise notre résilience collective à long terme et augmente le risque que ne s’amorce une série de projets qui pourraient compromettre d’autres espaces. En construisant sur une terre cultivée, on perd bien plus qu’un champ, on perd une capacité de production alimentaire et un paysage unique, en plus de créer un précédent.
Les citoyens ont compris l’importance de ce moment. Le 3 juillet dernier, plus de 60 d’entre eux se sont déplacés à la consultation publique portant sur le projet, malgré un affichage minimal — une seule pancarte au fond d’un cul-de-sac et un avis en ligne. Des citoyens y ont exprimé leur opposition en plus de proposer des solutions de rechange constructives, envoyant le signal qu’on pouvait faire mieux avec ce terrain que le projet actuellement proposé.
Solutions de rechange
Une des options proposées était de transformer la portion sud en un parc public, accessible depuis la piste cyclable, et préserver la partie cultivée pour y aménager un jardin communautaire. Une façon simple et réaliste de préserver la vocation agricole du site tout en répondant aux attentes des citoyens et à l’urgence du moment.
Cette vision réaliste et implantable progressivement rejoint les moyens réels de la Ville. D’autres municipalités l’ont démontré, notamment à Terrebonne, où l’ancien golf Le Boisé a été acquis pour le convertir en parc nature. La preuve que des options crédibles au béton existent.
Encore faut-il reconnaître que ne rien bâtir peut parfois être le choix ayant la plus grande valeur. Tout repose sur une volonté politique, mais aussi sur la capacité de nos institutions à réconcilier leurs engagements climatiques avec les décisions opérationnelles du quotidien.
D’ailleurs, la Ville en est capable. Elle a d’elle-même instauré un moratoire sur le développement riverain le long du fleuve Saint-Laurent pour le maintenir accessible aux citoyens. Pourquoi ne pas appliquer ce même principe aux espaces verts et aux champs qui longent la piste cyclable dans le secteur Le Gardeur ?
Ce que les citoyens demandent est simple : retirer ce projet et ouvrir un véritable dialogue avec eux pour imaginer ensemble l’avenir de ce territoire. Face à la crise climatique et à la méfiance envers les institutions, cette forme de coconstruction n’est plus un luxe, mais une nécessité.
Ce qui ne porte pas de murs peut être porteur d’avenir. Nos espaces verts ne sont pas des vides à remplir, mais des lieux à préserver et à penser. Ce qui se joue à Repentigny dépasse notre quartier, c’est un enjeu de société. Si nous ne nous en soucions pas aujourd’hui, que transmettrons-nous demain ?


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