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Un avertissement général, une exposition générale et une rétrospective individuelle. Beaucoup de photographies, mais aussi des installations, de la peinture, de la vidéo, de la tapisserie et même de l’art vivant et végétal.
On évoque dans « L’esprit critique » de ce jour la rétrospective malheureusement posthume que le musée du Jeu de paume consacre au photographe britannique Martin Parr, récemment décédé, et qui s’intitule « Global Warning » ; la gigantesque proposition intitulée « Exposition générale » avec laquelle la Fondation Cartier inaugure ses nouveaux locaux et tente de synthétiser quarante années d’activités ; et enfin la première rétrospective en France de Dana Lixenberg, photographe néerlandaise longtemps installée aux États-Unis, qui ouvre la nouvelle saison de la Maison européenne de la photographie.
« Global Warning »
« Global Warning » est le titre très bien trouvé de la rétrospective malheureusement posthume que le musée du Jeu de paume, à Paris, consacre au photographe Martin Parr, décédé au mois de décembre. Elle revisite l’œuvre de l’artiste à travers différentes séries réalisées de la fin des années 1970 à nos jours, regroupées en différentes sections intitulées « Terres de loisirs et de déchets », « Tout doit disparaître », « Petite planète » ou encore « Addictions technologiques ».
Dans ces séries débutées dans de petites villes anglaises, notamment à Bristol, où il vécut longtemps et où il est mort, puis étendues aux cinq continents, Martin Parr documente nos modes de vie, nos dépendances à la voiture, nos obsessions de la consommation, nos manières de voyager, avec un regard ironique rendu plus grave par l’accumulation des bouleversements climatiques, et des couleurs saturées soulignant le regard satirique qu’il posait sur le monde, avec une forme de distance restant à qualifier, entre ironie et proximité.
En près de 180 œuvres, le commissariat de cette exposition, qui a ouvert à la toute fin du mois de janvier et demeure visible jusqu’au 24 mai, a été assuré par Quentin Bajac, en collaboration avec Martin Parr lui-même et Clémentine de la Féronnière.
« Global Warning » est visible au Jeu de paume, à Paris, jusqu’à la fin du mois de mai.
« Exposition générale »
Après « Alerte générale » de Martin Parr, c’est à une « Exposition générale » que nous nous intéressons, en l’occurrence celle que présente la Fondation Cartier pour l’art contemporain à l’occasion de son installation dans son nouveau bâtiment parisien, près du musée du Louvre, déménagement et nouveaux locaux dont nous n’allons pas reparler – d’abord parce que nous avons déjà écrit dessus et ensuite parce que nous allons déjà avoir fort à faire avec cette vaste proposition qu’il sera impossible de parcourir pièce par pièce, puisque la collection est née avec la création de l’institution et rassemble aujourd’hui plus de 4 500 œuvres, de 500 artistes de 60 nationalités.
« Exposition générale » s’articule autour de quatre moments, censés correspondre aux quatre lignes de force de la collection (« Sciences », « Gestes et matériaux », « Écologie et mondes vivants » et « Architecture »), et s’ouvre par un laboratoire architectural intitulé « Machines d’architecture » fait de maquettes, dessins, fragments et installations. Elle se poursuit par des œuvres résonnant avec des écosystèmes menacés et les limites de l’anthropocentrisme (« Être nature »), puis avec une section insistant sur la porosité entre art, artisanat et design (« Making Things »). Enfin, elle donne place à des pratiques artistiques mêlant technologie, fiction et savoirs scientifiques qui esquissent d’autres manières de lire et d’habiter le monde (« Un monde réel »).
Si cette « Exposition générale » intéresse « L’esprit critique », c’est notamment parce que, comparée à la Collection Pinault ou à la Fondation LVMH, la collection regroupée par cette autre marque de luxe qu’est Cartier se distingue de plusieurs façons. Elle n’est pas fondée sur un vaste fonds préexistant et des décennies d’achats, comme l’ont fait François Pinault et Bernard Arnault, mais se compose d’œuvres présentées dans le cadre de sa programmation et de commandes passées à des artistes depuis quarante ans. Elle a pris le parti de donner une place à des créations et des productions venues de géographies souvent peu visibles dans les institutions des capitales occidentales, notamment amazoniennes. Et elle ne se limite pas aux arts visuels mais s’étend à l’architecture, aux sciences humaines et non humaines, et plus particulièrement à l’écologie.
Le commissariat général de cette exposition, visible jusqu’à la fin du mois d’août, est signé Béatrice Grenier et Grazia Quaroni.
« Dana Lixenberg. American Images »
Les « images américaines » de la photographe Dana Lixenberg sont exposées à la Maison européenne de la photographie, dans le cadre de la première rétrospective en France consacrée à cette artiste néerlandaise partie vivre aux États-Unis à la fin des années 1980.
L’exposition est constituée de portraits – des figures publiques du sport et de la musique notamment ou des quidams – réalisés dans le cadre de commandes de magazines ou de travaux plus personnels.
On passe ainsi de figures comme John McEnroe, Tupac Shakur ou Notorious B.I.G, à des ensembles réalisés dans le quartier rouge d’Amsterdam (De Wallen, 2025), dans une petite ville de l’Indiana avec une population de sans-logis américaine, ou au sein d’une communauté iñupiaq vivant sur une île au large de l’Alaska (The Last Days of Shishmaref, 2008).
Le travail le plus connu et le plus ambitieux de Dana Lixenberg, toujours en cours, demeure celui débuté après le soulèvement de plusieurs quartiers de Los Angeles à la suite de l’acquittement des policiers ayant frappé Rodney King en 1992, qui s’intitule Imperial Courts et retrace sur plus de trois décennies la vie dans un ensemble de logements sociaux dans le quartier de Watts.
Dana Lixenberg utilise pour ses photos une chambre 4x5 pouces, c’est-à-dire grand format, supposant concentration et immobilité de la part de celles et eux qui se trouvent devant son objectif, définissant son rapport avec ses sujets comme celui d’une « danse lente ».
Le commissariat de cette exposition est signé Marcel Feil et Laurie Hurwitz.
« American images » a ouvert le 11 février et demeure visible jusqu’à la fin du mois de mai.
Avec :
- Rose Vidal, critique et autrice ;
- Margot Nguyen, travailleuse de l’art indépendante ;
- Hélène Soumaré, critique d’art.
« L’esprit critique » est enregistré par Corentin Dubois et réalisé par Étienne Bottini.


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