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«L’esprit critique» cinéma: représenter le capitalisme tardif

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Deux films-fables sanguinolents, mêlant les genres et les registres, sur les méfaits du capitalisme et de la concurrence entre employés, et un long métrage revisitant et détournant les codes et les rythmes du film de braquage…

On évoque aujourd’hui dans « L’esprit critique » le nouveau film de Sam Raimi, intitulé Send Help, qui plonge un jeune PDG arrogant et son employée mal à l’aise en société, mais douée en mathématiques et en survivalisme, dans le huis clos d’une île déserte après un accident d’avion. Puis, dans un tout autre univers, mais avec une thématique et une volonté de mêler comédie et noirceur relativement proches, la proposition du Coréen Park Chan-wook titrée Aucun autre choix.

Enfin, on revient sur le nouveau long métrage de l’États-Unienne Kelly Reichardt, The Mastermind, titre ironique pour désigner le vol plus chaotique que stratégique de quatre tableaux dans un musée du Massachusetts au début des années 1970.

« Send Help »

Send Help est le titre du nouveau film du réalisateur Sam Raimi, révélé au début des années 1980 avec Evil Dead, puis rendu célèbre avec sa trilogie des Spider-Man, un cinéaste oscillant entre les exigences et les codes d’Hollywood et une veine plus singulière marquée par des longs métrages comme Drag Me to Hell (Jusqu’en enfer en bon français).

Dans ce long métrage, qui mélange avec jubilation les genres du gore, de la comédie noire, de la comédie romantique, de la satire et du film de naufragés, les comédien·nes Dylan O’Brien et Rachel McAdams se retrouvent sur une île déserte du golfe de Thaïlande après le crash de l’avion privé qui devait les transporter à Bangkok.

Le premier, Bradley Preston, vient d’hériter, après la mort de son père, d’une importante entreprise de conseil qu’il gère avec arrogance. La seconde, Linda Liddle, employée douée de cette entreprise, espérait se voir promue par le père, mais s’est vu préférer le camarade de golf et d’études du fils. Cependant, cette adepte des techniques survivalistes est beaucoup plus apte à affronter la réalité d’une île hostile que celui qui, bien que blessé et impuissant, a tendance à se considérer toujours comme son chef. Même si le film promet un certain nombre de rebondissements dans la relation d’amour-haine qu’entretiennent les deux personnages…

Send Help est en salles depuis le 11 février.

© Mediapart

« Aucun autre choix »

Aucun autre choix est le titre du nouveau long métrage du Coréen Park Chan-wook, réalisateur notamment de Old Boy, film où la vengeance était un plat qui se mangeait glacé, ou de Decision to Leave, récompensé par le prix de la mise en scène à Cannes en 2022.

Dans ce film à la fois comédie, critique sociale et thriller, inspiré d’un polar américain à succès d’ailleurs déjà adapté au cinéma il y a vingt ans par Costa-Gavras, un père de famille licencié après le rachat de son entreprise de papeterie décide d’éliminer physiquement ses concurrents potentiels pour un poste dans une autre papeterie.

Incarné par Lee Byung-hun, star du cinéma coréen et visage du méchant dans la série Squid Game, le personnage principal passe ainsi du statut d’homme comblé par sa vie professionnelle, personnelle et matérielle, à celui de meurtrier prêt à tout pour sauver sa jolie maison, les cours de violoncelle de sa fille surdouée et l’abonnement Netflix de la maisonnée.

Aucun autre choix est sur les écrans depuis le 11 février.

© Mediapart

« The Mastermind »

Après avoir détourné les codes du western dans son film First Cow, la cinéaste Kelly Reichardt revient avec un long métrage qui revisite le film de braquage. Intitulé The Mastermind, le nouvel opus de la réalisatrice états-unienne met en scène, au début des années 1970, un braquage dans le musée de la petite ville de Framingham dans le Massachusetts.

Écho à un véritable braquage qui eut lieu en mai 1972 dans le musée de Worcester, près de Boston, où furent dérobés deux Gauguin, un Picasso et un Rembrandt, les ravisseurs s’emparent dans le film de quatre tableaux plus modestes, réalisés par Arthur Garfield Dove (1880-1946), considéré comme le premier peintre abstrait aux États-Unis.

The Mastermind est un titre ironique, puisque l’initiateur du cambriolage joué par Josh O’Connor – menuisier au chômage, fils d’un juge de la ville – n’a pas grand-chose d’un cerveau génial et que sa fuite, dans une Amérique marquée par les mouvements de protestation contre la guerre du Vietnam, est à l’image du braquage : sans gloire ni issue.

The Mastermind est sorti en salles le 4 février. 

© Mediapart

On débat de ces trois films avec :

  • Occitane Lacurie, membre du comité de rédaction de la revue de cinéma Débordements et de la revue de cinéma décolonial Emitaï ;
  • Alice Leroy, qui écrit dans les Cahiers du cinéma ;
  • Raphaël Nieuwjaer, qui écrit dans les Cahiers du cinéma ainsi que dans la revue Études.

« L’esprit critique » est un podcast proposé par Joseph Confavreux pour Mediapart, enregistré et réalisé par Karen Beun.

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