NE LAISSER PAS LE 5G DETRUIRE VOTRE ADN Protéger toute votre famille avec les appareils Quantiques Orgo-Life® Publicité par Adpathway
La montée des tensions internationales compromet-elle la lutte contre les changements climatiques ou ouvre-t-elle de nouvelles voies d’action ? Entre désengagement des États et affaiblissement du multilatéralisme, les leviers de l’action climatique se redessinent. Entrevue avec François Gemenne, professeur spécialiste des questions de géopolitique de l’environnement à HEC Paris.
La situation géopolitique actuelle est-elle en train de condamner l’action climatique ?
Pas forcément. Les tensions ralentissent l’action, car celle-ci doit être mondiale. Dans un régime de coopération internationale, si les objectifs des pays ne sont pas alignés, le risque est que l’action se dissolve. Le principal responsable en ce moment est les États-Unis. Leur désengagement envoie un signal très négatif et crée une forme de recul : il est difficile de demander aux autres d’en faire plus si un acteur majeur se retire.
Pourtant, la crise actuelle, notamment avec le blocage du détroit d’Ormuz, rappelle aussi aux États que leur dépendance aux énergies fossiles est un talon d’Achille géopolitique et un boulet pour leur compétitivité. Les risques de pénuries ont déjà conduit certains pays asiatiques à fermer des pans entiers de leurs économies pour économiser le gaz et le pétrole. Si nous en tirons les leçons, des pays pourraient choisir d’accélérer leur transition pour ne plus dépendre d’énergies dont ils ne contrôlent ni le prix ni la disponibilité, surtout face aux décisions irrationnelles de certains présidents.
Est-ce que la solution à la crise peut encore se trouver dans la collaboration internationale ?
Dans les dernières années, l’idée du multilatéralisme, l’idée qu’on allait tous converger rationnellement vers un but commun, vers un « village global », s’est fracassée sur le populisme et le repli sur soi.
L’erreur de naïveté, qu’on a peut-être faite notamment à travers l’Accord de Paris en 2015, a été de faire reposer la transition climatique uniquement sur les gouvernements : l’idée très onusienne de mettre d’accord l’ensemble des 200 gouvernements vers un objectif commun.
C’est une idée qui a vécu. Le problème, c’est qu’on essaye de traiter d’un problème global à travers la collaboration intergouvernementale, alors que le problème par nature dépasse les frontières. Aujourd’hui, on doit penser la transition autrement et considérer qu’elle doit s’opérer à d’autres échelles, celles des entreprises, des acteurs locaux et de la société civile.
L’actuelle volatilité des prix de l’énergie pourra-t-elle influencer l’action climatique ?
Dans un système capitaliste, l’instrument de régulation le plus puissant est le prix des denrées.
Il existe un paradoxe avec le prix du pétrole : s’il est élevé, il encourage à se tourner vers d’autres formes d’énergie, comme les énergies renouvelables, mais rend les investissements pétroliers rentables. S’il est bas, il décourage les nouveaux investissements dans le secteur, mais il conforte notre dépendance aux énergies fossiles.
À terme, on peut considérer un peu cyniquement que c’est surtout l’influence des marchés qui est susceptible d’agir sur la transition climatique. Un exemple frappant : en février, Donald Trump a mis aux enchères des concessions en Alaska qui n’ont pas trouvé preneur, car le prix du baril rendait l’investissement trop lourd. L’écosystème de l’Alaska a été sauvé par le marché davantage que par les militants ou la régulation.
C’est peut-être une tendance qu’on risque d’observer sur le plan des énergies renouvelables, comme le solaire, qui vont devenir de plus en plus rentables. Plus largement, il faut continuer à considérer l’avenue de la tarification du carbone, qui a véritablement un effet sur notre consommation d’énergie. Rendre plus cher ce qui a un impact carbone très lourd, et moins cher ce qui est décarboné.
L’instabilité internationale mène de nombreux pays à s’inquiéter de leur souveraineté énergétique et à remettre en avant certains projets de développement d’énergies fossiles. Que faut-il en penser ?
Les perspectives divergent selon les ressources des pays. En Europe, où on n’a pas de sous-sol riche, la souveraineté passe par les énergies renouvelables, ce qui est une bonne nouvelle. Au Canada, disposer de ressources fossiles pousse à les exploiter pour ne plus dépendre des États-Unis ou des flux mondiaux, ce qui retarde évidemment l’action climatique.
Mais le Canada pourrait choisir d’aborder la question sous l’angle de la sobriété énergétique. Réévaluer les modes de vie, rénover le bâti, investir dans les énergies renouvelables. Le pétrole n’est pas la seule avenue.
Les changements climatiques risquent-ils d’empirer les tensions géopolitiques futures ?
Ils vont exacerber les inégalités mondiales, ça, c’est certain. Les pays les moins responsables du problème sont les plus exposés à ses conséquences et risquent de s’appauvrir davantage. L’inaction climatique pourrait coûter la moitié du PIB mondial d’ici 2100, touchant principalement les pays du Sud.
Ces inégalités, qui vont avoir des répercussions claires sur le développement, risquent de créer des mouvements migratoires importants. Ces migrations seront surtout internes aux pays ou régions, mais elles risquent d’alimenter les mouvements populistes et les tensions sociales. À terme, elles vont participer à empirer les tensions internationales, comme celles entre le Mexique et les États-Unis. Sans parler évidemment des tensions autour de l’accès aux ressources naturelles, qui vont continuer à prendre de l’ampleur.


2 month_ago
27
























.jpg)






French (CA)