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L’énigmatique virage en U de l’équipe canadienne

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Les deux dernières médailles d’or olympiques de l’équipe masculine canadienne ont délibérément été remportées par de jeunes jambes. Or, les nouveaux dirigeants d’Équipe Canada viennent d’emprunter le sens inverse en vue des Jeux de Milan-Cortina. Voilà un intéressant virage en U.

En janvier 2014, quand Hockey Canada avait annoncé la formation concoctée par Steve Yzerman en vue des Jeux de Sotchi, l’exclusion de Martin St-Louis avait fait grand bruit. Yzerman, qui était aussi le patron de St-Louis chez le Lightning de Tampa Bay, avait alors expliqué qu’il préférait miser sur des jeunes plutôt que sur un vétéran de 38 ans.

Pour la petite histoire, Martin St-Louis avait quand même participé aux Jeux. Il avait été appelé en renfort pour parer à l’absence de Steven Stamkos (alors âgé de 23 ans) en raison d’une blessure.

À cause de ce réajustement de dernière minute, l’équipe qui a remporté l’or à Sotchi misait sur 7 joueurs de 25 ans et moins ainsi que sur 7 joueurs de 30 ans et plus. Et de ce groupe de trentenaires, Martin St-Louis était le seul à avoir franchi le cap de la mi-trentaine.

À Vancouver en 2010, on retrouvait pas moins de 12 joueurs de 25 ans et moins parmi lesquels figuraient, notamment : Drew Doughty (20 ans), Jonathan Toews (21 ans), Sidney Crosby (22 ans), Patrice Bergeron, Shea Weber, Ryan Getzlaf et Corey Perry (tous âgés de 24 ans).

Cette impressionnante cure de jeunesse n’était pas un hasard. Traumatisés par le fiasco des Jeux de Turin, les dirigeants de Hockey Canada s’étaient promis de ne plus jouer la carte du conservatisme et de la nostalgie. En 2006, lente à souhait, la formation canadienne avait été blanchie par la Suisse au tour préliminaire, puis par la Russie en quarts de finale. À la fin des émissions, le Canada occupait une désolante septième place.

***

Après cette remise en contexte, comme si le plus grand bassin de joueurs au monde avait cessé de produire des talents au cours des 10 dernières années, on constate que la formation que dirigera Jon Cooper à Milan ne comptera que deux joueurs âgés de 25 ans et moins : le défenseur Thomas Harley (Stars de Dallas, 24 ans) et le centre Macklin Celebrini (Sharks de San Jose, 19 ans).

Deux joueurs de hockey, dos à dos, sourient.

Sidney Crosby en compagnie de Macklin Celebrini lors du Championnat du monde au printemps dernier.

Photo : Associated Press / Anders Wiklund

Et que cette belle et rare jeunesse sera entourée de pas moins de 14 trentenaires, parmi lesquels quatre seront âgés de 35 ans et plus. C’est du jamais vu.

Sommes-nous en train d’assister à un contrecoup du déclin du programme junior canadien?

Certains argueront que la formation annoncée mercredi est essentiellement la même que celle qui a remporté la Confrontation des 4 nations en février dernier et que, en conséquence, tout est parfait. Et ils auront peut-être raison.

Aux yeux d’autres observateurs, la Confrontation des 4 nations se voulait plutôt une occasion de faire preuve d'esprit sportif à l’endroit de nombreux vétérans qui avaient été privés du plus haut niveau de hockey international depuis plus de 10 ans. Il apparaissait juste de leur donner une chance de se faire valoir et d’apporter les correctifs nécessaires le cas échéant.

Or, il semble qu’une défaite et une victoire serrée en prolongation contre les États-Unis aient suffi à rassurer le directeur général Doug Armstrong que, finalement, bien peu d’ajustements s’imposaient.

À titre d’exemple, Mark Stone (Golden Knights de Vegas, 33 ans) a conservé sa place même s’il a été blessé à répétition depuis des années et qu’il a clairement ralenti. Brad Marchand (Panthers de la Floride, 37 ans) sera aussi à Milan malgré le fait qu’il n’a plus sa vitesse d’antan et que le rythme des matchs de la Confrontation des 4 nations semblait un brin élevé pour lui.

Sidney Crosby a 38 ans et il sera à Milan. Mario Lemieux et Steve Yzerman ont déjà participé aux Jeux à 36 ans. Mais Brad Marchand n’est ni l’un ni l’autre.

Qu’est-ce que ça donnera à Milan? On verra bien. Quand les meilleurs joueurs sont tous disponibles, une formation canadienne sera toujours redoutable dans une grande compétition internationale.

Mais ce qu’on sait pour l’instant, c’est que la recette des jeunes jambes a produit deux médailles d’or en autant de tentatives. Et que les joueurs composant des alignements plus conservateurs ne sont montés sur la plus haute marche du podium qu’une fois en trois occasions.

***

On aura sans doute le temps d’en reparler. Mais de toutes les nominations annoncées mercredi, celle du gardien Jordan Binnington est de loin la plus incompréhensible.

Pour ceux qui l’ignorent, Binnington porte les couleurs des Blues de Saint Louis. Or, le DG de l’équipe canadienne, Doug Armstrong, est aussi le DG des Blues.

Un gardien de but met une rondelle dans sa culotte.

Le gardien Jordan Binnington sera de retour avec l'équipe canadienne à Milan-Cortina.

Photo : Getty Images / Patrick Smith

Binnington avait été choisi à titre de gardien numéro un de l’équipe canadienne l’hiver dernier, même si ses statistiques étaient fort mauvaises. Le gardien carburait alors sur sa réputation étiolée de gagnant de la Coupe Stanley de… 2019, et sur sa réputation de gardien des grandes occasions. Et il jouissait aussi, disons-le, de l’inébranlable confiance d’Armstrong.

Cette saison? La moyenne d’efficacité de ,870 de Binnington le place au 30e rang parmi les 30 gardiens de la LNH qui ont disputé au moins 20 matchs. Les statistiques avancées indiquent par ailleurs qu’il occupe le 76e rang sur les 77 gardiens qui ont joué dans la LNH cette saison au chapitre des buts attendus.

Binnington a ainsi accordé 9,7 buts de plus qu’un gardien générique moyen n’en aurait accordés en faisant face aux mêmes tirs. À titre comparatif, les deux autres gardiens sélectionnés, Logan Thompson (,915) et Darcy Kuemper (,917), ont respectivement sauvé 22,9 et 16 buts depuis le début de la saison.

On parle ici, rappelons-le, de la position-clé au hockey.

Pendant que tous les autres joueurs canadiens étaient épiés et voyaient leur jeu décortiqué au microscope depuis le mois d’octobre, Binnington semble avoir à nouveau profité d’une miraculeuse immunité. Sam Bennett, qui a été rayé de la formation canadienne après avoir remporté le trophée Conn-Smythe l’été dernier, doit se demander s’il a été évalué par des gens portant les mêmes paires de lunettes.

En 2006, Martin Brodeur (le gardien ayant remporté le plus grand nombre de matchs dans l’histoire du hockey) avait été choisi pour Turin malgré le fait qu’il connaissait une saison légèrement inférieure à ses standards habituels. Or, Binnington n’est pas Brodeur. Et il joue cette saison sous les standards d’à peu près tout le monde.

C’est l’une des plus étranges nominations depuis que la LNH permet à ses joueurs de participer aux Jeux olympiques. L’une des plus inquiétantes aussi. Parce que si on l’a choisi malgré d’aussi évidents déboires, c’est que quelqu’un a l’intention de l’utiliser.

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