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L’éléphant dans la pièce

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Tirer sur le messager est un réflexe qui remonte à l’Antiquité. Personne n’a dû être surpris de voir l’aile identitaire du mouvement souverainiste se déchaîner contre les Organisations unies pour l’indépendance (OUI Québec), dont le rapport publié en fin de semaine faisait état d’un malaise créé par le discours du Parti québécois (PQ) sur l’immigration.

Son plus éminent représentant, Mathieu Bock-Côté, a dénoncé sur Facebook ces « naufrageurs », ces « idiots utiles du fédéralisme » qui se font les promoteurs du multiculturalisme canadien et s’en prennent au PQ « sur le mode QS » au moment où les indépendantistes pourraient enfin reprendre le pouvoir. Le PQ lui-même, dont le chef est généralement très rapide sur la détente, a cependant fait preuve de la plus grande retenue ; au moment où ces lignes étaient écrites, il n’avait toujours pas réagi au rapport des OUI Québec.

Il serait en effet sage de ne pas aggraver les choses en lançant des anathèmes. Les commentaires d’anciens ministres et députés péquistes recueillis par La Presse, qui rejoignent les constats du rapport, interdisent d’ignorer plus longtemps la présence de cet « éléphant dans la pièce », d’autant qu’il risque de causer de sérieux dégâts.

On a parfaitement le droit de penser que les « idiots utiles » se fourvoient, mais ces derniers sont sincèrement convaincus que l’orientation actuelle du PQ dessert le projet d’indépendance, même si le problème réside peut-être davantage dans le ton qu’il utilise pour parler des immigrants que dans les politiques qu’il propose.

Aussi bien parmi les nostalgiques du PQ de René Lévesque que dans la jeune génération, plusieurs estiment que le message n’est pas suffisamment bienveillant et qu’il fait abstraction de la contribution des immigrants au développement de la société québécoise. Pour eux, indépendance ne rime pas nécessairement avec PQ, et ils pourraient décider de bouder les urnes le 5 octobre.

***

Ceux qui s’indignent du rapport des OUI Québec devraient relire celui que Paul St-Pierre Plamondon (PSPP) avait lui-même publié en 2017 sous le titre Oser repenser le PQ, qui consacrait un long chapitre à la diversité culturelle en insistant sur la nécessité d’un « discours neuf et résolument inclusif ».

Cette « démarche d’ouverture » n’avait rien à voir avec le multiculturalisme, expliquait-il. Au contraire, « ne pas agir en ce sens serait encourager le modèle multiculturaliste, c’est-à-dire confiner certaines communautés à un isolement démocratique et social ».

Certains ont reproché aux OUI Québec de ne pas avoir cité les groupes dont le témoignage a servi de base au rapport, mais celui de PSPP ne citait pas non plus ceux qui avaient témoigné. N’importe qui peut comprendre que les gens livrent plus facilement le fond de leur pensée quand on leur garantit la confidentialité.

Si le chef du PQ est demeuré silencieux, c’est peut-être qu’il se souvient que son rapport n’avait pas fait sauter son parti de joie. Certains n’avaient pas apprécié de se faire dire qu’il s’était éloigné des valeurs de ses débuts. « Je soumets aux membres du PQ qu’il ne faut pas craindre la critique et la voir plutôt comme une occasion de bâtir des ponts », avait-il écrit en introduction.

Il semble également opportun de rappeler une proposition de son rapport relative aux anciens députés et ministres, dont les critiques en ont agacé plusieurs ces derniers jours : « Au lieu de bannir et de faire taire les belles-mères, on pourrait leur donner un rôle utile et actif dans le mouvement. »

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La position des OUI Québec, organisme qui se veut un porte-parole et un animateur de la société civile, mais qui constitue aussi un lieu de rencontre entre des militants des différents partis souverainistes, est délicate. Surtout quand les partis en question sont à couteaux tirés.

Leur rapport a évidemment ravi Québec solidaire (QS), qui fait les mêmes reproches au PQ depuis des années. Personne ne s’illusionne sur la possibilité d’un rapprochement entre les deux partis d’ici les prochaines élections, à l’instar de celui que les OUI Québec avaient favorisé en 2017 avant qu’il ne soit rejeté par les militants de QS. C’est après les élections, si un référendum est toujours à l’ordre du jour, qu’ils pourraient à nouveau jouer un rôle de médiateur.

Cela impose la plus grande neutralité. Réunis dimanche pour trouver des pistes d’action, ils ont réussi à discuter de diversité et d’inclusion sans adresser de reproche à qui que ce soit. Personne n’a fait la moindre allusion au PQ ni à QS. Qu’on soit pour ou contre l’immigration, il est difficile de s’opposer au désir de « construire une identité québécoise forte, accueillante et plurielle en affirmant le français comme socle commun du vivre-ensemble ».

Le souci de ne pas être étiqueté frisait presque l’obsession. Alors qu’une proposition évoquait les liens à maintenir avec des groupes communautaires œuvrant à une plus grande « justice sociale », un participant a dit craindre que cette expression ne prête flanc à une accusation de gauchisme.

Il est vrai que la société civile est tout sauf unanime. Apprendre que 77 % des groupes consultés souhaitent une Révolution tranquille 2.0 n’est pas très éclairant. Pour les uns, cela peut signifier renforcer le « modèle québécois » et le filet social qu’il comporte ; pour d’autres, le réduire afin de « remettre de l’argent dans la poche des contribuables ».

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