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L’école Irénée-Lussier déjà victime de sa popularité

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Les enseignants et les parents d’élèves d’une école spécialisée de l’est de Montréal inaugurée il y a moins de trois ans sont inquiets. Le nombre d’élèves augmente rapidement dans cet établissement, au point de dépasser sa capacité d’accueil théorique. Une situation qui perturbe la qualité des services offerts et soulève des questions de sécurité, selon plusieurs intervenants joints par Le Devoir.

« C’est un cri d’alarme », lance le président du conseil d’établissement de l’école Irénée-Lussier, Michel Bernier. Père d’un élève qui fréquente cette école, il se dit stupéfait que le Centre de services scolaire de Montréal (CSSDM) n’ait pas su prévoir ce débordement.

Attendue pendant une quinzaine d’années, l’école secondaire Irénée-Lussier a été inaugurée en grande pompe à l’automne 2023. Elle a alors permis de regrouper sous un même toit des élèves de 12 à 21 ans présentant une déficience intellectuelle modérée à sévère qui étaient jusqu’alors répartis dans trois écoles de Montréal.

L’école, située dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve et construite au coût de 77 millions, comptait alors 227 élèves, dont la majorité présentent un trouble du spectre de l’autisme. L’établissement répondant à une demande croissante, le nombre d’élèves qu’elle accueille a grimpé depuis à 253 à la dernière rentrée scolaire, sans compter quelques admissions qui ont eu lieu en cours d’année.

Quant à la prochaine rentrée scolaire, une prévision émanant de la direction d’école et obtenue par Le Devoir faisait état, à la mi-mai, de 272 élèves qui pourraient fréquenter cette école en septembre prochain.

Une capacité dépassée

Or, le site Web du CSSDM mentionne bien que ce bâtiment a été bâti pour accueillir « jusqu’à 250 élèves », une donnée qui se trouve également dans les résultats d’une demande d’accès à l’information au ministère de l’Éducation réalisée l’an dernier, concernant les nouvelles écoles construites au Québec.

Joint par Le Devoir, le CSSDM n’a pas souhaité confirmer ni infirmer le nombre d’élèves que compte actuellement cette école, ni les données qu’on lui a fournies concernant la croissance notée depuis 2023 et celle prévue l’an prochain.

« Il est présentement inutile de citer des chiffres, tant et aussi longtemps que le nombre d’élèves n’est pas stabilisé et confirmé. Nous recevons actuellement de nouvelles inscriptions, mais les départs ne sont souvent reçus qu’à une date proche de la rentrée, ou peu après », note le CSSDM. Des données plus fiables sur le nombre d’élèves qu’accueillera cette école à la prochaine rentrée scolaire ne seront donc disponibles qu’en août, ajoute l’organisation.

Cependant, que les prévisions de croissance du nombre d’élèves se concrétisent ou non à la prochaine rentrée scolaire, « déjà, cette année, c’est difficile », évoque la présidente de l’Alliance des professeures et professeurs de Montréal (APPM), Catherine Beauvais-St-Pierre. « Nos écoles spécialisées sont des milieux où on a un taux de blessures très élevé, donc le nombre d’élèves vient jouer là-dedans, non seulement pour la sécurité du personnel, mais aussi pour les élèves eux-mêmes », ajoute-t-elle.

Ce sont d’ailleurs plus d’une centaine d’enseignants, de techniciens en éducation spécialisée et d’autres membres du personnel de cette école qui ont apposé leur signature sur une lettre acheminée le 28 avril dernier à la directrice générale du CSSDM, Isabelle Gélinas, pour lui faire part des inquiétudes que suscite cette situation.

Le document note que les répercussions de la croissance du nombre d’élèves « sont déjà perceptibles » entre les murs de l’établissement, où « de multiples agressions » sont commises par des jeunes envers d’autres « qui, pour la plupart, sont trop vulnérables pour se défendre ou se protéger de leurs pairs ».

Trois enseignants de cette école qui se sont confiés au Devoir sous le couvert de l’anonymat en raison du devoir de loyauté qu’ils ont envers leur employeur indiquent pour leur part avoir déjà constaté une diminution du nombre d’activités dans la cuisine de l’école ou à l’extérieur du bâtiment qui sont tenues avec les élèves, ces derniers étant trop nombreux pour assurer la tenue de celles-ci en toute sécurité.

Ces activités sont pourtant essentielles pour aider les jeunes qui la fréquentent à développer leur autonomie. « On passe à côté de la mission de l’école », déplore ainsi Michel Bernier.

Manque d’espace

Certains locaux qui avaient une autre vocation ont d’ailleurs été convertis en classes additionnelles dans les dernières années. Or, devant l’augmentation attendue du nombre d’élèves l’an prochain, le personnel craint désormais que le CSSDM compense le manque d’espace disponible dans cette école par une augmentation des ratios d’élèves par classe, ce qui causerait de « graves préjudices pour les élèves », mentionne la lettre qui a été transmise à la direction générale du CSSDM.

Or, « les besoins de ces élèves-là sont grandissants », rappelle Catherine Beauvais-St-Pierre, qui craint que les enseignants soient moins en mesure de répondre à leurs besoins si la taille des classes augmente. Les trois enseignants joints plaident dans ce contexte pour la construction d’une annexe afin d’agrandir l’école Irénée-Lussier, trois ans après son inauguration.

Le CSSDM assure pour sa part qu’il respectera « le nombre d’élèves par groupe prévu à la convention collective du personnel enseignant ». Or, les ratios appliqués dans les classes d’Irénée-Lussier ont historiquement été plus bas que ce qu’autorise la convention collective, d’où l’inquiétude de l’APPM.

« Le CSSDM est à l’écoute des préoccupations du personnel de l’école et veille absolument à la réussite des élèves et à la sécurité de l’ensemble de son personnel. L’école Irénée-Lussier accueille des élèves dont les besoins sont très grands et qui méritent la plus grande attention. Toutes les décisions seront prises en prenant compte de cet état de fait », conclut l’organisation.

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