L’école, c’est long, assommant et difficile. Les élèves n’en voient pas le bout. Alors que, dans le monde, tout s’obtient à l’instant par un «clic». Cela fait des décennies que, tous les trois ans, chacun se lamente sur la baisse des acquis scolaires enregistrée par les enquêtes PISA auprès des collégiens de 38 pays membres de l’OCDE et d’autres nations partenaires. On gémit, on gémit. C’est un peu court. Comme si le cerveau de nos chères têtes blondes ou brunes était voué à une inévitable dégénérescence. Et puisqu’il faut bien des coupables, c’est parfois les pédagogies progressistes, parfois la multiplication des réformes ou le dévoiement des missions de l’école. Bien sûr aussi, la disparition de l’autorité ou alors le recul des exigences, quand ce n’est pas la formation déficiente ou l’absence de motivation salariale des enseignants.
De toute manière, c’était mieux avant. En 1958, dans son célèbre article «La crise de l’éducation», Hannah Arendt, critique acerbe de la pédagogie active, se plaignait déjà de «la crise générale qui s’est abattue sur tout le monde moderne». Selon elle, la question n’était pas tant de savoir «pourquoi le petit John ne sait pas lire», mais comment l’école peut résister aux tentations nouvelles d’une culture de masse. Dans laquelle «la culture se trouve détruite pour engendrer le loisir» par les toutes nouvelles industries de divertissement. Septante ans plus tard, nous y sommes.


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