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L’école à trois vitesses et les effets croissants de l’intelligence artificielle (IA) sur le quotidien des professeurs du réseau de l’enseignement supérieur et de leurs étudiants comptent parmi les questions qu’aborderont une série de chercheurs dans le cadre du Congrès de l’Acfas, qui commence lundi à Trois-Rivières. Le Devoir s’est entretenu avec quelques-uns d’entre eux.
Dans les dernières années, les inquiétudes liées au risque accru de plagiat par des étudiants ayant recours à l’IA générative dans le cadre de leurs travaux ont maintes fois fait les manchettes. Cette question ne représente cependant que « la pointe de l’iceberg » des bouleversements profonds générés par l’utilisation « généralisée » de cette technologie par les étudiants et les professeurs du réseau de l’enseignement supérieur, relève la chercheuse Andréane Sabourin Laflamme, du cégep André-Laurendeau.
Dans le cadre du Congrès de l’Acfas, qui se tient du 11 au 15 mai à l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), la chercheuse et son collègue Frédérick Bruneault donneront une conférence portant sur l’importance de « redéfinir l’intégrité académique à l’ère de l’intelligence artificielle générative ».
« Certainement qu’on peut dire qu’on a été frappés de plein fouet, le milieu de l’enseignement supérieur, par l’arrivée de l’IA générative », ce qui soulève des questions de fond importantes, poursuit Mme Sabourin Laflamme. « Est-ce qu’on évalue correctement leurs connaissances ou est-ce qu’on corrige des travaux qui sont faits par des machines ? » demande la chercheuse.
« Est-ce qu’on forme nos étudiants pour être compétents ? » poursuit la chercheuse. Elle souligne ainsi l’importance de revoir les pratiques tant pédagogiques que d’évaluation en enseignement supérieur pour s’adapter à un milieu universitaire et à un marché du travail où l’IA générative est de plus en plus présente.
Des professeurs s’adaptent
La doctorante Mylène Raymond et le professeur Jason Luckerhoff ont d’ailleurs décidé, dans le cadre de leurs recherches, de se pencher sur les effets concrets de l’arrivée de l’IA entre les murs de leur université, l’UQTR, mais aussi sur les mesures prises par les professeurs pour s’adapter à cette vague.
« Les professeurs ont beaucoup de préoccupations », constate Mme Raymond au terme des nombreux entretiens qu’elle a menés avec ceux-ci. Au nombre de ces inquiétudes figurent les répercussions de cette technologie sur la rigueur intellectuelle des étudiants et l’homogénéité de leurs travaux en raison de leur utilisation de l’IA générative.
En réponse à cela, des professeurs reviennent à des méthodes d’évaluation plus traditionnelles — avec un papier et un crayon — ou encore demandent à leurs étudiants d’effectuer des présentations orales portant sur le contenu de leurs productions écrites, afin de valider leur compréhension des sujets y étant abordés, souligne Mme Raymond. Des professeurs prennent aussi le temps de sensibiliser leurs étudiants aux limites de l’IA générative, dont les hallucinations déforment souvent la réalité.
« Ils ont adapté leurs méthodes d’évaluation, mais aussi leur façon d’enseigner pour stimuler l’esprit critique différemment », résume-t-elle.
Inégalités scolaires
Il n’y a d’ailleurs pas que l’IA qui soulèvera les passions dans le cadre de ce congrès. Le gouvernement du Québec a contesté ces dernières années l’existence d’un modèle d’école « à trois vitesses » dans la province, et celui-ci fera l’objet d’une série de panels qui se pencheront pendant une journée complète, le 14 mai, sur « l’école à trois vitesses ».
« Je me réjouis qu’on en parle », lance la professeure au Département de didactique de l’UQAM Isabelle Plante, qui prendra part à ce panel pour aborder les résultats de ses recherches portant sur le passage des élèves du primaire vers un établissement secondaire « plus ou moins sélectif », que ce soit au public, dans un programme pédagogique particulier ou encore dans une école privée.
Le modèle scolaire québécois, défini par ces trois voies, crée « une inégalité évidente », ajoute la chercheuse, qui souligne que des parents peuvent offrir l’accès à des services spécialisés à leurs enfants « en payant une petite partie de ce que ça coûte réellement à l’État » afin d’inscrire ceux-ci dans une école privée. « Ça, c’est vraiment un problème » qui fait en sorte que la qualité des services éducatifs offerts aux enfants de la province dépend de la profondeur du portefeuille de leurs parents, ajoute Mme Plante.
Elle reconnaît d’ailleurs que la ségrégation scolaire est un enjeu qui « polarise beaucoup », d’où l’intérêt d’en faire un objet de recherche scientifique afin que notre société ait accès à des « données objectives » afin de prendre des décisions éclairées sur l’avenir de notre modèle éducatif.
Le « défi récurrent » de la rétention du personnel
Comment aborder les défis du réseau de l’éducation sans se pencher sur la pénurie de personnel qui la frappe ? Impossible, a conclu le Congrès de l’Acfas, qui a notamment invité Carol-Anne Gauthier, chercheuse au sein du cégep Champlain St-Lawrence, à Québec, afin d’aborder l’incidence des conditions du travail du personnel professionnel du réseau de l’éducation sur leur attraction et leur rétention dans les écoles de la province.
À cet égard, ses recherches lui ont notamment permis de constater que nombre de professionnels entrent dans le réseau de l’éducation avec l’intention d’agir en prévention auprès des élèves. Or, ils se retrouvent plutôt à gérer des « crises » et « les besoins individuels » d’élèves, ce qui donne l’impression à plusieurs de « ne pas faire le travail qu’ils sont censés faire », relève Mme Gauthier.
Un contexte qui mine la motivation de plusieurs professionnels en enlevant « beaucoup de sens » à leur travail, ce qui nuit à leur rétention dans le réseau scolaire. « Ça semble être un défi récurrent », conclut Mme Gauthier.


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