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L’avis de certains de vos scientifiques serait fou, M. Drainville?

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Livrant en décembre dernier une allocution lors du 101e congrès de l’Union des producteurs agricoles, le ministre Bernard Drainville a mentionné qu’au cours de la consultation sur la cible de réduction des gaz à effet de serre (GES) du Québec qui venait de s’achever, plusieurs organismes avaient demandé de non seulement maintenir la cible de -37,5 % en 2030, par rapport à 1990, mais encore de la porter à -40 % et même à -45 %, voire -55 %. « C’est fou comme d’la marde », avait alors lancé le ministre, l’émotion lui faisant probablement oublier le décorum — et le fait que le renforcement de la cible est une recommandation de son Comité consultatif sur les changements climatiques.

La vulgarité de la remarque fait frémir. Mais la légèreté dont elle témoigne, de la part d’un ministre de l’Environnement, est encore plus choquante.

Manifestement déterminé, a priori, à affaiblir l’ambition climatique du Québec, le ministre Drainville a tout de même été forcé de reconnaître en commission parlementaire le consensus en faveur d’au moins un maintien de la cible. Néanmoins, selon lui, dépasser ou simplement respecter la cible actuelle mettrait en péril notre économie ainsi que nos emplois. En ses mots : « dans le scénario actuel, moins 37,5 % d’ici 2030, ça coûte 38 milliards aux Québécois. » Or, l’étude d’où provient ce chiffre, réalisée par son ministère, n’a comptabilisé que les sorties de fonds privés et publics liées à l’action climatique, et non les gains. Par exemple, le coût d’achat de voitures électriques est pris en compte, mais non l’économie sur le carburant ni l’effet positif d’une baisse de la consommation d’essence sur la balance commerciale du Québec. L’achat de thermopompes est inclus, mais non la (substantielle) baisse conséquente des factures d’électricité ni les coûts évités de développement des infrastructures d’Hydro-Québec. Les investissements dans le transport en commun sont comptabilisés, mais non leurs retombées, estimées à 3 $ pour chaque dollar investi.

En fait, ce qui serait fou à lier (relevons un peu le niveau de langue, tout de même) serait de diminuer nos efforts. Selon le dernier inventaire des émissions de gaz à effet de serre, les émissions de GES du Québec avaient reculé en 2022 de 7,2 % par rapport à 1990. En d’autres termes, le Québec n’a franchi jusqu’ici que moins du quart du chemin prévu d’ici 2030. Triste performance que le ministre n’a cessé de rappeler, pendant la consultation, pour justifier son intention de trahir les engagements climatiques du Québec.

Or, selon le dernier rapport du GIEC, pour avoir une chance sur deux de limiter le réchauffement à 1,5 °C, il faudra avoir réduit les émissions de GES de 43 % en 2030, par rapport à 2019. Actuellement, les engagements actuels des pays conduisent à une croissance d’au moins 14 % pendant cette période. Et selon Environnement et Changement climatique Canada, le Canada se réchauffe deux fois plus vite que la moyenne mondiale. Il faut donc déjà envisager chez nous une hausse de 3 °C ou plus. Imaginer le futur auquel un tel réchauffement nous condamnera doit nous pousser à redoubler d’efforts et non à baisser les bras.

Monsieur Drainville, vous qui privilégiez « l’équilibre, christie de bâtard », croyez-vous vraiment que les écologistes sont irréalistes dans leurs propositions, et alarmistes dans leurs dénonciations ? Avez-vous lu le rapport publié en janvier 2025 par l’Institute and Faculty of Actuaries du Royaume-Uni ? Les actuaires sont des gens assez sérieux dont le métier consiste à évaluer la probabilité d’événements pour les assureurs et les gestionnaires de fonds. Dans ce rapport, ils estiment qu’à l’horizon 2050, un réchauffement de 2 °C ou plus pourrait entraîner une réduction de 25 % du PIB mondial et 2 milliards de morts. Et qu’un réchauffement de 3 °C ou plus entraînerait une réduction de 50 % du PIB et 4 milliards de morts.

Sinon, vous pourriez lire le récent ouvrage du professeur Nathanaël Wallenhorst, 2049. Ce que le climat va faire à l’Europe, qui vise à décrire à quoi ressemblera notre vie quand plusieurs points de bascule auront été franchis, et dans lequel l’auteur écrit : « Ça ne va pas ressembler à une évolution, mais à une explosion […] : nous sommes entrés dans une dynamique non linéaire du système Terre. Quelques degrés de réchauffement moyen ne signifient pas “un peu plus chaud”. Ils se traduisent par des pics thermiques extrêmes, des rendements agricoles qui s’effondrent, des pénuries d’eau, des territoires qui deviennent périodiquement — puis durablement — invivables. Deux degrés […], c’est, lors des canicules, + 10 à + 13 °C supplémentaires, avec des conséquences systémiques sur l’alimentation, la santé, les infrastructures et les équilibres sociaux. »

Votre décision est attendue sous peu. Notre prédiction : que vous osiez ou non affaiblir la cible actuelle de réduction des émissions de GES, vous poursuivrez le saccage des mécanismes qui permettraient de l’atteindre. Elle est bien là, monsieur Drainville, la folie. Vous devez faire mieux. Et le faire, si possible, en vous exprimant d’une manière digne d’un ministre.

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