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L’Aviation royale canadienne ne veut pas d’une flotte mixte d’avions de chasse

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Mark Carney célébrera sa première année dans ses habits de premier ministre le 14 mars prochain. Il soufflera par la même occasion une autre bougie : celle de l’annonce de la révision du contrat passé avec Lockheed Martin et le gouvernement américain, en janvier 2023, qui prévoit l’acquisition par Ottawa de 88 chasseurs F-35.

Cela fait en effet un an que le Canada s’est mis à la recherche de solutions de rechange face à son allié américain devenu trop imprévisible. Et parmi les options sur le bureau de Mark Carney figure celle d’intégrer des chasseurs Gripen de fabrication suédoise à la force de frappe aérienne du Canada.

Cette possibilité, l’Aviation royale canadienne (ARC), par la voix de sa plus haute gradée, la lieutenante générale Jamie Speiser-Blanchet, ne la voit pas d’un très bon œil. La raison ? L’ARC n’aurait pas les ressources pour intégrer des Gripen au moment même où les premiers F-35 seront livrés.

En attendant la décision de Mark Carney, qu’elle refuse de commenter, la commandante de l’ARC préfère donc concentrer tous ses efforts sur l’intégration des F-35. « Nous sommes concentrés sur l’acquisition [des F-35], qui a commencé par la décision prise en 2022, et annoncée en 2023. Nous allons commencer l’entraînement sur notre premier avion F-35 canadien, qui sera livré à la base américaine de Luke, en Arizona, l’automne prochain. En ce moment, nous nous concentrons sur la voie actuelle », explique la commandante de l’ARC en entrevue au Devoir.

Et la voie actuelle, c’est d’intégrer des F-35 américains à la force de frappe aérienne canadienne en remplacement des F-18 vieillissants, dont l’espérance de vie a été étendue jusqu’en 2032. « En ce moment, nous avons un plan pour la transition entre le F-18 et le F-35. Nous diminuons les opérations de F-18 pendant que nous augmentons les opérations de F-35. Nous sommes vraiment concentrés sur cette transition, qui est quand même assez complexe par rapport aux différences de technologie ou aux niveaux de sécurité… »

Ajouter des appareils Gripen au milieu de cette transition ajouterait donc un degré de complexité que la commandante Jamie Speiser-Blanchet juge inopportun.

Rien à craindre des États-Unis

En raison des tensions politiques entre Ottawa et Washington depuis le retour au pouvoir de Donald Trump, l’une des craintes concernant les F-35 est liée à la possibilité d’une perte de souveraineté du Canada en lien avec les mises à jour de l’appareil.

Comme l’expliquait récemment au Devoir Olivier Schmitt, professeur à l’Académie royale de défense du Danemark, en cas de conflit au Groenland par exemple, les États-Unis pourraient décider de rendre les F-35 du Danemark et de leurs alliés inopérants — ou presque — en suspendant les mises à jour des données de vol. Un constat que partagent de nombreux spécialistes, dont le professeur de science politique à l’UQAM Justin Massie, qui juge que les F-35 pourraient mettre le Canada dans une position de très grande vulnérabilité.

La lieutenante générale Jamie Speiser-Blanchet balaye ces craintes du revers de la main. « Non, ce n’est pas une crainte », affirme-t-elle sans détour lorsque Le Devoir lui pose la question.

Selon la haute gradée, le Canada a décidé d’acheter le F-35 américain car il s’agit du meilleur avion disponible actuellement. Il doit donc persister en ce sens. « C’est le seul avion de chasse de cinquième génération qui est disponible pour le Canada, puisque les autres sont développés par la Chine et la Russie. Nos alliés de l’OTAN, mais aussi l’Australie et le Japon, ont déjà des F-35. C’est aussi pour cette raison que [la] décision [de faire leur acquisition] a été prise. »

De plus, à la différence, par exemple, des militaires danois, la commandante de l’ARC refuse de considérer les États-Unis comme une menace militaire pour le Canada. « Je ferais la distinction entre la politique et le militaire. Les États-Unis sont un allié militaire et, donc, dans ce sens-là, ce n’est pas une menace dont nous devons nous soucier. »

Certes, la lieutenante générale Speiser-Blanchet reconnaît la dépendance du Canada vis-à-vis des États-Unis dans le cadre de la défense de l’Amérique du Nord. Mais elle croit que les projets d’acquisition en cours, qu’ils concernent les F-35, les patrouilleurs maritimes P-8, les avions sans pilote, les systèmes de radar ou encore certains projets spatiaux, doivent permettre de renforcer la capacité du Canada à protéger son propre territoire et à renforcer sa souveraineté.

Quant aux menaces répétées de Trump à l’endroit du Canada, la commandante préfère ne pas les analyser sur le coup de l’émotion, même si elle se dit consciente des enjeux politiques. « C’est très important que je passe au-delà de mes émotions et que je me concentre sur les faits. Et c’est ce que je fais. Je m’assure que nous prenions des décisions et que nous fournissions des conseils militaires au gouvernement qui soient vraiment axés sur des faits et des renseignements. »

Les menaces russes et chinoises

Pour la commandante Speiser-Blanchet, les vraies menaces qui visent le Canada viennent plutôt de la Russie et de la Chine, surtout lorsqu’on parle de la sécurité de l’Amérique du Nord, du Canada et de l’Arctique. « Nous parlons d’adversaires qui développent beaucoup de technologies, des missiles à longue portée, des armes hypersoniques. Nos enjeux dans l’Arctique sont évidemment très importants et nous travaillons de façon encore plus concentrée, je dirais, sur cette région. »

Dans ce contexte, elle se réjouit de l’augmentation des budgets de défense et de l’enveloppe de près de 82 milliards au cours des cinq prochaines années. « C’est un grand changement, il faut s’assurer que nous investissons de façon bien pensée. Maintenant nous avons les opportunités pour moderniser et développer les capacités nécessaires dans un contexte moderne et contemporain. Je trouve ça très positif, c’est très bien reçu. »

Par ailleurs, Jamie Speiser-Blanchet juge « très positive » la stratégie industrielle de défense dévoilée la semaine passée par Mark Carney. Elle parle d’une relation nouvelle, « plus positive », avec le monde industriel. Et se réjouit de voir que cette relation davantage basée sur les échanges avec le tissu industriel du Canada, à l’écoute des besoins des Forces armées, va continuer à évoluer, en lien avec les menaces nouvelles.

Elle estime aussi que des changements dans la gestion des acquisitions des capacités militaires sont nécessaires, et que les Forces armées canadiennes doivent faire preuve d’une plus grande agilité. « La culture bureaucratique de toute grande organisation existe et tout changement de processus peut engendrer des défis, de la résistance. Mais il fallait trouver des nouveaux moyens parce que les menaces auxquelles nous faisons face se développent rapidement. »

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