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Pour Christine Fréchette, ça passe ou ça casse : si les Québécois veulent que l’entente énergétique à 70 milliards conclue lundi avec Terre-Neuve-et-Labrador se concrétise, ils devront voter pour la Coalition avenir Québec (CAQ) le 5 octobre.
La première ministre et cheffe de la CAQ craint qu’un éventuel gouvernement du Parti québécois (PQ) mette en péril l’accord auquel elle est parvenue avec son homologue de Terre‑Neuve‑et‑Labrador, Tony Wakeham.
À l’aube de la campagne électorale, Mme Fréchette a annoncé en grande pompe lundi s’être entendue avec ce dernier pour qu’Hydro-Québec puisse accéder ces 50 prochaines années à 10 000 mégawatts (MW) d’électricité produite dans le Labrador.
Au total, Hydro-Québec envisage que le projet puisse coûter jusqu’à 70 milliards de dollars. Dans l’entente, la société d’État ne s’engage toutefois qu’au versement de 45 milliards pour concrétiser la centrale Gull Island, augmenter la puissance du complexe Churchill Falls et construire les lignes de transport nécessaires.
Il s’agit d’une nouvelle tentative de la part du gouvernement caquiste pour renégocier l’accord signé à la fin des années 1960 qui permettait à Hydro-Québec d’acheter au prix minime de 0,2 cent par kilowattheure l’énergie produite à la centrale hydroélectrique de Churchill Falls.
Le nouvel accord n’est toutefois pas définitif. Québec et St. John’s — ainsi que le gouvernement fédéral — ne l’ont pas ratifié et se donnent jusqu’en mars 2027 pour le faire.
D’ici là, le Québec sera plongé en élections et les communautés innues du Labrador et de la Côte-Nord devront encore s’exprimer sur le projet.
Aux yeux de Christine Fréchette, il est donc primordial de reprendre les rênes du gouvernement aux prochaines élections. « Je pense que oui », a répondu la cheffe caquiste à un journaliste qui lui demandait lundi si la concrétisation de l’entente dépendait de sa réélection. « C’est nous qui avons construit l’ensemble de cette œuvre et c’est nous qui allons pouvoir la mettre en œuvre. »
De nouveau déchiré ?
Contrairement à la CAQ, le PQ remet en question la légitimité de l’accord, qui arrive à moins de deux semaines du déclenchement attendu de la campagne électorale. En tête dans les sondages, la formation politique préfère ne pas précipiter les négociations avec St. John’s.
En 2024, l’ex-premier ministre François Legault avait tant bien que mal essayé de conclure un accord « gagnant-gagnant » avec la province des Maritimes. Il était même parvenu à une entente de principe avec son homologue de l’époque, Andrew Furey, en décembre de cette même année.
Or, l’élection à Terre-Neuve-et-Labrador, l’année suivante, a tout changé. En octobre 2025, le chef progressiste-conservateur, Tony Wakeham, a lancé sa campagne en promettant un référendum sur l’entente de principe Québec-St. John’s. Une fois porté au pouvoir, et après avoir reçu un avis d’experts, il a exigé sa renégociation.
C’est précisément ce que souhaite éviter Christine Fréchette après les élections québécoises. « C’est une possibilité qu’un autre gouvernement décide de déchirer cet accord », a-t-elle lancé lundi, aux côtés de M. Wakeham et du premier ministre canadien, Mark Carney.
« Qu’est-ce que vous proposez aux Québécois ? Quelle alternative offrez-vous aux Québécois pour amener plus de 10 000 MW supplémentaires, pour créer plus de 20 000 jobs payantes ? » a-t-elle lancé, frondeuse, à son adversaire péquiste, Paul St-Pierre Plamondon, avant d’être applaudie par la foule de Terre-Neuviens amassés sur un quai du port de St. John’s.
Sur les réseaux sociaux, le chef du PQ a accusé sa vis-à-vis caquiste de répandre « des faussetés » en affirmant que le PQ souhaitait déchirer l’accord.
« La réalité est que personne n’a lu l’entente et que si l’entente est positive pour le Québec, évidemment qu’un gouvernement du Parti québécois aura intérêt maintenir cette entente », a-t-il écrit. « L’élection qui vient portera sur le bilan de la CAQ et leur manie de travailler les dossiers sur un coin de table sans aucune transparence. Cet épisode n’échappera pas à ce bilan nécessaire. »
Ottawa s’implique
Contrairement à François Legault en 2024, Christine Fréchette était accompagnée lundi de son homologue canadien, Mark Carney. Il a annoncé des investissements de 6,5 milliards de dollars pour financer la part québécoise de l’entente.
Derrière un lutrin du gouvernement canadien sur lequel étaient écrits les mots « Bâtir un Canada fort », Christine Fréchette a salué l’implication d’Ottawa dans le dossier. Tony Wakeham a remercié son homologue fédéral d’avoir aidé à « combler le fossé » qui existait entre les deux gouvernements provinciaux. « Cela sera votre legs », a-t-il dit à Mark Carney.
Christine Fréchette a pour sa part tenu à rappeler la contribution de François Legault. Selon nos informations, son cabinet a eu des discussions avec l’ex-premier ministre, mais il n’était pas présent à St. John’s lundi.
Le contrat actuel de la Haute-Churchill doit arriver à échéance en 2041. À Terre-Neuve-et-Labrador, il est largement considéré comme une erreur historique.


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