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L’ascenseur social ne monte plus au Québec

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Pour reprendre les observations de la Chaire en fiscalité et finances publiques de l’Université de Sherbrooke, les principaux indicateurs utilisés pour mesurer l’évolution et la tendance des inégalités (le coefficient de Gini et l’indice de Palma) pointent dans la même direction. Soit des inégalités moins grandes au Québec qu’au Canada, mais un écart qui tend à croître. Et, globalement, une tendance à la baisse depuis 2000. Mais l’on parle ici d’une mesure basée sur le revenu. Lorsqu’on entre le patrimoine dans l’équation, l’état des lieux devient tout autre.

Le Québec a continué de se distinguer des autres provinces canadiennes pour ses efforts de redistribution de revenus. Florence Jean-Jacobs et Sonny Scarfone, qui occupent tous deux le poste d’économiste principal au Mouvement Desjardins, soulignent dans une étude récente que « les données suggèrent que la consommation reste relativement bien répartie entre les groupes de revenu au Québec, 20 % des ménages aux revenus les plus élevés accaparant environ 29 % de la consommation totale ». Ce constat permet de supposer que le Québec ne présente pas le profil d’une économie polarisée — dite en K —, comparable à celle observée aux États‑Unis, où l’on estime que quelque 60 % de la consommation dépend des 20 % les plus fortunés.

Cela dit, des nuances viennent d’autres indicateurs, particulièrement ceux liés au patrimoine et à son évolution.

D’abord, l’épargne nette. Au Canada, celle qui est dégagée annuellement par les ménages aux revenus les plus élevés a atteint un nouveau sommet en 2025, alors qu’elle s’est contractée chez les ménages composant les trois quintiles inférieurs. Au Québec, « l’écart entre le premier et le troisième quintile de patrimoine représentait l’équivalent d’environ 9 années d’épargne en 1999, contre plus de 20 ans en 2023. Celui entre le troisième et le cinquième quintile est quant à lui passé d’un peu plus de 50 à près de 90 années d’épargne », illustrent les économistes.

Puis, son effet cumulatif mesuré par l’évolution du patrimoine. « C’est sur ce plan que les signaux les plus préoccupants apparaissent », poursuivent les économistes de Desjardins. On le devine, « la forte appréciation des actifs financiers et immobiliers a davantage profité aux ménages déjà les plus fortunés, qui détiennent une plus grande part de ces actifs ». À titre d’illustration, les familles de la moitié inférieure de la distribution détenaient 8,4 % de la valeur nette totale en 2023, contre 46 % pour le décile supérieur. Qui plus est, les 20 % les plus riches (quant à l’avoir net) au Québec revendiquent 65 % de la valeur nette totale du patrimoine.

Au-delà de la concentration du patrimoine elle-même, l’évolution du rapport entre le patrimoine et les revenus du travail fait ressortir que, depuis le début des années 2000, la valeur du patrimoine a augmenté beaucoup plus rapidement que les revenus dans nombre de pays développés, dont le Canada, où elle est passée d’environ 350 % du revenu national net en 2000 à plus de 650 % en 2025. Le défi soulevé par ces données n’est donc pas seulement celui des inégalités, mais aussi celui de l’ascension économique.

Mobilité sociale descendante

Déjà, en 2018, l’Organisation de coopération et de développement économiques publiait une étude indiquant qu’uniquement sur l’échelle des revenus, au moins cinq générations pourraient être nécessaires, en moyenne, dans les pays membres, pour que les enfants de familles modestes parviennent ne serait-ce qu’à se hisser au niveau du revenu moyen. L’avertissement est venu. L’ascenseur social ne monte tout simplement pas dans nombre de ces pays. De plus, « le risque subjectif de régression sociale augmente dans la quasi-totalité des pays de l’OCDE », disait-elle.

En fait, avec l’inégalité des richesses qui s’accroît, la mobilité sociale descendante pourrait même devenir la norme. Horizons de politiques Canada s’est permis un scénario pour le Canada de 2040, où l’on observe que la majorité des Canadiens se retrouvent « coincés dans les conditions socio-économiques de leur naissance et où beaucoup sont confrontés à la possibilité très réelle d’une mobilité sociale descendante ».

Celui qui se définit comme étant « le centre d’excellence en prospective du gouvernement du Canada » dresse le portrait d’un environnement où les serpents sont plus nombreux que les échelles, pour reprendre les paramètres d’un jeu de société bien connu. Résumé simplement, dans 14 ans, « la mobilité sociale ascendante est quasiment inexistante au Canada. Pratiquement personne ne croit qu’il ou elle peut construire une vie meilleure pour soi-même ou ses enfants par ses propres moyens ». Pire, « beaucoup s’inquiètent de glisser vers le bas de l’échelle sociale ».

Un rapport complémentaire recense 35 perturbations possibles. Parmi les plus probables, la mobilité sociale descendante devient la norme. Voici ce qu’on peut y lire à ce propos :

« Avec des logements de plus en plus inabordables et des conditions de travail toujours plus précaires, les conditions socio-économiques des Canadien. ne.s pourraient se dégrader d’une génération à l’autre. Les gens pourraient perdre confiance dans la capacité des gouvernements à les aider à atteindre la mobilité sociale, en particulier lorsqu’il s’agit de facteurs clés, tels que le logement, l’éducation et le coût de la vie […] À mesure que les gens perdent espoir dans l’amélioration de leur vie, les problèmes de santé mentale et les tensions économiques et sociales qui y sont associées pourraient s’aggraver. Pendant ce temps, alors que les personnes extrêmement riches continuent d’accumuler une plus grande part des richesses, le ressentiment pourrait s’intensifier jusqu’à ce que les appels à une plus grande redistribution des richesses atteignent un point critique. »

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