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L’arrivée des génériques d’Ozempic inquiète des experts

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Les injections de sémaglutide pour le traitement du diabète de type 2, mieux connu sous les noms commerciaux d’Ozempic et de Wegovy, connaissent un engouement marqué depuis qu’elles sont associées à la perte de poids. Il y a quelques jours, Santé Canada a approuvé deux versions génériques de ces médicaments, ce qui pourrait faire baisser le prix de la molécule d’environ 50 % et accroître son accessibilité. Une situation qui inquiète des experts, qui craignent une certaine dérive et militent pour un encadrement médical adéquat.

La professeure à l’Université Laval Marilou Côté consacre une partie de son temps à l’intervention psychologique au Centre d’expertise poids, image et alimentation. Depuis quelque temps, elle observe une multiplication des publicités pharmaceutiques sur les analogues du GLP-1, une molécule naturellement produite par l’organisme pour réguler la glycémie et accroître la satiété. « On est bombardés de ces messages-là et on en voit de plus en plus, notamment sur les médias sociaux, dans les centres commerciaux ou lors d’événements sportifs. […] C’est comme ça qu’on sème la graine pour instaurer une préoccupation par rapport au poids », avance-t-elle.

À la fin mars, elle et trois autres collègues ont publié un article dans le Canadian Journal of Public Health sur les potentiels effets de l’exposition du grand public à ces messages. Elles expliquent que cette exposition généralisée pourrait amener les gens percevoir ce type de médicaments « comme un produit de perte de poids plutôt qu’un traitement efficace des maladies chroniques comme l’obésité ». Elles ajoutent que « ces messages publics mettant l’accent sur la perte de poids peuvent renforcer involontairement les pressions socioculturelles liées à la minceur ».

La psychologue estime que ces traitements ne devraient jamais être considérés simplement pour perdre quelques livres, mais pour répondre à un problème de santé réel. « C’est un médicament qui, à la base, a été développé pour la gestion des maladies chroniques et non pas pour perdre quelques livres avant un mariage ou pour rentrer dans des jeans », ajoute Marilou Côté en référence à certains influenceurs qui font maintenant la promotion du « microdosage » de ces molécules.

Une science « révolutionnaire »

Le professeur à la Faculté de pharmacie de l’Université Laval et chercheur à l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec Alexandre Caron travaille depuis une quinzaine d’années sur la neurobiologie de l’obésité. Concrètement, son équipe et lui essaient de comprendre quels sont les circuits neurologiques qui contrôlent notre appétit et notre poids corporel. Pour lui, les récentes avancées dans ce domaine, avec notamment les analogues du GLP-1 sont révolutionnaires, mais doivent être encadrées par des professionnels de la santé. « L’obésité, c’est une maladie chronique. Au même titre que toutes les autres formes de maladies chroniques, lorsqu’on commence un traitement, il dure à long terme », explique le chercheur. C’est pourquoi on observe souvent une reprise de poids lorsque les patients arrêtent la médication. « Il faut qu’il y ait un suivi comportemental également, une amélioration des habitudes de vie. Ce n’est pas une molécule qui devrait être prise à la légère et que tout le monde devrait prendre demain matin sans un suivi médical. »

Pierre-Luc Poulin s’est fait prescrire de l’Ozempic dans un objectif de perte de poids en 2021, bien avant que le médicament devienne si populaire. À cette époque, la molécule était principalement prescrite pour le diabète de type 2. Il a changé pour Wegovy quand la pharmaceutique danoise Novo Nordisk a breveté son médicament pour la perte de poids, avec la même molécule, le sémaglutide, mais à dose plus élevée. Il se la procure avec une prescription chez Costco pour 384 $. Lorsqu’il est utilisé pour la perte de poids, le médicament n’est pas couvert par la RAMQ ni remboursé par ses assurances.

À 1,93 m (6 pi 4 po), il pesait au départ 159 kg (350 livres), il est maintenant sous la barre des 105 kg (230 livres). La médication lui a principalement fait perdre le « bruit alimentaire » qui se manifestait par la consommation excessive de malbouffe. Dans ses pires journées, il pouvait manger trois fois par jour sur le pouce. Ces envies ont complètement disparu, et il a été capable de focaliser son énergie sur une alimentation équilibrée et de reprendre l’entraînement. « Ça a changé beaucoup de choses. J’ai de meilleures nuits de sommeil, moins de douleurs articulaires aux dos. J’ai plus confiance en moi », soutient Pierre-Luc. Le médicament pour la perte de poids lui a permis de maintenir sa motivation à long terme, puisqu’il pouvait constater des résultats.

L’arrivée des génériques sur le marché pourrait réduire le fardeau économique des utilisateurs, mais le professeur Alexandre Caron craint une augmentation du nombre de prescriptions. « Est-ce qu’on a la structure pour que tous les Québécois demain matin puissent avoir un sémaglutide et avoir un suivi médical approprié ? Certainement pas. On va devoir se poser la question : qui sont les meilleurs patients pour recevoir ce type de molécules là ? »

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