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Selon plusieurs médias israéliens, des dirigeants de l'armée israélienne auraient reconnu pour la première fois le décompte du ministère de la Santé gazaoui concernant le nombre de Palestiniens morts depuis le début de la guerre à Gaza. Selon l'institution, le bilan s'élève actuellement à environ 70.000 victimes.
Depuis le début de la guerre, l'armée israélienne a systématiquement rejeté ces estimations, les qualifiant de propagande du Hamas. Ce soupçon permanent, largement relayé à l'international, a contribué à délégitimer toute tentative de quantification indépendante du désastre humain en cours. Selon plusieurs spécialistes, cette réfutation a contribué à maintenir le soutien américain à Israël.
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Pourtant, les ONG défenseuses des droits humains ainsi que les Nations unies entérinent depuis des mois les données des autorités gazaouies. Un article publié dans la prestigieuse revue The Lancet a confirmé qu'aucun élément ne laissait penser que le ministère de la Santé gonflait le nombre de victimes. Ce qui n'a pas empêché les rumeurs d'enfler outre-Atlantique.
«L'administration Biden, le Congrès et les médias américains ont relayé les mensonges et la désinformation d'Israël sur l'ampleur du bilan humain à Gaza afin de manipuler l'opinion publique américaine pour qu'elle continue de soutenir Israël», assure Sarah Leah Whitson, directrice exécutive de l'organisation de défense des droits humains DAWN. Selon elle, ce déni a contribué à «garantir que le gouvernement Netanyahou puisse continuer ses crimes avec le soutien américain».
Des chiffres réfutés depuis le début du conflit
Le discrédit américain sur le bilan gazaoui a débuté seulement quelques semaines après l'attaque du 7 octobre 2023. L'ex-président Joe Biden affirmait alors devant un parterre de journalistes n'avoir «aucune confiance» dans les chiffres du ministère de la Santé. Des propos qui ont résonné dans les rangs du Congrès.
En juin 2024, un groupe bipartisan de parlementaires a contribué à faire adopter un amendement à un projet de loi budgétaire interdisant de citer les données du ministère de la Santé de Gaza dans ses rapports. Quelques jours avant le vote du Sénat sur le budget de la Défense en décembre 2024, le représentant démocrate de l'État de New York Ritchie Torres a martelé que «valider la branche “santé publique” du Hamas, c'est comme valider celles d'Al-Qaïda et de l'État islamique, ou la santé publique de l'Allemagne nazie et du Japon impérial». Une comparaison choc, symptomatique de la position de Washington.
Un discours adopté tout azimut
La réfutation ne s'est pourtant pas cantonnée aux sphères politiques, elle s'est immiscée dans certains groupes de réflexion et fondations. La rhétorique a même été adoptée par plusieurs scientifiques. Au sein du laboratoire d'idées Council on Foreign Relations, l'avocat Elliott Abrams a par exemple qualifié les données du ministère de «propagande du Hamas». Même son de cloche pour le statisticien de l'Université de Pennsylvanie Abraham Wyner, qui a affirmé considérer ces bilans comme «faux» et «irréels».
La Foundation for Defense of Democracies a, elle, déclaré que le ministère de la Santé de Gaza «s'agite pour éviter l'exposition de son travail bâclé» à l'époque où l'institution travaillait à l'identification d'environ 11.000 personnes sur un total dépassant les 30.000 Palestiniens tués. Le discours invalidant le nombre de victimes s'est ainsi construit insidieusement, jusqu'à se retrouver relayé dans les médias.
Aujourd'hui, le cofondateur de l'ONG Gaza Soup Kitchen Hani Almadhoun peine à cacher son désarroi. Celui qui a perdu son frère dans une attaque de drone israélien en novembre 2024 s'adresse à tous ceux qui considèrent les bilans officiels comme de simples chiffres du Hamas. «À chaque porte-parole gouvernemental, à chaque présentateur de journal télévisé et à chaque célébrité qui a répété ce déni, j'espère que vous ne saurez jamais ce que cela fait de perdre quelqu'un de votre famille et d'entendre ensuite que cette perte est contestée», confie-t-il dans les colonnes de The Intercept.
Alors que les journalistes et de nombreuses ONG sont empêchés d'entrer dans la bande de Gaza, le décompte du ministère de la Santé palestinien demeure la seule source fiable sur le nombre de morts liés au conflit. Sa reconnaissance par certains dirigeants de l'armée israélienne marque un tournant, au moins symbolique, bien que le gouvernement Netanyahou n'ait pas repris les chiffres à son compte. Reste qu'après deux ans de réfutation, les prises de position officielles, aux États-Unis comme en Europe, seront scrutées à la loupe, tant elles diront quelque chose de la capacité, ou non, des démocraties occidentales à revenir sur un récit qu'elles ont elles-mêmes contribué à construire.





























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