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L’arithmétique à la Netanyahu, le seizième 11 septembre et l’autoroute Ayalon

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Benjamin Netanyahu a le don des chiffres ronds, et sait parfaitement à quel public s’adresse quel chiffre.

Dans la nuit du 17 octobre 2024, après que des soldats israéliens sont tombés par hasard sur Yahya Sinwar à Rafah et l’ont tué, le Premier ministre a enregistré deux déclarations. En hébreu, il a qualifié Sinwar de

“meurtrier de masse [qui] a assassiné des milliers d’Israéliens”.

En anglais, un peu plus tard, son cabinet a préféré un nombre moins élevé :

“Les terroristes de Sinwar ont assassiné de sang-froid 1 200 personnes”.

Même Premier ministre, même nuit, même homme assassiné. Le public hébreu a eu droit à des milliers. Les étrangers, à un chiffre capable de résister à la vérification des faits.

Aux Nations unies le mois dernier, le chiffre de 1 200 a refait surface.

“Au total, ils ont massacré 1 200 Israéliens ce jour-là”,

a déclaré Netanyahu à l’Assemblée générale. Puis il a multiplié ce chiffre par le rapport entre la population américaine et celle d’Israël :

“Cela équivaut à 40 000 Américains innocents massacrés en moins de 24 heures. C’est 16 fois le 11 septembre”.

Le calcul fait son œuvre. Pas les cadavres.

Le terme “victimes” désigne généralement des civils, soit des personnes tuées chez elles, dans des bus, ou lors d’un festival de musique. Il faut donc compter les civils et exclure les soldats morts au combat dans des guerres qu’Israël a également menées.

Commençons par le Hezbollah. Lors de la guerre de 2006, ses roquettes ont tué 43 civils israéliens, 45 si l’on inclut les accidents cardiaques. Ce chiffre provient du ministère des Affaires étrangères, et non d’un détracteur. Environ 120 soldats ont également trouvé la mort au cours de cette guerre. Depuis octobre 2023, les roquettes et les drones du Hezbollah ont tué quelques dizaines de civils supplémentaires dans le nord, dont les 12 enfants de Majdal Shams. Un bilan publié fin 2024 estime le nombre de victimes civiles du Hezbollah à environ 90 à 100 sur un quart de siècle. Le chiffre souvent cité de 134 Israéliens tués sur le front libanais jusqu’en octobre 2025 inclut les soldats.

Le Hamas représente le bilan le plus lourd. L’Institut national israélien d’assurance a dénombré 809 civils tués le 7 octobre 2023, sans compter les soldats et les membres des équipes de sécurité des kibboutz. Les guerres de Gaza qui ont précédé n’ont fait à chaque fois qu’un nombre de civils israéliens tués à un chiffre : trois en 2008-2009, une poignée en 2012, six en 2014, quelques-uns de plus en 2021. Si l’on additionne ces chiffres, le bilan civil des attaques menées par le Hamas en dehors de la deuxième Intifada s’élève à environ 800 à 830 personnes.

Même ce chiffre de 809 doit être nuancé. L’offensive du Hamas a commencé par des cibles militaires : le poste-frontière d’Erez, la base de Re’im et l’avant-poste de Nahal Oz. Elle a également frappé les kibboutzim et le festival Nova, et tous les Israéliens qui y ont trouvé la mort n’ont pas été tués par le Hamas. Une source “très haut placée” au sein de l’armée israélienne a confirmé à Haaretz que l’armée a invoqué la directive Hannibal ce matin-là, et que tous les effectifs présents dans la zone ont reçu pour ordre de tirer sans restriction sur toute personne s’approchant de la frontière. Une enquête de la police israélienne a révélé qu’un hélicoptère de l’armée israélienne dont le pilote a aussi témoigné, tirant sur les assaillants présents au festival, a aussi tué des festivaliers. Au kibboutz Be’eri, le général de brigade Barak Hiram a ordonné à un char de tirer sur une maison où des combattants du Hamas retenaient 14 Israéliens. Un seul a survécu. Une enquête de l’armée de l’air israélienne a conclu qu’Efrat Katz, 68 ans, de Nir Oz, a été probablement tuée par des tirs d’hélicoptère alors qu’elle était enlevée. On n’a jamais établi combien de victimes du 7 octobre ont été tuées par des tirs israéliens. Un gouvernement qui refuse de s’exprimer n’est pas en mesure de faire le bilan.

C’est dans l’Intifada qu’on trouve le reste des milliers de victimes de Netanyahu. Entre fin 2000 et 2005, les groupes armés palestiniens ont tué environ 740 à 890 civils israéliens. Les attentats-suicides, qui ont fait environ 515 morts, étaient le fait à environ 40 % du Hamas, à 26 % du Jihad islamique et à 26 % du Fatah. Le Hamas représentait la faction la plus importante. Il n’était pas l’unique acteur. C’est en attribuant chaque attentat contre un bus de 2002 au Hamas que l’on passe de 800 à des “milliers” de victimes, sans que de nouveaux morts ne viennent grossir les rangs.

J’ai déjà soulevé ce point, en m’appuyant sur les données du gouvernement israélien lui-même et sur les rapports nationaux sur le terrorisme du Département d’État que mon ancien bureau a produits. Ce point mérite d’être répété, car le calcul de Netanyahu repose sur l’hypothèse selon laquelle les lecteurs ne vérifient jamais ces chiffres non plus.

Le décompte officiel des victimes des violences palestiniennes établi par le ministère israélien des Affaires étrangères couvrant la période de 2000 à avril 2024 et excluant le 7 octobre, recense 1 552 Israéliens tués en 24 ans. Environ les trois quarts de ces victimes sont à mettre au compte de la deuxième Intifada, et la violence a tendance à diminuer depuis 2003. Seuls environ 15 % des attaques répertoriées sont attribuées au Hamas, agissant seul ou de concert avec une autre faction. Les roquettes, image la plus souvent associée au Hamas et au Hezbollah, ont tué entre 50 et 75 personnes entre 2001 et 2025, malgré des milliers de tirs. Rien de tout cela ne fait du Hamas un mouvement de paix. Mais cela signifie que l’organisation n’a jamais été le moteur du carnage incessant décrit dans les discours.

Les statistiques mondiales confirment cette réalité. Année après année, les groupes responsables du plus grand nombre d’attaques et de morts dans le monde sont des organisations salafistes-djihadistes sunnites : Al-Qaïda et ses branches, l’État islamique et ses affiliés, Al-Shabaab, Boko Haram. Avant 2023, ni le Hamas ni le Hezbollah ne figuraient parmi les groupes responsables du plus grand nombre d’attaques à l’échelle mondiale. Ce n’est qu’en 2023 qu’ils sont entrés dans le top 10, en raison de la guerre avec Israël. Deux organisations régulièrement décrites comme parmi les plus prolifiques au monde en matière de terrorisme ne figuraient pas, jusqu’à il y a trois ans, sur la liste des organisations terroristes les plus actives au monde.

Comparons maintenant ces chiffres à ce qui cause quotidiennement la mort d’Israéliens.

Entre janvier 2000 et septembre 2026, environ 10 500 à 10 900 personnes ont été tuées dans des accidents de la route en Israël. Le bilan s’élevait à 461 en 2000, a atteint un pic autour de 550 en 2001 et 2002, puis est tombé à 290 en 2012, son niveau le plus bas. Depuis, il est en hausse : 439 en 2024, puis 459 en 2025, l’année la plus meurtrière sur les routes israéliennes depuis deux décennies. Mi-septembre de cette année, on comptait déjà plus de 300 morts supplémentaires. L’année dernière, le taux de mortalité routière en Israël était près de deux fois supérieur à celui de la Grande-Bretagne.

Si l’on compare les deux chiffres, les accidents de la route ont tué environ dix fois plus d’Israéliens que le nombre de victimes civiles recensées par le Hamas, et environ cent fois plus que celles causées par le Hezbollah. Aucun Premier ministre n’a qualifié les trajets quotidiens de “seizième 11 septembre”.Personne n’a qualifié le ministère des Transports d’héritier des nazis. Les morts sur l’autoroute Ayalon sont simplement des morts, qui relèvent apparemment d’une catégorie différente.

Selon la propre méthode du Premier ministre, la menace terroriste la plus prolifique en Israël n’est donc ni le Hamas, ni le Hezbollah, ni Téhéran. C’est l’automobile. Elle a tué plus d’Israéliens depuis 2000 que toutes les factions palestiniennes réunies. Elle opère dans toutes les villes, franchit tous les postes de contrôle sans être arrêtée et recrute ouvertement chez les concessionnaires grâce à des financements à taux zéro. Elle n’a ni charte, ni idéologie, ni commanditaire étranger, à moins de vouloir compter Toyota.

Les implications politiques sont évidentes. Si 1 200 morts justifient une guerre sans fin, 10 000 morts l’exigent au moins autant. Le cabinet de sécurité devrait désigner la voiture particulière comme organisation terroriste et interdire aux Israéliens de conduire, avec effet immédiat.

L’autoroute d’Ayalon devrait être déclaré zone militaire interdite. Le Shin Bet peut ouvrir un bureau dédié à Mazda. Le Premier ministre peut passer à la télévision et jurer la victoire totale sur la Corolla, et promettre qu’aucune berline ne menacera plus jamais les citoyens d’Israël. Si quelqu’un objecte que c’est absurde, c’est qu’il aura saisi le fond du propos.

Bien sûr que c’est absurde. Il ne s’agit pas ici d’affirmer qu’un accident et une attaque meurtrière sont la même chose. Une roquette visant une ville est un crime. Un camion ne visant rien en particulier est un échec politique. Le meurtre délibéré de civils est un crime. Ce point est plus précis. La rhétorique de l’anéantissement, celle d’un ennemi déterminé à exterminer le peuple juif, repose sur un bilan de victimes civiles qui ne correspond pas à ce discours une fois les soldats mis à part et les attaques d’autres factions non imputées au Hamas.

Pourquoi les gonfler ? Parce que “des milliers” justifie des actes que “800” ne justifierait sans doute pas. Entre 2000 et la veille du 7 octobre, Israël a tué, selon les estimations, entre 11 200 et 11 500 Palestiniens. Depuis, le bilan à Gaza a dépassé les 73 000 morts selon le ministère de la Santé de Gaza, et avoisine probablement plus les 700 000 si l’on s’en tient aux 186 000 morts palestiniens comptabilisés par The Lancet en juin 2024. Le terme “des milliers” présente ces opérations comme un acte de légitime défense proportionné face à une menace existentielle. Il fait d’une organisation classée terroriste un ennemi de la civilisation et fait passer toute objection pour de l’indifférence envers les vies juives. Et pour un public national, il transforme le pire échec des services du renseignement et de l’armée de l’histoire d’Israël, sous le mandat de Netanyahu, en une histoire concernant l’ennemi plutôt que le gouvernement.

Le texte anglais de Netanyahu indique déjà le chiffre réel. Il mentionne 1 200, y compris les Israéliens tués par l’’armée israélienne appliquant la directive Hannibal. Son éloge funèbre en hébreu pour Sinwar parlait de “milliers”. La différence entre ces deux chiffres correspond à la différence entre une liste de victimes et un discours. L’une comporte des noms. L’autre dispose d’un micro.

Larry C. Johnson

Le colonel Wilkerson et moi-même avons eu une conversation intéressante avec Randy Credico dans son émission, Live on the Fly :

Nima et moi avons discuté des dernières attaques des Houthis contre l’Arabie saoudite :

Article original en anglais : Netanyahu’s Arithmetic: Sixteen 9/11s and the Ayalon Highway, Son of the New American Revolution, le 4 octobre 2026.

Traduit par Spirit of Free Speech

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