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La maison d’enfance de l’ancienne vedette des Rangers de New York Camille Henry (1933-1997) a été rasée en dépit de la présence d’une plaque bleue du programme commémoratif « Ici vécut » sur sa façade longeant la rue Dorchester, à Québec. Le modeste bâtiment de briques brunes figurait également au répertoire du patrimoine bâti de la Ville.
La fiche de l’immeuble disparu est toujours en ligne sur le site du répertoire. On peut y lire que la demeure a été érigée en 1902 et qu’elle « possède un bon intérêt patrimonial » en raison de son association avec l’ex-capitaine des Rangers, qui a disputé 727 matchs en saison régulière dans la Ligue nationale de hockey (LNH) entre 1953 et 1969.
La valeur du bâtiment orné de bandeaux de briques décoratives découle également de sa volumétrie caractéristique de la maison de faubourg à toit plat du quartier Saint-Roch. « Toutes les fenêtres sont récentes, mais le modèle choisi sied bien à l’édifice », indique l’analyse datée de 2022.
« Le Répertoire du patrimoine bâti est un répertoire pour diffuser les connaissances détenues par la Ville et ne fait pas office de réglementation », explique le porte-parole de la Ville de Québec, Jean-Pascal Lavoie. « Quant au programme “Ici vécut”, l’installation des plaques est, depuis plusieurs années, réservée aux lieux authentiques où les personnalités commémorées ont réellement vécu. »
Cette valeur d’authenticité est problématique dans le cas de la maison de Camille Henry. En témoigne son épigraphe qui renvoyait au terrain plutôt qu’à l’immeuble, d’où la formule « Ici se trouvait » qu’on pouvait y lire à la place de l’habituel « Ici vécut » utilisé pour la majorité des plaques de ce programme instauré en 1999.
L’incertitude entourant la maison d’enfance du hockeyeur découle de la reconstruction de sa façade en 1951 à la suite de l’élargissement de la rue Dorchester pour accueillir le flot d’automobiles de l’après-guerre. L’édifice n’aurait toutefois pas été entièrement démoli si l’on se fie aux plans d’assurances de la Ville de Québec. Il est d’ailleurs demeuré la propriété de la mère de Henry jusqu’en 1974.
Sur les quelque 140 plaques du programme « Ici vécut », on dénombre seulement 5 épigraphes de la catégorie « Ici se trouvait » incluant celle de Henry. « [Elles] constituent à cet égard des exceptions appelées à ne pas être reconduites », explique Jean-Pascal Lavoie. « Ainsi, lorsqu’un bâtiment est démoli, la plaque n’est pas réinstallée, afin de préserver l’exactitude de l’interprétation historique du site. »
L’îlot où Camille Henry a grandi fera place aux 96 logements locatifs du projet Ludovica, dont le nom évoque la ville rêvée par le fondateur de Québec, Samuel de Champlain, sur les bords de la rivière Saint-Charles au XVIIe siècle. Cet édifice de sept étages situé aux portes du quartier Saint-Roch sera coiffé de la « Terrasse Henry », un espace privé qui rendra un hommage discret au hockeyeur.
Lieu de mémoire
Aussi modeste soit-elle, la plaque de la rue Dorchester inaugurée il y a 25 ans était l’unique lieu de mémoire consacré à l’ancienne étoile de la LNH, à Québec. « On l’a un peu oublié », déplore le président de la Société d’histoire du sport de la capitale nationale, Marc Durand. Ce dernier souligne les origines populaires du hockeyeur issu du côté sombre de la Basse-Ville de Québec. « Sa mère était dure avec lui et son père était alcoolique… ça va le suivre toute sa vie. »
Le petit ailier gauche connaît des débuts fulgurants dans l’uniforme des Rangers en remportant le trophée Calder remis à la recrue de l’année 1954 devant Jean Béliveau, du Canadien de Montréal. Son agilité lui vaut d’être comparé à une anguille. « À cinq pieds et huit pouces, il devait se faufiler pour ne pas mourir sur la patinoire », explique Marc Durand.
S’il n’a pas inscrit son nom sur la coupe Stanley, Henry est néanmoins entré dans les livres d’histoires en déjouant le premier gardien masqué du hockey moderne, Jacques Plante, le 1er novembre 1959, au Madison Square Garden de New York. Il a également défrayé la rubrique mondaine pour son mariage éphémère avec la vedette montante de la télévision et de la chanson québécoise Dominique Michel, en 1958. Le bungalow moderne où le couple s’était établi à Charlesbourg ne porte aucune plaque commémorative.
L’anguille raccroche ses patins à la fin des années 1960. Son retour dans sa ville natale sera particulièrement sinistre. « Il est devenu agent de sécurité au Colisée de Québec, où il avait remporté des championnats 20 ans plus tôt, ça ne devait pas être bon pour le moral », observe Marc Durand.
Diminué par son alcoolisme et le diabète qu’il soignait mal, Camille Henry termine ses jours reclus dans un modeste appartement. « Il était devenu mendiant et il faisait peur aux gens », relate l’historien du sport. L’ancienne étoile s’est éteinte en 1997, quatre mois après avoir enfin obtenu son fonds de pension de la LNH.


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