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« Manosphère », célibat involontaire, utérus artificiel, technosexualité, agents conversationnels sexuels, discriminations algorithmiques ou applications de rencontre, les liens entre sexualités et technologies se resserrent dans nos sociétés. Ils sont au cœur du 7e colloque Sexualités et technologies, qui se tient ce vendredi au PHI, à Montréal.
« En 2019, lors du premier colloque, on avait choisi cette thématique de Sexualités et technologies. Et finalement, on n’a jamais fait le tour de ces sujets-là. On est encore à traiter des enjeux à l’intersection de la sexualité et de la technologie », dit Mylène de Repentigny-Corbeil, de l’organisme Les 3 sex*, qui organise ce colloque. Les 3 sex* est un organisme qui s’occupe de défense des droits et de santé sexuelle. « Donc on aborde autant les enjeux de santé reproductive, de santé sexuelle, de violences à caractère sexuel, d’identité, des droits des femmes, des droits des personnes. »
D’entrée de jeu, c’est sur le sujet des incels, ces « célibataires involontaires » masculins qui en veulent aux femmes pour leur condition, que les débats vont s’ouvrir, avec une conférence de la psychologue Marie-Aude Boislard, qui est aussi professeure titulaire au Département de sexologie de l’Université du Québec à Montréal. Intitulée Glisser dans l’incelosphère — et en sortir : état des lieux, synthèse de recherche et recommandations pour l’intervention sexologique, sa présentation explore des pistes de solution.
Dans le dédale des algorithmes, les recherches démontrent « qu’on peut chercher une vidéo sur l’exercice physique tout à fait correcte et, quatre vidéos plus tard, se retrouver dans la manosphère. C’est très insidieux », dit Mylène de Repentigny-Corbeil. Cette dérive, mise en branle et gérée par des machines, créée des chambres d’écho dans la population, qui se retrouve toujours face au même contenu.
Un algorithme sans jugement
« Au début des années 2010, on disait “don’t feed the troll”, et j’ai l’impression qu’on a vraiment oublié cette leçon-là, poursuit la sexologue Mariane Gilbert, qui est panéliste au colloque et coordinatrice des contenus sexologiques aux 3 sex*. C’est important de mettre de l’avant que plus on interagit sur TikTok, par exemple, même si c’est pour critiquer, plus on encourage l’algorithme à pousser ce contenu-là ». Car l’algorithme, rappelons-le, n’a pas de jugement.
« Il y a des choses qui sont très arbitraires. Ça n’est pas du tout transparent. Le but des différentes plateformes, et des différentes compagnies qui les possèdent, c’est qu’on passe le plus de temps possible sur ces plateformes-là », ajoute-t-elle.
La conférence de Marie-Aude Boislard portera entre autres sur les possibilités pour les incels « de briser leur isolement », « de partager leurs expériences de rejet social et amoureux et d’obtenir du soutien social ».
En entrevue, Mylène de Repentigny-Corbeil reconnaît que l’intelligence artificielle a investi le monde de la pornographie en permettant de créer notamment des images pornographiques à partir de photos de personnes et même d’enfants réels.
« Maintenant, tu peux créer des vidéos pornographiques en 30 minutes avec des faux générés par l’intelligence artificielle », note-t-elle. Aussi, les chatbots, s’ils peuvent répondre à certains besoins émotionnels par défaut, peuvent aussi faire croire à la personne qui les utilise qu’elle est « la meilleure personne de l’humanité ». « Je ne sais pas comment on va grandir avec ça. Est-ce qu’on va se désensibiliser à la confrontation, au débat ? » demande-t-elle.


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