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L’amour avant Tinder : comment les aînés trouvaient l’âme sœur

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Autrefois, lorsqu'il n’y avait pas de sites de rencontres amoureuses, comment faisait-on pour trouver l’amour? À l’occasion de la Saint-Valentin, des personnes âgées racontent les circonstances dans lesquelles elles ont rencontré leur âme sœur.

Pierre Choquette a 87 ans, Ernest LeFebvre, 79 ans, Majella Morin, 71 ans, et Paul Amyotte, 68 ans. Ils font partie d’un groupe d’une douzaine de retraités francophones appelé « Les sages ».

Cela fait plus de 20 ans que, chaque matin, du lundi au samedi, ils se retrouvent dans un coin de l’aire de restauration du centre commercial de Bonnie Doon, à Edmonton, pour commenter l’actualité et se faire part de problèmes personnels.

« On vient ici pour se confesser », disent-ils sur le ton de la plaisanterie.

Un groupe d'aînés francophones attablés dans une aire de restauration, à Edmonton, en janvier 2026.

Les membres du groupe « Les sages » discutent joyeusement dans leur lieu de rencontre habituel qu'ils considèrent comme un confessionnal.

Photo : Radio-Canada / Julien Fournier

Un détonateur insolite

En ce mercredi de janvier, le sujet de la « confession » porte sur l’amour. Les membres du groupe présents sont invités à se souvenir des conditions dans lesquelles ils ont rencontré leur conjointe pour la première fois.

C’est Pierre Choquette, l’un des boute-en-train de la joyeuse bande, qui se jette à l’eau en premier. Il raconte que c’est dans la petite municipalité québécoise de Joliette, d’où il est originaire, qu’il fait la connaissance de sa future femme : Pierrette.

Comme la vie sait prendre des détours complètement inattendus, c’est au retour d’une visite de Pierre à une connaissance que le destin met Pierrette sur son chemin.

Cela arrive lorsque Pierre, pris d’une envie pressante, stationne sa voiture et s’isole derrière un arbre d’au moins 24 pouces de diamètre pour se soulager.

Mon urine a été si haut qu’elle a dépassé l'arbre. C'est là que le contact s'est fait avec ma chérie.

Un homme assis dans l'aire de restauration du centre commercial de Bonnie Doon, à Edmonton, en janvier 2026.

Selon Pierre Choquette, qui a perdu sa compagne, les rencontres régulières avec ses camarades permettent entre autres d'atténuer la douleur de sa perte.

Photo : Radio-Canada / Bassirou Bâ

Paul Amyotte, qui écoute religieusement son récit, l'interrompt en lui lançant avec un air taquin : Elle a dû noter que tu avais une bonne pression!

Pris d’un fou rire, Pierre répond : probablement!

Il poursuit en disant que Pierrette et lui se fréquentent pendant au moins un an, sans relations charnelles, insiste-t-il, avant de se marier.

Pierre explique que, à l’époque, deux personnes amoureuses doivent avoir la bénédiction de leurs parents avant de s’engager formellement.

Les deux amoureux vivront ensemble pendant 65 ans, jusqu’au décès de Pierrette, il y a plus de deux ans.

Je me suis occupé d’elle pendant huit ans. Elle souffrait de l’alzheimer, précise Pierre, le regard embué.

Un groupe de personnes assises autour d'une table, au centre Bonnie Doon, à Edmonton, en janvier 2026.

Les membres du groupe d'aînés francophones ont instauré un rituel qui dure depuis plus de 20 ans : se rencontrer régulièrement pour passer du temps et voir des gens.

Photo : Radio-Canada / Julien Fournier

Une intrigue galante

Attablé en face de Pierre, Ernest LeFebvre se lance à son tour, sous le regard amusé de ses camarades. Il relate son histoire d’amour avec Janet, une Néo-Écossaise, qu’il rencontre par l’intermédiaire d’un de ses amis.

Janet doit arriver à Edmonton pour passer quelque temps chez l’ami d’Ernest et sa femme, elle aussi originaire de la Nouvelle-Écosse.

Comme le couple est en voyage le jour de l’arrivée de son invitée, il demande à Ernest s’il peut lui rendre un service en allant chercher Janet à l’aéroport d’Edmonton. Il acquiesce.

J’ai été la chercher à l’aéroport pour l’installer dans la maison de mon ami.

Un homme portant un chandail bleu pose ses mains sur une table.

Enseignant retraité après plus de 35 ans de services, Ernest LeFebvre profite désormais à plein temps de sa vie avec Janet, qu'il a épousée il y a 48 ans.

Photo : Radio-Canada / Bassirou Bâ

Quelques mois plus tard, il amorce les contacts avec Janet, qui deviendra sa compagne de vie, une vie commune qui dure depuis près d’un demi-siècle et de laquelle sont issus trois enfants.

La vie est belle, conclut Ernest, les yeux pétillants derrière ses lunettes.

Sur le parvis d’une église

C’est également de manière fortuite que Paul Amyotte rencontre sa bien-aimée, Adèle. C’est sur le perron d’une église, un dimanche.

Adèle est étudiante dans le même établissement que le frère de Paul. Avec d’autres condisciples, ils conviennent d’aller pique-niquer au bord d’un lac après la messe.

Comme le groupe n’a pas de voiture pour s’y rendre et que Paul en possède une, son frère l’invite à se joindre à la sortie. « C’est là que j’ai vu Adèle et j’ai dit : "OK!" »

On s’est rencontrés, puis on est sortis ensemble, et on a fini par se marier. Ça fait 48 ans qu’on est ensemble.

Un homme arbore un large sourire devant une caméra.

Paul Amyotte est un fier Franco-Albertain marié depuis 48 ans à Adèle, elle aussi Franco-Albertaine.

Photo : Radio-Canada / Bassirou Bâ

Une histoire de livre

C’est autour de Majella Morin de rembobiner ses souvenirs. Originaire de Frampton, au Québec, il fait la connaissance de sa future femme, Colene, lors d’une excursion en autobus en 1991.

Ils se marient quelques années plus tard, mais leur union n’a pas duré comme celles des autres.

Qu’à cela ne tienne, Majella reste en bons termes avec son ex-femme.

Un homme portant des lunettes et une casquette est attablé dans une aire de restauration du centre commercial Bonnie Doon, à Edmonton, en janvier 2026.

Le mariage de Majella Morin avec Colene n'a pas duré comme ceux de ses camarades du groupe « Les sages ».

Photo : Radio-Canada / Bassirou Bâ

Il tient par ailleurs à faire part d’une histoire d’amour qui l'a touché, celle d’un ami de son frère aîné.

La voici. Une femme, la future conjointe de l’ami du frère de Majella, s’en va passer quelques jours de vacances dans les Caraïbes. Elle emporte un livre, qu’elle laisse finalement dans l’avion après l’avoir lu.

Le lendemain, l’ami du frère de Majella, qui prend le même avion pour la même destination, tombe sur le livre dans la pochette devant son siège. Il le garde pour le lire sur une plage de son lieu de vacances.

Et c’est là que l’histoire prend des allures de conte de fées. Pendant que l’homme se prélasse au soleil en tenant le livre, une femme installée pas loin lui lance : Hé, je viens de terminer la lecture de ce livre!

Elle a alors la surprise de découvrir qu’il s’agit de celui qu’elle a laissé dans l’avion deux jours plus tôt.

Cette autre rencontre fortuite aboutit également à un mariage… qui dure depuis 45 ans.

Dans femmes assises dans une salle devant une affiche, Edmonton, février 2026.

Félicité Ébinette Kibina (à gauche), 66 ans, et originaire de la République démocratique du Congo, a rencontré son mari par l'intermédiaire de son premier employeur.

Photo : Radio-Canada / Logan Boucher

Amour interdit

Non loin du lieu de rencontre du groupe Les sages, se trouve la coopérative de couture de femmes immigrées. L’une des membres, Victorine Mboudou, a 82 ans.

À son époque, la tradition de fille promise est courante au Cameroun, son pays d’origine. Elle consiste, pour une famille, à promettre son enfant dès le berceau en mariage à un garçon d’une autre famille proche lorsque tous les deux seront nubiles.

Victorine échappe à cette coutume. Son père, éduqué par des missionnaires catholiques, n’est pas libertaire, mais il est pour la liberté de choisir son conjoint ou sa conjointe.

C’est lors d’un événement de la Jeunesse étudiante chrétienne, dont elle est membre, que Victorine se fait repérer par un soupirant.

J’étais à un bout de la table et lui, à l’autre bout. De temps en temps, nos regards se croisaient.

Victorine Mboudou.

Victorine Mboudou a été mariée à Martin, son premier amour, au début des années 1960.

Photo : Radio-Canada / Logan Boucher

L’homme l’aborde à la fin de l’événement. Toute rencontre en dehors de ce cadre est difficile, car Victorine vit dans un internat, sous la surveillance de religieuses qui n’autorisent que des visites des membres de la famille des pensionnaires.

Martin, son amoureux, use d’un subterfuge pour faire enregistrer son nom sur la liste des personnes pouvant accéder à l'internat. J’étais encore jeune, mais lui savait ce qu’il faisait, raconte Victorine.

De leurs instants volés naît une grossesse. Victorine réussit à la dissimuler à tout le monde et notamment à son père, dont elle craint la réaction.

Le père de Martin parvient à convaincre le sien de laisser les deux tourtereaux convoler en noces. Victorine poursuit ainsi sa grossesse et accouche, à 16 ans, de son premier enfant, en 1962.

Tout est bien qui finit bien.

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