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L’aide médicale à mourir et l’insurmontable consensus

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Les années s’écoulent, les réflexions se suivent, mais le consensus social d’acceptabilité ayant entouré les avancées successives encadrant l’aide médicale à mourir n’émerge toujours pas pour les personnes atteintes d’un trouble mental qui souhaiteraient, sur la base de ce seul grave et délicat critère, avoir accès elles aussi à cette fin de vie. Et le temps qui passe n’y change à peu près rien. Psychiatres, citoyens et provinces canadiennes demeurent tout aussi partagés. Des divergences qui, tant qu’elles perdureront, poseront un infranchissable frein au cheminement de ce débat de société qui ne peut se poursuivre que dans l’assentiment social.

Nulle discussion n’est plus épineuse que celle-ci. Au paternalisme médical dénoncé par certains s’oppose une autonomie médicale réclamée par d’autres, mais sur laquelle les avis d’experts en psychiatrie demeurent divergents. À toute la délicatesse entourant un tel choix de fin de vie se greffe l’inouïe complexité des troubles mentaux.

Or, pour plusieurs, les mémoires et les témoignages présentés au comité mixte de sénateurs et de députés qui s’est penché sur cette suite possible à l’accès à l’aide médicale à mourir (AMM), prévue pour mars 2027, auraient somme toute pu se résumer à du copier-coller des représentations faites devant le même comité il y a trois ans. Le rapport final, attendu d’ici cet été, au terme de deux mois d’audiences ayant pris fin mardi, risque fort bien de se solder à son tour par la même recommandation, soit celle d’un report, un autre, de ce débat manifestement enlisé.

Précipiter ou faire avorter toute autre décision, faute de consensus dans un sens comme dans l’autre, serait impensable pour une question aussi cruciale. Fixer un nouveau délai sans corriger les failles que représente le manque criant de services en santé mentale, invoquées depuis des années et encore à ce jour pour expliquer les craintes persistantes de certains, serait toutefois impardonnable.

D’une part, une quinzaine de directeurs de département de psychiatrie d’universités des quatre coins du Canada réitèrent en leur nom personnel — de même qu’en écho aux préoccupations brandies par d’autres collègues du domaine — qu’il n’existe aucune définition unanimement reconnue du caractère « irrémédiable » du trouble mental dont un patient ne pourrait espérer se remettre, ni de critères universels permettant de distinguer des pensées suicidaires d’un souhait éclairé de se prévaloir de l’AMM.

À l’inverse, des psychiatres, comme la Dre Mona Gupta, également professeure titulaire à l’Université de Montréal, rétorquent de nouveau que ces incertitudes en matière de diagnostic ou de prévisibilité clinique ne sont pas propres aux troubles psychiques et concernent aussi les affections physiques. Qui plus est, les personnes souffrant d’un mal physique et se prévalant de l’AMM ne sont pas exemptes de troubles mentaux ou de pensées suicidaires, une telle évaluation médicale faisant ainsi « déjà partie de la pratique de l’AMM ».

Les raisons invoquées pour réclamer qu’on reporte indéfiniment un tel élargissement de l’AMM, d’un côté, ou qu’on aille enfin de l’avant, de l’autre, n’ont aucunement, ou à peine, évoluées. L’opinion populaire n’a pas non plus fluctué — 80 % des Canadiens (et 85 % des Québécois) seraient à l’aise de voir l’admissibilité à l’AMM élargie au trouble mental comme seule affection, selon un sondage commandé par le lobby Mourir dans la dignité Canada, mais, encore là, seulement en vertu de balises strictes : qu’il s’agisse d’une maladie grave, résistante au traitement, causant des souffrances persistantes et intolérables. Le Québec et l’Alberta, en revanche, ont adopté ou proposé une loi excluant explicitement cette option.

En marge de tous ces débats législatifs, des personnes cloîtrées dans leurs souffrances psychiques ne savent pas où se tourner, dans l’attente interminable de compassion de la part de leurs gouvernements et de la société.

Que le Québec demeure un chef de file de l’AMM dans le monde pour les personnes souffrant de maladies physiques incurables (avec un taux de 7,9 % des décès en 2024-2025) et qu’il soit suivi de près par le reste du Canada (5 % des décès la même année) incite cependant à une mûre réflexion. Le vieillissement démographique y est certes pour quelque chose, tout comme l’indifférence religieuse d’une part importante de la population ainsi que le libre accès dans le système public à cet ultime choix thérapeutique.

La décision réfléchie du Québec et du Canada d’offrir ce choix de fin de vie fut toutefois prise d’un commun accord jusqu’ici. Étendre à nouveau l’AMM ne peut se faire de manière précipitée, en l’absence d’un indispensable consensus.

Un énième report de son élargissement ne pourra en revanche s’opérer sans qu’on y adjoigne cette fois-ci un échéancier prescrivant l’étude de mesures concrètes destinées à répondre aux craintes perpétuellement évoquées ou de balises possibles à apporter dans le cas délicat d’affections psychiques, et ce, afin d’éviter de simplement perpétuer, pour ceux qui en souffrent, cette valse-hésitation de compassion.

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