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En ce mardi avant-midi à l'aéroport Montréal-Trudeau, Kim Bouchard-Chayer, une intervenante du YMCA, et Annie-Claude Pelletier, une policière de proximité de la Sûreté du Québec (SQ), arpentent les couloirs de l’aérogare avec une mission bien précise : repérer les personnes sans-abris qui y trouvent refuge.
Je pense qu’il se promène partout parce que je l’ai vu ailleurs aussi, explique la policière à sa collègue, en pointant dans différentes directions du terminal, à la recherche d'une personne.
Très vite, elles repèrent un homme attablé dans une zone reculée, qui a un ordinateur portable et qui est vêtu proprement. Un chariot chargé d’effets personnels se trouve à ses côtés.
Bonjour, nous voulons simplement vous saluer. Tout va bien pour vous aujourd’hui? lui demande Kim Bouchard-Chayer.
Tout va bien. J’apprécie [votre présence], lui répond l’homme.
L'intervenante du YMCA le connaît bien. Elle le voit quotidiennement à l’aéroport.
On n’a pas tellement de détails sur sa vie personnelle, mais on le voit tous les jours. On va toujours lui demander comment ça va aujourd’hui. [...] Mais quand la personne se rétracte et qu’elle ne veut pas plus d’aide que ça, on fait ce qu’on peut pour l’aider, explique-t-elle.

Kim Bouchard-Chayer, du YMCA (à gauche), et Annie-Claude Pelletier, de la Sûreté du Québec, patrouillent quotidiennement dans l’aéroport pour venir en aide aux sans-abris qui s'y réfugient.
Photo : Radio-Canada / Andréane Williams
Un phénomène ancré depuis des années
À l’image de la métropole québécoise, l’aéroport Montréal-Trudeau est frappé de plein fouet par la crise de l’itinérance.
La situation est telle que l’aéroport a mis sur pied un groupe d’intervention dont font maintenant partie des intervenants du YMCA, comme Kim Bouchard-Chayer, et des membres de la SQ.
[En] 2017-2018, on a vraiment vu un phénomène s’installer et s’ancrer à l'aéroport de Montréal, un phénomène devant lequel on était un peu démunis. [...] Donc, la réalité s’est installée au fil du temps. Même à travers la pandémie, elle n’a continué que de croître, donc il a fallu trouver des mesures, explique Stéphane Larin, directeur, Opérations aéroportuaires, Sûreté et Lutte contre les incendies à Aéroports de Montréal.

Stéphane Larin, directeur, Opérations aéroportuaires, Sûreté et Lutte contre les incendies, affirme que cette réalité continue de croître depuis environ huit ans.
Photo : Radio-Canada / Andréane Williams
L’année dernière, le YMCA est intervenu auprès de 98 personnes, soit 60 de plus qu’en 2024.
On pourrait dire qu’il y a peut-être une tendance à voir plus de personnes [...] mais c’est difficile de comptabiliser toutes les personnes à tous les jours qui sont dans l’aérogare, précise la coordonnatrice assistante pour les programmes de travail de rue au YMCA, Jade Otis.
Chauffé en hiver, climatisé en été
Mme Bouchard-Chayer n’est pas surprise que des personnes en situation d’itinérance choisissent l'aéroport pour se réfugier. La plupart se rendent à l’aéroport en transport en commun. Certains arrivent même en marchant.
C’est un endroit où les gens se sentent en sécurité, peuvent se poser. C’est chauffé l’hiver, c’est climatisé l’été. Donc, pour les femmes aussi, qui sont beaucoup en situation d’itinérance cachée ou qui sont plus vulnérables dans la rue, ou les personnes plus âgées, c’est un endroit où elles se sentent bien, explique-t-elle.

Kim Bouchard-Chayer, du YMCA, et Annie-Claude Pelletier, de la Sûreté du Québec, discutent avec une jeune femme qui trouve refuge dans l'aérogare depuis deux semaines.
Photo : Radio-Canada / Andréane Williams
Ce jour-là, Kim Bouchard-Chayer et la policière Annie-Claude Pelletier rencontrent d’ailleurs une jeune femme. Elle est installée près d’une fenêtre et coiffe ses longs cheveux bruns à l’aide d’un fer plat.
La dame ne veut pas témoigner à la caméra, mais elle nous raconte qu'elle a fui une situation de violence conjugale et qu'elle vit à l’aéroport depuis deux semaines.
On va être là pour lui trouver toutes les informations qu’elle a besoin, peu importe ses besoins. [...] On n’est pas là pour expulser les gens.
Stéphane Larin admet toutefois que la présence de personnes en situation d’itinérance peut causer des problèmes de sécurité.
Il y a des personnes qui arrivent avec beaucoup d'items, beaucoup de bagages [...] Qu'est-ce qu'il y a dans ces bagages-là? On fait face à des individus qui ont parfois des problèmes mentaux, des problèmes de consommation, explique-t-il.
Un programme qui porte ses fruits
Selon M. Larin, le nombre de situations de crise a toutefois diminué depuis la mise sur pied du programme.
[On voit] beaucoup moins de situations d’escalade, de situations où on pourrait avoir de la désorganisation, de l'agressivité [...] depuis que nos intervenants sont sur le plancher, affirme-t-il.
Autre signe que le programme porte ses fruits : plus de la moitié des 44 personnes qui trouvaient refuge à l’aéroport de manière régulière en 2025 ont quitté au cours de la dernière année, selon le YMCA.

Jade Otis, coordonnatrice pour les programmes de travail de rue au YMCA
Photo : Radio-Canada / Andréane Williams
Ça témoigne que le travail qui est fait avec ces personnes-là aide à les rediriger vers les ressources dont elles ont besoin.
Au niveau des arrivées, Jack* (nom d’emprunt), 68 ans, se promène, un petit sac à la main. Il fréquente l’aéroport depuis l’année dernière.
Il s'y rend en autobus.

Jack (nom d’emprunt) est sans-abris et fréquente l’aéroport depuis l’année dernière.
Photo : Radio-Canada / Andréane Williams
[Je viens ici] parce qu’il fait chaud, que c’est sécuritaire et que les gens sont gentils, comme [Kim].
S’y nourrir coûte toutefois très cher, ajoute-t-il. Je ne mange qu’une fois par jour.
Malgré tout, Jack a bon espoir de quitter l’aéroport pour de bon. Il a récemment trouvé un logement, où il devrait déménager sous peu.


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