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Publié chaque année depuis 2006, ce document est très estimé par la communauté scientifique, qui subit l’offensive climatosceptique du gouvernement américain.

Dans l’archipel de la Terre François-Joseph, dans l’océan Arctique, le 16 août 2021. Dans l’archipel de la Terre François-Joseph, dans l’océan Arctique, le 16 août 2021.

C’est un nouveau coup porté à la recherche sur le climat aux Etats-Unis. La Maison Blanche a reconnu, mardi 11 août, avoir annulé la publication d’un rapport de référence sur l’état de l’Arctique. Ce document très estimé dans le monde de la recherche, était publié chaque année depuis 2006, y compris jusqu’en décembre 2025, alors que l’administration Trump était déjà au pouvoir.

Mais la branche de l’Etat fédéral qui pilote ce rapport, l’Agence d’observation océanique et atmosphérique (NOAA), a décidé qu’elle ne le publierait pas en 2026. « La coordination du rapport sur l’Arctique 2026 ne sera pas faite par la NOAA », peut-on lire dans un communiqué qui ne donne pas de raison justifiant cet arrêt brutal.

« Ils imposent l’ignorance » alors que « l’Arctique est un baromètre du changement climatique », s’indigne auprès de l’Agence France-Presse (AFP) l’océanographe Rick Spinrad, un ancien patron de la NOAA. Le rapport de décembre 2025 informait que cette zone de glace autour du Pôle Nord avait vécu son année la plus chaude jamais enregistrée.

« L’Arctique est la région de la planète qui se réchauffe le plus rapidement », souligne à l’AFP Twila Moon, l’une des trois auteurs du rapport ces dernières années, qui a appris la nouvelle lundi 10 août. Cette chercheuse à l’Université du Colorado à Boulder se dit « extrêmement déçue » de cette décision, « c’est une erreur de ne pas maintenir le leadership et les compétences de la science climatique américaine ». Elle indique cependant qu’elle travaille, avec d’autres co-auteurs, à « trouver une voie pour parvenir à publier un rapport sur l’Arctique en 2026 » sans le soutien du gouvernement fédéral.

Ceci n’est que le dernier exemple en date d’un gouvernement déterminé à s’en prendre à la recherche qui documente les impacts du changement climatique d’origine humaine. Il y a quelques jours, les Académies nationales des sciences, de l’ingénierie et de la médecine, un organisme scientifique de renom qui se veut indépendant, ont retiré de son site un chapitre sur le changement climatique d’un ouvrage de référence à destination de la justice qui avait suscité l’ire du président américain.

« Enterrer la science »

Donald Trump avait qualifié mi-juillet ce chapitre de « biaisé et trompeur » et accusé cette institution d’être aux mains des « démocrates d’extrême gauche ». Les Académies ont reconnu avoir retiré cet extrait qui, selon elles, « mérite un passage en revue » qui doit s’achever « à l’automne. »

C’est pourtant cette même institution qui a publié mi-juillet un rapport concluant à la fiabilité des études attribuant des événements météo extrêmes, comme les vagues de chaleur ou les pluies diluviennes, au changement climatique d’origine humaine.

Le retrait du chapitre à destination du monde judiciaire inquiète Carly Phillips, de l’ONG environnementale Union of Concerned Scientists. « Les juges ont besoin d’information scientifique fiable à propos du changement climatique afin de pouvoir étudier les dossiers sur le fond », a-t-elle expliqué à l’AFP.

Plus tôt en 2026, l’administration Trump a abrogé le texte qui servait de fondement à la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre aux Etats-Unis, lui permettant d’assouplir la régulation sur les émissions des véhicules. Elle a aussi essayé de démanteler un laboratoire du Colorado qui est une référence mondiale pour la science du climat et la météo, mais a été freinée par une décision de justice.

« Ils essayent vraiment d’enterrer la science », reprend auprès de l’AFP Michael Mann, climatologue à l’Université de Pennsylvanie et auteur d’un récent livre sur le sujet. « Avec l’accumulation des preuves et un été qui montre aux gens, avec les incendies et les canicules, les conséquences du changement climatique, c’est une peine perdue, tente de se rassurer le chercheur. Mais ça ne veut pas dire qu’ils ne vont pas continuer d’essayer. »

Le Monde avec AFP