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Les assurances de personne soulèvent rarement l’enthousiasme. Après tout, il existe des dépenses beaucoup plus attrayantes que celle qui consiste à payer une prime pour un événement qu’on espère ne jamais vivre. Néanmoins, celles-ci représentent un outil nécessaire dans la vie financière de pratiquement tout le monde.
Les objections sont naturelles, voire automatiques, quand vient le temps d’y souscrire. Derrière celles qui reviennent le plus fréquemment, il y a une constante : « Je ne comprends pas pourquoi je devrais valoir davantage mort qu’aujourd’hui, vivant. »
Cette question, bien que légitime, repose sur une confusion entre la valeur d’une personne et sa valeur économique.
La valeur économique d’une vie humaine
Les économistes utilisent depuis longtemps la notion de capital humain pour désigner la capacité d’une personne à générer du revenu au cours de sa vie active. Entendons-nous, il n’est pas possible de quantifier la valeur du lien affectif avec un enfant, un conjoint ou un parent. Mais il est possible d’estimer l’impact financier qu’entraînerait leur décès, leur invalidité ou leur maladie grave pour les proches.
En réalité, la plupart des plans financiers reposent sur une hypothèse fondamentale, soit la capacité à générer du revenu pendant une certaine période, dont la durée varie selon les objectifs personnels, le coût de vie, la situation familiale et l’âge souhaité pour la retraite, notamment.
Il existe différentes approches pour la calculer. La première consiste à calculer la valeur actualisée du revenu futur. Autrement dit, en établissant la valeur actuelle de cette capacité future à générer un revenu. Prenons par exemple une personne de 40 ans, avec un salaire de 100 000 $ net par année et prévoyant de prendre sa retraite à 65 ans. En prenant pour base de calcul une indexation annuelle du revenu à 2 % et un taux d’actualisation à 4 %, la valeur économique de sa capacité future à gagner ce revenu s’élève à environ 2 millions de dollars. Autrement dit, sa principale richesse n’est peut-être ni sa résidence ni son REER, mais bien sa capacité à continuer de travailler au cours des 25 prochaines années.
L’approche basée sur les besoins
Une autre approche pour établir la somme requise en assurance vie est plus pragmatique, et le calcul se fait au moyen de questions plus précises. Elle consiste à établir les dettes à rembourser, le remplacement du revenu familial (en partie ou au total selon les objectifs personnels), à prévoir un budget pour les études, les frais funéraires et autres objectifs précis. Ensuite, il suffit de soustraire les actifs disponibles au moment du décès d’une personne du ménage, les régimes de retraite et les assurances existantes.
Cette approche a comme avantage de tenir compte de la réalité propre à chaque ménage. Par exemple, le décès d’une personne ne fait pas disparaître l’ensemble des dépenses du ménage. Cette approche permet donc d’établir celles qui devront être assumées par le conjoint survivant. Certains seront à l’aise avec l’idée de se départir de certains biens après le décès de leur conjoint. D’autres utiliseront comme hypothèse de base le désir ou la nécessité de les conserver.
Ainsi, avec les mêmes paramètres que l’exemple précédent, le besoin réel pourrait être inférieur à 2 millions de dollars, si l’objectif consiste à remplacer seulement une partie du revenu actuel ou à maintenir un niveau de vie plus modeste. Évidemment, plus le rendement escompté sur le capital investi à la suite du décès est bas, plus il sera nécessaire d’en laisser plus.
Compte tenu de la hausse des revenus, de l’endettement des ménages et de la valeur croissante des résidences, il n’est pas rare que les besoins en assurance vie d’une famille dépassent aujourd’hui le million de dollars. Ces besoins sont toutefois temporaires et peuvent se combler à faibles coûts avec des produits temporaires, dont les primes sont plus économiques que l’assurance vie permanente.
Votre actif le plus important
Pour de nombreuses familles et les jeunes en début de vie active, le plus important des actifs n’est pas la résidence, le portefeuille de placements ou la valeur du régime de retraite, mais bien cette capacité à générer du revenu. Ainsi, l’approche de la valeur économique et du remplacement de revenu doit être aussi prise en compte pour établir les besoins en assurances invalidité et maladies graves.
Les assurances qui remplacent le revenu jusqu’à 65 ans coûtent plus cher que l’assurance vie, principalement parce que les probabilités qu’une incapacité prolongée à travailler survienne pendant la vie active sont plus élevées que celles de mourir. Si vous commencez à recevoir des prestations d’assurance salaire à 40 ans remplaçant un revenu de 100 000 $ par année, c’est littéralement quelques millions de dollars que l’assureur vous versera sur 25 ans.
Bien sûr, la valeur d’un être humain ne peut être réduite à une série de chiffres. Toutefois, la disparition d’une personne peut avoir des conséquences financières bien réelles pour ceux qui dépendent d’elle. L’objectif du calcul de la valeur économique d’une vie humaine n’est donc pas de mettre un prix sur une personne, mais plutôt de mesurer ce que ses proches risqueraient de perdre financièrement en son absence.
Oui, vous pourrez toujours « survivre » ou vos proches pourront toujours « s’arranger ». L’avantage du calcul de la valeur économique d’une vie humaine permet de mieux comprendre les risques et d’analyser les moyens et les solutions pour les gérer ensuite, en fonction de sa situation personnelle et de ses valeurs.
De la même manière qu’on ne décède pas parce qu’un testament vient d’être signé, on ne meurt pas si on vient de souscrire une assurance. Le décès pendant la vie active est statistiquement rare, mais, lorsqu’il survient, il génère toujours des conséquences financières indéniables.
Planificatrice financière, l’autrice est présidente du cabinet indépendant Lachapelle finances intelligentes. Elle a publié Si c’était facile, nous serions tous riches aux Éditions de l’Homme.


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