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L’accouplement brutal de ces dinosaures pourrait-il résoudre cette énigme de longue date ?

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Pendant des décennies, les paléontologues ont été confrontés à un problème majeur : comment distinguer les mâles des femelles dinosaures fossilisés ? Les organes reproducteurs mous se décomposant après des millions d’années, cette information semblait perdue à jamais. Pourtant, une nouvelle étude portant sur les hadrosaures – ces dinosaures herbivores à bec de canard – pourrait enfin résoudre cette énigme.

Des fractures énigmatiques sur toutes les espèces d’hadrosaures

Depuis plusieurs décennies, les scientifiques se demandent pourquoi les hadrosaures – ces dinosaures herbivores au « bec de canard » – présentent un taux particulièrement élevé de fractures cicatrisées au niveau des vertèbres situées à l’extrémité de leur queue.

Selon la professeure Eileen Murphy, de l’université Queen’s de Belfast, ce schéma est récurrent. Pour tenter de comprendre son origine, elle et son équipe ont étudié près de 500 vertèbres endommagées provenant d’hadrosaures d’Eurasie et d’Amérique du Nord. Le même motif de blessure apparaissait alors systématiquement, quel que soit l’âge ou l’emplacement des fossiles, suggérant un comportement partagé par toutes les espèces étudiées.

Les chercheurs ont ensuite utilisé des modèles informatiques pour déterminer quelles forces auraient pu provoquer ces fractures.

Une hypothèse audacieuse : l’accouplement brutal

Les scientifiques ont envisagé plusieurs explications possibles. La prédation a été rapidement écartée, car aucune trace de morsure n’a été détectée sur les vertèbres. L’hypothèse d’un combat de queue a également été rejetée, puisque les blessures observées se situaient principalement sur le dessus de la queue et non sur les côtés, là où les impacts de combats auraient été attendus.

En réalité, les analyses ont montré que la pression exercée autour du cloaque – l’ouverture qui hébergeait les organes sexuels – était probablement à l’origine des blessures.

Selon les simulations, la saillie latérale des mâles sur les femelles aurait en effet entraîné la compression des vertèbres caudales supérieures lors de l’acte sexuel. La présence de signes de guérison sur ces fractures montre que ces blessures n’étaient pas fatales et n’affectaient pas significativement la survie de l’espèce.

Comme le souligne le professeur Gareth Arnott, coauteur de l’étude, « bien qu’une copulation agressive puisse sembler défavorable sur le plan évolutif, ce type de comportement est déjà observé chez plusieurs animaux modernes, tels que les otaries, certaines tortues et certaines espèces d’oiseaux. »

dinosaures mâles femellesCrédit : Université Queen's de Belfast
Partout où l’on trouve des hadrosaures, on retrouve exactement les mêmes blessures.

Une avancée majeure pour le paléontologue

Cette hypothèse ouvre une perspective unique pour la paléontologie : la possibilité de distinguer les femelles des mâles dans les fossiles d’hadrosaures. Chaque vertèbre fracturée cicatrisée devient alors un indice sexuel, permettant d’étudier le dimorphisme et les comportements reproducteurs.

Les chercheurs peuvent désormais se poser de nouvelles questions : ces blessures étaient-elles universelles dans toutes les populations ? Influençaient-elles la hiérarchie sociale ? Et surtout, cette découverte pourrait-elle s’étendre à d’autres groupes de dinosaures, offrant un regard inédit sur leur vie quotidienne et leurs interactions sexuelles ?

dinosaures mâles femellesCrédit : Université Queen's de Belfast
Queue d’un hadrosaure femelle présentant des blessures sexuelles.

Implications et perspectives

Au-delà de la simple identification du sexe, cette découverte révèle un aspect fascinant de la biologie des dinosaures. Elle montre que les comportements reproducteurs pouvaient laisser des traces durables sur la structure osseuse, un patrimoine invisible pour les fouilles classiques. Pour les paléontologues, cela transforme chaque vertèbre en archive comportementale, offrant des indices sur la reproduction, le dimorphisme et peut-être même la sélection sexuelle.

Les prochaines études pourront affiner ces modèles et explorer si des comportements similaires existaient chez d’autres dinosaures herbivores ou carnivores, élargissant notre compréhension de ces créatures disparues.

Les détails de ces travaux sont publiés dans la revue iScience.

Brice Louvet

Rédigé par Brice Louvet

Brice est un journaliste passionné de sciences. Ses domaines favoris : l'espace et la paléontologie. Il collabore avec Sciencepost depuis près d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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