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Cette fois, les astres étaient alignés. Une vingtaine d’années après leur rencontre, le rappeur KNLO et le producteur DJ Manifest travaillent ensemble pour une première fois sur un projet d’envergure. Avec ses six chansons au groove lumineux, LE CASH VAUT RIEN témoigne d’une fertile collaboration entre deux artistes qui évoluent sans se fier aux tendances.
Entre soul, funk et new jack swing, la palette musicale de ce premier minialbum des deux artistes détonne par rapport aux influences qui ont la cote dans le rap depuis quelques années au Québec comme aux États-Unis, c’est-à-dire la plugg (un dérivé du trap à la rythmique percutante et aux mélodies aériennes) et le drumless hip-hop (un hip-hop plus minimaliste à base d’échantillonnages bruts). Depuis ses débuts dans les années 2000, DJ Manifest, proche collaborateur de Koriass et de Souldia, a toujours eu à cœur de représenter, au sein de son œuvre, ces genres musicaux qui ont contribué à la naissance et à l’évolution du hip-hop dans les années 70 et 80.
C’est d’ailleurs cette sensibilité aux musiques fondatrices de la culture hip-hop américaine qui a donné envie à KNLO de collaborer avec le producteur et DJ étoile. « Toute cette flavor-là du hip-hop, tous ces genres-là qui sont des piliers, les gens ici dorment dessus », déplore le rappeur de Québec, membre d’Alaclair Ensemble.
« Disons qu’ici, on a beaucoup grandi avec le rap à base de piano et de violon », observe DJ Manifest, faisant entre autres référence au rap new-yorkais des années 90, qui misait beaucoup sur ces instruments pour créer une atmosphère plus sombre. « Tout le côté chaleureux, il a un peu été écarté. »
Au-delà de cette attirance musicale mutuelle, DJ Manifest, lui, avait envie depuis longtemps de collaborer avec KNLO, ne serait-ce que pour sa créativité légendaire. « Ce qui m’inspire le plus, c’est qu’il ne se met jamais de barrières, autant dans l’écriture que dans la production… Et dans le flow aussi », louange le compositeur, qui a été épaulé par la multi-instrumentiste Caro Dupont et le mixeur Mark the Magnanimous dans la confection du projet.
Malgré cette chimie évidente, les deux artistes ont mis environ deux décennies avant d’en venir à ce premier projet collaboratif. En 2008, sur le tout premier album de Koriass, réalisé par DJ Manifest, ils avaient collaboré à une chanson, En noir et blanc, qui mettait également en vedette une jeune recrue, Sarahmée.
KNLO, à l’époque, commençait à peine à se faire entendre sur la vaste scène de la capitale, qui vivait alors ses heures de gloire avec les succès de Webster, d’Accrophone et de Boogat. Le rappeur allait, deux ans plus tard, connaître un succès considérable au sein d’Alaclair Ensemble, formation centrale dans la régénérescence du rap québécois au tout début de la décennie 2010. DJ Manifest, d’ailleurs, faisait partie des balbutiements d’Alaclair à cette époque faste où tous les gens qui entraient chez Claude Bégin, dans son célèbre appartement (squat ?) du 1036 Cartier à Québec, finissaient par collaborer les uns avec les autres.
Depuis, les deux artistes se sont amplement croisés — en coulisses, en festivals… mais sans jamais trop insister pour donner suite à leur collaboration artistique. « Mais je savais que ça allait se passer un jour. Fallait juste qu’on se trouve un temps commun », indique Manifest. Ce temps commun s’est concrétisé il y a quelques mois, « à coups de chillings » et de discussions à distance. Toujours très prolifique, DJ Manifest (qui a fait paraître quatre autres projets dans la dernière année et demie) a proposé une cinquantaine de productions musicales à KNLO. « C’est une vraie machine à beats, ce gars-là ! » louange le rappeur. « La première soirée ensemble, il m’a fait écouter beat après beat non-stop, sans que j’ai le temps de respirer entre chacun des beats. Dans mon entourage, c’est même devenu une expression. Quand quelqu’un nous fait écouter plein de beats, on appelle ça “faire un Mani”. »
Pour ce qui est des textes, le rappeur s’est attelé à « faire du KNLO », c’est-à-dire à miser sur une poésie à la fois complexe et détendue qui encense les rouages et les mécanismes du quotidien. De là ce titre, LE CASH VAUT RIEN, qui nous rappelle que les petits bonheurs de la vie sont ailleurs que dans la croissance économique à tout prix. « C’est pas les dollars / Qui font qu’on est riche / So j’rentre à la maison à la course / Sur mon X », rappe KNLO sur la contagieuse À tantôt.
« Dans le rap, la discussion sur le cash, elle est toujours là […] et je trouvais qu’avec un titre comme ça, y avait une façon de détourner cette espèce de discussion là, en remettant la lumière sur ce qui est gratuit, sur les vraies choses importantes de la vie », explique le rappeur. « Et le mot “cash” peut être remplacé par autre chose aussi… par “aboutissement” par exemple. L’objectif, c’est jamais la ligne d’arrivée, c’est le processus. C’est la même chose pour les sportifs. En fin de compte, ce qui importe, c’est pas la médaille ou le trophée, mais bien le chemin parcouru pour se rendre là. »
À ce titre, les deux artistes peuvent être fiers de ce qu’ils ont accompli.


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