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Aurélie B. est sortie de prison et a été placée sous surveillance électronique, après un an et demi de détention. L’enquête se poursuit pour tenter de remettre la main sur l’intégralité des fonds détournés.
La chasse au trésor continue, mais la principale suspecte n’est plus derrière les barreaux. «Par arrêt du 23 décembre 2025», Aurélie B., l’ancienne trésorière de l’enseigne de prêt-à-porter Kiabi soupçonnée d’avoir détourné 100 millions d’euros via une fraude financière sophistiquée, a été remise en liberté et placée sous surveillance électronique, annonce le parquet de Paris au Figaro, confirmant une information de FranceInfo .
Interpellée en août 2024 sur le tarmac de l’aéroport de Figari, en Corse-du-Sud, à sa descente d’un jet privé, elle reste mise en examen pour «escroquerie et blanchiment en bande organisée dans le cadre d’une information judiciaire.»
Dans le même dossier, son ex-compagnon, Clément D., 32 ans, a été «mis en examen pour blanchiment en bande organisée et placé sous le statut de témoin assisté pour les faits d’escroquerie», avant d’être soumis à «un contrôle judiciaire» le 15 septembre dernier, précise le parquet de Paris. Son nom apparaîtrait sur les documents d’une société américaine dont Kiabi estime qu’elle a servi à acquérir plusieurs biens immobiliers de luxe, selon nos confrères. Contacté en 2025 par Le Parisien, Clément D. avait nié toute implication dans ce schéma financier contesté.
Des comptes rebonds aux villas de Miami
En juin 2023, sur recommandation d’Aurélie B., le groupe de prêt-à-porter avait placé 100 millions d’euros de ses excédents de trésorerie sur un compte ouvert à la Volksbank Düsseldorf Neuss, une banque coopérative allemande. Les fonds avaient été ensuite «transférés vers la Turquie» via ce même compte, explique Kiabi dans un communiqué de presse.
Mickael Mandine, commandant du pôle «escroquerie» au sein de l’Office central pour la répression de la grande délinquance financière (OCRGDF), décrit auprès du Figaro en octobre 2024 un mode opératoire rodé à la technique des «comptes rebonds» - ces circuits où une multitude de comptes drainent très vite des flux fractionnés avant de disparaître. «Tout le monde est mobilisé», insistait-il.
Grâce à ces montages financiers opaques, Aurélie B., installée à Miami début 2024 pour lancer une nouvelle vie d’entrepreneuse dans le domaine du luxe, avait fait l’acquisition de «trois biens immobiliers» à plusieurs millions d’euros, assure Kiabi au Figaro. Aujourd’hui, ces villas ont été «fléchées et les sommes issues de leurs ventes sont placées sous séquestre» dans le cadre d’une «procédure ouverte aux États-Unis.» Une audience serait prévue en juin, au cours de laquelle l’enseigne espère obtenir une vingtaine de millions d’euros, correspondant au montant de ce patrimoine foncier.
Une banque allemande sous pression
Si la justice française s’emploie à démêler le rôle d’Aurélie B. et de ses éventuels complices, la banque allemande qui a accueilli, puis laissé filer, les 100 millions d’euros a, elle aussi, été rattrapée par les conséquences de cette fraude hors norme. Dans un communiqué de presse publié fin octobre, la Volksbank Düsseldorf Neuss explique que l’affaire «a retardé de plusieurs mois l’approbation de ses comptes annuels.» La direction annonce par ailleurs une fusion avec la Volksbank Krefeld, présentée comme un moyen de se consolider après ce séisme financier qui a coûté, d’après le journal Spiegel, la démission de l’ancien PDG Rainer Mellis.
Dans son communiqué, l’enseigne française Kiabi explique avoir signé récemment avec la Volksbank un accord présenté comme une «étape clé dans le recouvrement des biens et la poursuite des actions» pour récupérer les sommes détournées «au détriment de l’entreprise, de ses collaborateurs et de ses actionnaires.» Reste une inconnue majeure : où sont dissimulés les 100 millions d’euros ? Comme le rappelait au Figaro le commandant Mickaël Mandine, remettre la main sur ce magot «peut prendre quelques mois… ou quelques années.»


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