NE LAISSER PAS LE 5G DETRUIRE VOTRE ADN Protéger toute votre famille avec les appareils Quantiques Orgo-Life® Publicité par Adpathway
Parmi toutes les citations ponctuant Kaïros — et il y en a beaucoup —, une phrase de Goethe résume particulièrement bien le propos de ce second long métrage de fiction de Jennifer Alleyn : « Parler est un besoin, écouter est un art. »
Cette maxime renvoie à la prémisse même du film : l’histoire d’un comédien désabusé, Manu (Emmanuel Schwartz), qui se retrouve animateur d’une tribune téléphonique sur la philosophie à la radio, la nuit. De retour d’un long séjour en Pologne, il se cherche d’abord du travail, mais peine à trouver satisfaction dans un métier qui semble ne lui offrir que de petits rôles. C’est alors qu’on lui propose d’animer cette émission qui, croit-il, lui permettra au moins d’assouvir sa passion pour la littérature. Mais c’est surtout le contact avec les auditeurs qui vient transformer son rapport aux autres et à lui-même. La plupart — nouveaux arrivants, artistes ou travailleurs de nuit — finissent par former une charmante communauté en ondes.
Jennifer Alleyn perfectionne ainsi, elle aussi, son art de l’écoute avec ce récit. Depuis sa participation à La course destination monde (1988-1999), la réalisatrice s’intéresse en effet aux rencontres humaines, aux trajectoires marginales et aux expériences improbables. On peut penser à sa participation au film collectif Cosmos (1996) ou à son court métrage Svanok (L’appel) (2005). De même, Kaïros souligne l’importance de sortir de sa zone de confort, de s’ouvrir à l’altérité et à l’imprévu, de saisir le moment opportun — ce que son titre grec dit explicitement.
Sa mise en scène soulève néanmoins quelques réserves, notamment pour ce qui est de la manière dont elle aborde les implications politiques de cette démarche, pourtant portée par une réelle bienveillance.
Incursion documentaire
En entrevue à l’occasion de son passage en clôture des derniers Rendez-vous Québec cinéma, Jennifer Alleyn a expliqué avoir tiré ses témoignages d’auditeurs d’un processus d’entrevues menées dans le cadre de sa création de l’installation Le catalogue des traces au Symposium international d’art contemporain de Baie-Saint-Paul en 2021. L’artiste avait invité des personnes nouvellement installées au Québec à lui raconter une histoire sur un objet précieux qu’elles avaient dû laisser derrière elles en arrivant ici. Des habitants des environs ont ensuite été appelés à entreposer des objets similaires dans le studio qu’on lui réservait pour le symposium, créant des ponts, des rencontres, entre les participants.
Cette incursion documentaire donne tout son sens au film, qui célèbre précisément l’importance de tendre la main et l’oreille à autrui.
Or, la réalisatrice ne nous permet jamais de comprendre, au seul visionnement, que ces interventions radiophoniques sont tirées de témoignages réels. Cette absence de mise en contexte — alors que d’autres mises en abyme, moins pertinentes, sont mobilisées — fragilise son parti pris, au point que le film soulève malgré lui des questions sur la portée de son regard et sur ce qu’il cherche réellement à dire, bien que la démarche paraisse sincèrement intime pour la cinéaste.
D’autant qu’on ne voit jamais les auditeurs : la caméra reste presque constamment rivée sur Schwartz. Ce choix se comprend jusqu’à un certain point (après tout, Manu est animateur de radio et le récit s’intéresse avant tout à sa trajectoire), mais l’accumulation de récits d’immigration, notamment de personnes ayant fui la guerre pour s’établir ici, finit par susciter un certain malaise alors que ces voix demeurent désincarnées.
La mise en scène dans son ensemble nous maintient en fait à distance, avec ses nombreuses images de drones, ses couleurs fortement saturées et le ton parfois scolaire de son écriture, qui multiplie les références, les métaphores — une scène de bingo se révèle à cet égard particulièrement lourde — et les proverbes. Jennifer Alleyn demeure toutefois une habile directrice d’acteurs, parvenant entre autres à faire exister avec naturel des dialogues pourtant très écrits par moments.
Cela dit, tandis qu’elle signe ici son premier long métrage financé par la SODEC avec des moyens plus importants, on en vient à souhaiter qu’elle retrouve, dans ses prochains projets, une forme de dépouillement plus artisanal.


4 week_ago
77

























.jpg)






French (CA)