Plus de 90 000 personnes étaient incarcérées en France à la date du 1er  septembre dernier, selon les derniers chiffres du ministère de la Justice. Une nouvelle illustration d’un fléau endémique, que la France ne parvient pas à stopper.

Aurélien Poivret - Aujourd'hui à 11:50 - Temps de lecture :

Les prisons françaises comptent plus de 28 000 détenus « en surnombre » par rapport aux places disponibles.  Photo Sipa /Eliot Blondet/POOL Les prisons françaises comptent plus de 28 000 détenus « en surnombre » par rapport aux places disponibles.  Photo Sipa /Eliot Blondet/POOL

Nouveau record historique du nombre de détenus en France. Et une nouvelle barre symbolique dépassée. Publié tous les mois sur le site internet du ministère de la Justice, le décompte officiel du nombre de détenus dans les prisons en France au 1er  septembre dernier fait état de 90 020 personnes derrière les barreaux. Ce chiffre englobe les personnes condamnées comme les prévenus, qui attendent en maison d’arrêt d’être jugés, ou celles qui sont en semi-liberté – libres en journée pour travailler et de retour en détention le soir et le week-end. Il ne compte pas tous ceux qui purgent une peine de prison ferme sans être incarcérés, notamment sous bracelet électronique (environ 167 000 personnes).

Dans les faits, ce chiffre provoque un recul de l’encellulement individuel, qui ne représente plus que 32 % des détenus, et un nombre encore croissant de matelas posés au sol pour en faire dormir faute de mieux : plus de 8 300 désormais, contre 5 500 il y a un an.

100 000 détenus en 2028 ?

Le sujet de la surpopulation carcérale, qui a valu à la France plusieurs condamnations par la Cour européenne des droits de l’Homme, est un serpent de mer régulièrement dénoncé par les associations de défense des droits des détenus, mais aussi par le Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL), une instance indépendante qui peut visiter à tout moment les sites pénitentiaires et actuellement dirigée par Dominique Simonnot, dont le mandat s’achève mi-octobre. Dans une nouvelle alerte sur le sujet, en juillet dernier, celle-ci regrettait à nouveau qu’« aucune mesure d’envergure nationale n’ait été prise dans ce domaine ». « Cette surpopulation, toujours croissante, dégrade gravement les conditions de vie des détenus et de travail du personnel », rappelle-t-elle, citant notamment la hausse de « violences graves » entre détenus.

Face à cette situation, le ministre de la Justice Gérald Darmanin met en avant l’accélération de la mise en fonction de nouvelles cellules, avec la construction en cours de 3 000 places dans des bâtiments modulaires, plus faciles et moins chers à ériger. La Chancellerie présente aussi des résultats sur la baisse du nombre de détenus étrangers, et le projet de loi sur l’exécution des peines qui prévoit un mécanisme permettant de juguler la surpopulation carcérale. Mais ce texte attend toujours d’être débattu au Parlement…

Si le rythme actuel de croissance du nombre de détenus se maintient, le cap marquant des 100 000 détenus pourrait être atteint dans moins de deux ans.

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