Face à la cour d’appel, Marine Le Pen s’est estimée innocente des détournements de fonds dont elle est accusée, au motif notamment qu’il n’y avait aucune intention de commettre un délit. Elle connaîtra ce mardi la décision qui lui dira si elle peut se présenter à l’élection présidentielle, ou pas.

Aurélien Poivret - Hier à 20:15 | mis à jour hier à 20:21 - Temps de lecture :

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Elle a rendez-vous avec son avenir, au palais de justice de Paris. La fin d’une longue attente depuis la fin de son procès en appel - et de treize autres prévenus dont son parti - le 12 février dernier, dans lequel elle était jugée pour détournement de fonds publics. Marine Le Pen aurait sans doute préféré que ce jugement soit rendu dès le printemps. Mais c’est finalement ce mardi 7 juillet qu’elle sera fixée, au terme d’une audience qui démarrera à 13h30 et qui devrait durer, selon les pronostics, entre deux et quatre heures.

Si les juges de la cour d’appel de Paris entendent tous ses arguments et la plaidoirie de sa défense, la cheffe de file du Rassemblement national pourrait bénéficier d’une relaxe pure et simple. Elle en sortirait alors innocentée et pourrait se présenter, blanchie par la justice, au scrutin présidentiel. Mais ce scénario semble peu probable, tant les quatre semaines d’audience hivernales n’ont pas semblé retourner la lecture des faits reprochés à Marine Le Pen. Celle qui lui avait valu en première instance une condamnation à quatre ans de prison dont deux ferme (sous bracelet électronique), 100 000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité.

« Bonne foi totale »

Une peine historique et un tsunami dans la vie politique française, au terme d’un procès où elle n’avait rien cédé. Le tribunal avait d’ailleurs tiré de cette défense que le risque de récidive est « objectivement caractérisé ». Les juges avaient aussi relevé le « trouble irréparable à l’ordre public démocratique qu’engendrerait le fait qu’elle soit candidate, voire élue » à l’élection présidentielle pour ordonner l’exécution provisoire, donc immédiate, de l’inéligibilité.

À l’ouverture de l’audience en appel, Marine Le Pen avait fait le choix de changer de tonalité. « Si un délit a été commis, et je veux bien l’entendre, je veux que la cour sache qu’à aucun moment nous n’avons eu le sentiment d’avoir commis un délit lorsqu’en 2004, 2009, 2014, nous avons embauché nos assistants », avait-elle déclaré au premier jour des débats. Tout le monde y avait vu une inflexion de sa stratégie de défense, qui lui donnerait plus d’aise en appel en reconnaissant, même du bout des lèvres, une partie des faits qui lui sont reprochés.

Las. La suite de l’audience a vu Marine Le Pen contester toute irrégularité dans la gestion de ces assistants des députés au Parlement européen, payés par Bruxelles mais tout dévoués, selon le dossier d’instruction, au seul Rassemblement national, ex-Front national. « Loin de moi l’idée de dire qu’on a tout fait parfaitement, mais il y a des cas très clairs dans lesquels nous avons fait preuve d’une bonne foi totale », a expliqué à la barre la patronne des députés RN, répétant à l’envi qu’il n’existe aucun « système » de fraude, mais une simple « mutualisation » des assistants, à ses yeux « légale » et connue du Parlement européen.

« Une organisation pensée, structurée, assumée » et surtout « frauduleuse »

Pas assez, loin s’en faut, pour amadouer le parquet général qui a requis la confirmation quasi-intégrale de la peine de première instance. Pour ses deux représentants de l’accusation à l’audience, Marine Le Pen a joué un « rôle central » dans un « système de détournement de fonds publics » mis en place par le parti à Bruxelles et Strasbourg. « C’est une organisation pensée, structurée, assumée » et surtout « frauduleuse » qui a été mise en place, ont fustigé les deux magistrats.

Mais alors, si la cour d’appel devait suivre ce point de vue, quelle peine permettrait malgré tout à la figure de proue de l’extrême droite française de concourir à l’élection présidentielle ? Maintenant que Marine Le Pen a écarté la possibilité d’attendre un pourvoi en cassation pour se décider sur sa candidature, et qu’elle refuse de se lancer dans la campagne avec un bracelet électronique à la cheville, seule une peine de prison avec sursis semble acceptable.

À cela, surtout, il faut ajouter une peine d’inéligibilité qui serait inférieure à deux ans - puisque Marine Le Pen a commencé à purger celle-ci dès le jugement de première instance, le 31 mars 2025. Le 18 avril 2027, date du premier tour de l’élection présidentielle, elle serait alors éligible.

À l’heure du jugement, le ballottage lui semble défavorable. « Je suis croyante, je crois toujours aux miracles », avait-elle soufflé en février dernier.

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