Depuis le procès et la condamnation de Cédric Jubillar, la justice et les médias emploient le nom de jeune fille de sa victime, Delphine Aussaguel. Pourquoi ?

La rédaction - Aujourd'hui à 11:30 | mis à jour aujourd'hui à 11:45 - Temps de lecture :

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Ne l'appelez plus Jubillar. Delphine Aussaguel a repris son nom de naissance depuis que son mari, Cédric Jubillar, a été jugé et condamné pour son meurtre. Début juillet, il a enfin avoué l'avoir tuée et, la semaine dernière, il a mené les enquêteurs vers le lieu où il avait caché le corps. Mais pourquoi ce changement, après avoir été appelée plusieurs années Delphine Jubillar ?

L'usage fait que, dans les médias et la justice, les affaires conjugales prennent le nom de famille de l'accusé : Pélicot, Daval, Dupont de Ligonnès, Jubillar... 

Si cette dernière modification a été faite, c'est un choix de certains médias et par le biais des avocats de la famille de Delphine, même si aucune demande officielle n'a été faite. Un choix important dans l'affaire, à plusieurs égards.

Une femme ne perd pas son nom de jeune fille

Delphine avait pris rendez-vous avec un avocat pour entamer une procédure de divorce en septembre 2020, trois mois avant qu'elle soit tuée. Et elle ne comptait pas conserver le nom de son époux. Pour rappel, en termes de droit, une femme mariée ne perd pas son nom de jeune fille, le nom de son mari est employé comme « nom d'usage ». 

Surtout, il s'agit de replacer la victime au centre du récit. Depuis la disparition de Delphine, ce nom est devenu synonyme de l'affaire. Il faut donc détacher l'affaire de l'individu. 

« Nous venons de sortir de quatre ans d’intoxication journalistique. Tout a été fait pour que le nom de Jubillar hante les colonnes de la presse », alerte Laurent de Caunes, avocat du frère et de la sœur de Delphine, à Madame Figaro. « Je pense que c’est venu naturellement pour certains médias et c’est une bonne chose ».

Cédric Jubillar « a tout fait pour déplacer l’attention de Delphine vers lui »

D'autant que seul Cédric Jubillar a la parole. « Jusqu’à présent, Cédric était le centre du monde. C’est un maître de la communication. Il a tout fait pour déplacer l’attention de Delphine vers lui depuis le début de cette affaire, et avec grand succès », explique l'avocat.

Utiliser le nom du mari équivaut à « faire disparaître la victime une nouvelle fois en l’appelant par le nom de son meurtrier », plaide Muriel Réus, de l'association Femmes avec... au Huffpost. « Dans le cadre des féminicides –qui sont des histoires de violence et de domination– c’est comme donner un droit de possession à l’agresseur, même après la mort. Il y a une forte valeur symbolique ».

« Son nom est Delphine Aussaguel »

Ainsi, dans le cadre de l'affaire Jonathann Daval, la famille d'Alexia Fouillot a demandé à ce qu'elle ne soit plus appelée Daval, pour lui « rendre » son identité. En revanche, Gisèle Pelicot a souhaité conserver son nom d'usage.

En n'utilisant plus son nom d'usage, Delphine Aussaguel n'est plus « absorbée » par son meurtrier. « Son nom est Delphine Aussaguel. Sa famille s’appelle Aussaguel », poursuit l'avocat. « Je pense qu’ils sont très touchés par le fait de revoir le nom de leur fille associé à eux et non plus à celui qui l’a tuée ». L'enfant aîné du couple, Louis, aujourd'hui âgé de 12 ans, a demandé l'an dernier à porter le nom d'Aussaguel, et non plus Jubillar.

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Un numéro d'appel national, le 3919, est dédié à l'écoute et à l'orientation des femmes victimes de violence. Appel gratuit et anonyme, service accessible 24h/24 et 7 jours sur 7.

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