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Lancé la semaine dernière, le site “Classés sans suite”, qui recueille des témoignages de victimes de violences sexuelles, a déjà reçu plusieurs milliers de récits qui montrent les difficultés pour obtenir justice.
Delphine Bancaud - Hier à 19:30 | mis à jour hier à 19:34 - Temps de lecture :
L’affaire Lyhanna a ravivé le besoin de dénoncer les violences sexuelles. La preuve avec le site “Classés sans suite”, qui a été lancé mardi dernier par la réalisatrice, productrice et militante féministe Ève Simonet. Elle-même été victime d’inceste de la part de son grand-père. « Ma plainte, comme 94 % des plaintes de ce genre, a été classée sans suite : sans enquête, sans rien à part du mépris médical et institutionnel », témoigne-t-elle sur LinkedIn.
Le but de sa plateforme ? Donner à voir l’ampleur des violences sexuelles en France. « Je veux que ce site soit une archive. Un endroit où déposer ce que la justice a refusé d’entendre. Anonymement, sans modération », écrit-elle sur LinkedIn. Un pari gagné car ce lundi soir, le site recueillait déjà plus de 4 700 témoignages et affichait plus de 143 000 connexions au compteur en moins d’une semaine.
Des récits qui témoignent d’un phénomène massif
Agressions sexuelles, viols par un « ami » ou un conjoint, cas d’inceste, viols en réunion… Les horreurs décrites font froid dans le dos et l’immense majorité ont eu lieu quand les victimes étaient mineures. « Je me suis fait violer de mes six ans à mes 16 ans par mon cousin », raconte ainsi une femme. « J’avais neuf ans, il en avait plus de 40. C’était mon professeur de tennis », confie une autre victime. Plusieurs récits émanent aussi de mères : « Mon fils a été victime à l’âge de 19 mois de mon voisin pédocriminel », peut-on lire.
Des agressions qui n’ont pas eu les mêmes conséquences judiciaires, près de la moitié des victimes expliquant ne jamais avoir porté plainte. « Je n’ai pas porté plainte par culpabilité. Par honte de m’être fait avoir et de ne pas avoir été lucide », explique l’une d’elles. Une réticence qui s’explique aussi par un manque de confiance envers le système judiciaire et par la peur des représailles. D’autres témoins racontent avoir engagé des démarches judiciaires sans obtenir condamnation. Certaines affaires ont été classées sans suite, d’autres ont débouché sur un non-lieu, ou ont été déclarées comme prescrites. « J’ai passé des examens médicaux, on a réalisé un portrait-robot. La plainte a été classée sans suite », raconte ainsi une femme violée dans un parc lorsqu’elle avait cinq ans.
Aucun territoire épargné
Une carte de France sur le site montre la provenance des témoignages. Aucun coin de France n’a été épargné, puisque 99 départements sur 101 affichent un point rouge. Une manière de prouver encore le caractère massif des violences sexuelles. En écrivant ce qu’elles ont vécu, les victimes semblent se réapproprier leur histoire et trouver du réconfort en participant à un mouvement citoyen. « Merci pour ce site et cette initiative de grande utilité publique », écrit ainsi une femme violée par un metteur en scène avec lequel elle travaillait. C’est « une initiative formidable, qui met en lumière ce que nous dénonçons, les défaillances structurelles du système judiciaire à l’égard des victimes de violences sexuelles, et la nécessité d’agir urgemment pour que cela cesse », nous confie la Fondation des femmes.
Les témoignages anonymes ne citent généralement pas le nom de famille des agresseurs présumés, mais parfois leur prénom. Quelques récits désignent toutefois clairement l’auteur présumé des violences. Ce qui pourrait exposer les personnes qui témoignent, mais aussi Ève Simonet, à des risques juridiques. La fondatrice du site assume ce choix et les conditions générales d’utilisation de la plateforme indiquent que « l’éditrice du site ne peut être tenue responsable des contenus déposés par les utilisateurs ». Interrogé sur l’existence de ce site, le ministère de la Justice a déclaré qu’il ne souhaitait pas la commenter.
3919 - Violences femmes info
Un numéro d'appel national, le 3919, est dédié à l'écoute et à l'orientation des femmes victimes de violences. Appel gratuit et anonyme, service accessible 24h/24 et 7 jours sur 7.


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