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«Jumelles»: l’une et l’autre

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En 2020, l’Afro-Américain George Floyd est tué par le policier blanc Derek Chauvin. L’onde de choc suscitée par ce meurtre raciste se propage dans le monde entier. Au Québec comme ailleurs, les terribles images circulent en boucle, les manifestations envahissent les rues pour dénoncer le racisme systémique et la violence policière, et beaucoup cherchent quoi faire de cette colère. Dans le même temps, Anderson Jean tombe sur une photo qui l’interpelle. Le cliché du National Geographic montre des jumelles dizygotes nées d’un couple mixte — l’une avec la peau de son père, l’autre avec celle de sa mère. C’est alors qu’il s’interroge : « Est-ce que ces enfants-là, même si elles ont les mêmes parents, viennent du même milieu, vont à la même école, pourront avoir un parcours de vie différent, simplement en raison de leur couleur de peau ? » C’est de cette question qu’est née Jumelles, nouvelle série jeunesse de Radio-Canada dont Anderson Jean est l’idéateur, mais aussi coauteur, aux côtés de Marie-Élène Grégoire et de Marie-Hélène Lebeau-Taschereau, et coréalisateur avec Jean-Sébastien Lord.

Emma et Florence, respectivement interprétées par Keyla Mingot et Irlande Côté, ont 14 ans et les mêmes parents. Leur mère (Marie-Joanne Boucher) est Québécoise et leur père (Fayolle Jean Jr.) est Haïtien. À cause d’une condition génétique rarissime, l’une a ainsi la peau noire, l’autre la peau blanche. Jusqu’à présent, cette différence n’avait jamais compromis leur complicité. Mais quand une jeune femme noire meurt pendant une intervention policière dans leur quartier, tout bascule. Emma prend conscience des défis liés à sa couleur de peau ; Florence découvre ses privilèges. Les deux sœurs entament alors une quête d’identité qui leur est propre. « Je me suis dit que ce serait intéressant de parler de racisme de cette façon-là, en prenant des personnages avec le background le plus semblable possible — même âge, même sexe, mêmes parents, même milieu de vie, même école, etc. — parce qu’on a plutôt tendance à comparer des amis… Tandis que là, [les filles] ont exactement le même background, c’est simplement leur couleur de peau qui est différente », explique Anderson Jean.

Plusieurs années passent avant que Jumelles voie le jour. Au moment d’obtenir le feu vert pour la série, Anderson Jean s’est même demandé si le sujet tenait encore la route. George Floyd, c’était il y a quelques années déjà ; l’affaire Fredy Villanueva remonte à 2008. La réponse s’impose alors. La mort de Nooran Rezayi, survenue peu avant le début du tournage lors d’une intervention policière dans un parc — comme dans la série, coïncidence troublante — dissipe tout doute. « Ça m’a fait comprendre que, oui, malheureusement, c’est encore d’actualité », souligne-t-il. La récente manifestation de suprémacistes blancs à Shawinigan confirme ce que le cinéaste savait déjà. Le racisme est plus qu’un problème importé des États-Unis. « C’est une réalité qui arrive aussi chez nous », ajoute-t-il.

Faire confiance

« Ça part d’un point dramatique, mais ce n’est pas une série qui sera lourde », assure son créateur. Destinée aux 9-13 ans, Jumelles tisse en effet autour de son enjeu central des fils plus légers — l’amitié, les premières amours, la construction de soi. « À partir de là, la jeune Emma qui veut en apprendre un peu plus sur elle-même », poursuit-il. C’est l’adolescence dans ce qu’elle a de plus universel : le moment où l’on commence à se définir autrement que par le regard de ses parents, où l’on cherche son style, sa communauté, où l’on affine ses goûts. « On veut être unique à cet âge-là », mentionne Anderson Jean, lui-même grand frère de jumeaux. Pour Emma et Florence, qui ont jusqu’ici vécu comme une seule entité, cette émancipation résonne de façon singulière. « C’est une histoire d’indépendance, de ce que c’est d’en apprendre sur ses propres cultures », confie-t-il.

Jumelles prend alors le pari de faire confiance aux jeunes, son public cible. « Ils sont assez intelligents pour comprendre ces enjeux. Mon but, c’est que les familles puissent discuter de racisme avec leurs enfants. Je pense que c’est important d’en parler à un très jeune âge. Plus on en parle tôt, le mieux c’est. Toute la famille va être impliquée à ce niveau-là », croit Anderson Jean. Peut-être même que ce sont les enfants qui, comme dans la série, s’empareront du sujet. « Dans ma tête, on a fait une émission que les jeunes vont regarder, mais je n’essaie pas de faire de différence entre eux et les adultes. J’essaie juste de faire une bonne série », conclut-il, avec la promesse de belles histoires à raconter, malgré tout.

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