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Des voix autochtones et non autochtones en Ontario dressent un bilan des progrès réalisés, cinq ans après la création de la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation. Bien que ce rendez-vous fédéral favorise une prise de conscience, selon eux, plusieurs défis structurels persistent au pays (ou sur le terrain).
Pour Grace Fox, aînée, leader en éducation anishinaabe et membre de la Première Nation de Dokis/M’Chigeeng, l’instauration de cette journée annuelle crée une bonne ambiance positive.
Si on se déclare comme personne autochtone, l’essentiel, c’est de pouvoir parler la langue de son peuple.
Mais l’aînée estime que des obstacles demeurent. Nous avons quelques cours de langues autochtones, nous avons des activités culturelles […], mais avoir une école dans notre langue serait la réponse à tout. Et une école qualifiée, dirigée par des Autochtones.

William Morin, artiste et éducateur ojibwé, considère cette Journée comme « un premier pas » vers la réconciliation.
Photo : CBC / Angela Gemmil
Pour sa part, William Morin, artiste et éducateur ojibwé, voit dans cette Journéeun premier pas qui offre une occasion continue d’éduquer. Mais pour lui, une question demeure : comment parler de réconciliation alors qu’une partie de la population connaît encore mal l’histoire autochtone ?
[…] Il y a des générations d’individus au Canada qui ne sont plus à l’école et qui ne reçoivent pas cette éducation. L’ancienne génération ne sait donc pas ce que la jeune génération apprend, explique-t-il.

L’œuvre « Truth and Justice » de Jenny Kay Dupuis. Selon Mme Dupuis, l’art peut susciter une réflexion sur la vérité et la réconciliation.
Photo : Offerte par Jenny Kay Dupuis.
Jenny Kay Dupuis, artiste peintre et artiste numérique anishinaabe, note un bel élan d’ouverture à l’art et à la littérature autochtones. Cependant, elle souligne qu’on peut en faire plus et que des inégalités persistent.
Appel à une reconnaissance provinciale et universitaire
Dominic Beaudry, vice-recteur associé à l’enseignement et aux programmes autochtones à l’Université Laurentienne, constate que la réconciliation au niveau universitaire est en cours partout au Canada.
Il estime toutefois que l’engagement du gouvernement provincial demeure insuffisant : La Journée nationale de la vérité et de la réconciliation est véritablement reconnue à l’échelle nationale, mais, pour l’instant, à l’échelle provinciale, ce n’est pas vraiment le cas […] Si c’est un jour férié national, je pense que la province doit le reconnaître.
Sollicité à ce sujet, le gouvernement de l’Ontario n’a pas répondu à notre demande d’information.
Prise de conscience et préjugés persistants dans les services publics

Rylee Restoule partage sa réflexion sur la signification de la vérité et de la réconciliation et sur les changements qui restent à réaliser.
Photo : Radio-Canada / DEBORAH ST-VICTOR
Dans le réseau de la santé, le 30 septembre a permis une prise de conscience salutaire, selon Rylee Restoule, coordinatrice de recherche en santé autochtone pour la Fondation Horizon Santé-Nord et membre de la Première Nation Dokis.
Les gens sont plus conscients […] de l’importance de nos soins traditionnels et culturels. Puis les gens veulent apprendre !
Elle estime cependant que la discrimination demeure une réalité au quotidien dans le système de santé. Il y a du racisme systémique […] C’est un système qui n’est pas bâti pour les personnes autochtones, c’est un système qui travaille presque contre nos personnes, nos cultures, nos valeurs, déplore la membre de la Première Nation de Dokis.

Robin Wemigwans (à gauche) aborde les enjeux liés à la réconciliation et à la transmission de l’histoire et des cultures autochtones.
Photo : Radio-Canada / DEBORAH ST-VICTOR
Du côté des forces de l’ordre, Robin Wemigwans, adjointe aux normes professionnelles au Service de police du Grand Sudbury (SPGS), voit en cette journée nationale une source d’espoir, tout en déplorant la persistance des préjugés.
La stigmatisation et l’indifférence de la société à l’égard des peuples autochtones, ainsi que sa tendance à les juger, ne sont toujours pas abordées régulièrement.
Première médecin légiste autochtone au Canada, la Dre Kona Williams, directrice médicale à l’hôpital Horizon Santé-Nord (HSN), participe au processus de recherche des enfants disparus dans les pensionnats.

La Dre Kona Williams souligne l’importance de mieux comprendre les réalités et l’histoire des peuples autochtones dans le processus de réconciliation.
Photo : Radio-Canada / DEBORAH ST-VICTOR
Découvrir ce qui est arrivé aux membres de leur propre communauté […] c’est une démarche profondément sacrée, difficile et éprouvante, confie la pathologiste d’origines crie et mohawk.
Agissant comme un pont entre les mondes autochtone et non autochtone, elle rappelle que les enquêtes sur les décès et le système n’ont pas toujours été très cléments envers les Autochtones. […] Avec tout gouvernement, il y a de la méfiance et il y a une relation sur laquelle il faut travailler.
Gouvernance et limites des gestes symboliques

Christopher Duncanson-Hales revient sur le rôle de l’éducation et de la connaissance de l’histoire dans le cheminement vers la réconciliation.
Photo : Radio-Canada / DEBORAH ST-VICTOR
Du côté des alliés non autochtones dans le Nord de l’Ontario, Christopher Duncanson-Hales, professeur adjoint à l’Université Thorneloe, reconnaît qu’un changement est en cours depuis 2021, mais estime que le partage des responsabilités entre les gouvernements demeure un obstacle.
L’un des plus grands problèmes, c’est la distinction entre les compétences provinciales et fédérales, et cela cause encore aujourd’hui du tort et de la souffrance.
Pour Elizabeth Carlson-Manathara, professeure agrégée en travail social à l’Université Laurentienne et chercheuse non autochtone spécialisée en décolonisation, la réconciliation a entraîné certains changements positifs, notamment grâce au travail de la Commission de vérité et de réconciliation.

Elizabeth Carlson-Manathar fait le point sur les progrès réalisés en matière de réconciliation et sur les responsabilités qui demeurent.
Photo : Radio-Canada / Déborah St-Victor
Elle estime toutefois que ces avancées ne se traduisent pas toujours par des changements en profondeur.
La manière dont le concept de réconciliation est repris par les gouvernements coloniaux et les institutions dominées par les colons s’est souvent limitée à des gestes symboliques et performatifs, plutôt qu’à entraîner des changements profonds dans les fondements du Canada et de ces institutions, explique-t-elle
La position d’Ottawa
Dans un courriel, le gouvernement fédéral affirme pour sa part qu’il poursuit ses efforts de réconciliation en donnant suite aux appels à l’action de la Commission de vérité et réconciliation.
Selon Relations Couronne-Autochtones et Affaires du Nord Canada, si certains appels à l’action permettent des changements immédiats, d’autres impliquent des changements complexes et systémiques qui nécessiteront un travail soutenu sur plusieurs générations.
Ottawa met notamment de l’avant des investissements dans le Centre de guérison Aqqusariaq au Nunavut, le Conseil national de la réconciliation et la création de l’Université Inuit Nunangat.


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