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On a tout aimé, et on commence par là !
Au Théâtre de la Vie, Betty Mansion et ses trois acolytes, Isabelle Audoan, Roxane Hardy et Jérôme Louis se meuvent dans une danse de Saint-Guy impressionnante et nommée fort à propos Névroses banales. Il ne s'agit pas, entendons-nous bien, de gesticulations plus ou moins esthétisantes sur des airs entraînants. Névroses Banales se veut être le ballet chorégraphique de nos affects, non pas singés, mais bien démontrés à toutes celles et ceux qui ont le courage de les regarder en face.
Ce que le clown dit de nous
Au départ du projet, il y a la frustration de la chorégraphe et metteuse en scène : Betty Mansion, dont son corps n'est pas celui qu'on attend d'une danseuse. "J'étais recalée aux auditions, car pas assez grande, pas assez mince. Rentrer dans les salles à l'école, en body de danse classique, était devenu un cauchemar […] J'ai essayé d'entrer dans la norme, de ressembler aux autres, mais c'était impossible. J'ai alors décidé d'aller à sens inverse […] J'ai commencé, en créant, à chercher des positions moches, des formes de visages moches… J'ai essayé de faire tout le contraire de ce qu'on nous demande en société".
À dire vrai, le travail qu'elle opère sur l'animation de corps volontairement non sublimés crée un sacré effet sur l'auditoire. Parce que ça nous parle, en ligne directe.
Quand on voit Le Lac des Cygnes, on applaudit à la joliesse de l'ensemble, mais quand on voit, par exemple, Betty mimer la folle dingue amoureuse sur la musique de "Toxic", de Britney Spears, on rit, on se dit : "elle a l'air dingo", mais si on est honnête, ce n'est pas si éloigné de scènes de pétage de plombs observées dans le réel — ou alors vous êtes des gens très émotionnellement rentrés.

Certes, il y a une dimension clownesque, c'est ainsi que Jérôme Louis entame le show, en chauffeur de salle. C'est aussi ce que nous partage Roxane Hardy quand elle est soudainement atteinte de troubles obsessionnels compulsifs. C'est d'une certaine manière ce que suggère l'habile stylisme des costumes, signé Fernando Mirò de Pinho Tavares.
Mais le spectacle nous introduit dans une dimension autre, à un endroit où on voit les autres comme on pourrait être soi. Énervements épidermiques ; crainte qu'inspire la hiérarchie quand elle veut maintenir l'ordre établi ; tics des toqués sacrément servis par ce qui finit par les ostraciser.
Et on n'a pas parlé des addicts scotchés aux écrans, des angoissés, et des "dans la Lune" – Merci Isabelle Audoan de savoir si joliment incarner la nana déconnectée…
La paille dans l'œil de ton voisin, chez toi, c'est une poutre
C'est toute la puissance de Névroses banales, qui, à travers plusieurs tableaux, déploie l'éventail des affects qui nous assaillent. Sur scène, ça a, parfois, l'air exagéré, quand le comédien et les comédiennes transforment avec une insolente énergie leurs visages et leurs corps pour mimer la folie, la peur, l'impatience.
Mais est-ce qu'on n'est pas, nous aussi parfois, comme dans les chansons qu'on chante à tue-tête ? "It's dangerous/"You 're toxic/"I just wanna beg for your love"…
Grand moment, quand, enfin, Jérôme Louis mime ce qu'on appellera la "forte estime de soi" (sur la musique du Parrain), celle qui mène à des comportements grandiloquents, voire de droit divin, de la part de ces gens qui pensent qu'ils peuvent écrabouiller tout le monde. Ça, par exemple, ce n'est pas si éloigné du réel diplomatique…
→"Névroses banales", jusqu'au 31 janvier au Théâtre de La Vie, à Bruxelles. Infos et rés. : https://theatredelavie.be/
→ Et aussi au TTO, du 4 au 28 mars. Infos et rés. : https://www.ttotheatre.com. Puis encore le 8 avril au Marni à Bruxelles et le 15 juin à l'Internationaal kunstcentrum de Singel à Anvers.
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