«Je ne peux, en toute conscience, soutenir la guerre qui se déroule actuellement en Iran.» Ce mardi, c’est avec ces mots adressés dans une lettre à Donald Trump que Joseph Kent, le directeur du Centre national de lutte contre le terrorisme américain, a remis sa démission. «L’Iran ne représentait aucune menace imminente pour notre nation, et il est clair que nous avons déclenché cette guerre sous la pression d’Israël», écrit l’ancien soldat des forces spéciales qui a effectué 11 missions sur le terrain et dont l’épouse, Shannon, également engagée sous les drapeaux, a perdu la vie en Syrie en 2019.
Au sein de l’administration Trump, qui avait jusqu’ici affiché un «front uni», ce départ «constitue le premier signe public de désaccord […] concernant la gestion par le président de la guerre contre l’Iran», souligne le Wall Street Journal. «La démission de Joe Kent est une surprise. Les échelons supérieurs de l’administration Trump ont fait preuve d’une remarquable stabilité et aucun haut responsable n’avait démissionné en invoquant des divergences politiques marquées avec le président», abonde le New York Times dans le même sens. Une surprise aussi car Joe Kent, connu pour ses penchants conspirationnistes et ses liens avec l’extrême droite, fait partie des plus fervents admirateurs de Donald Trump.
Lire aussi: Du Vietnam à l’Iran et de l’Afghanistan à l’Irak, les guerres sans fin d’une Amérique surpuissanteAprès l’annonce, Donald Trump n’a pas tardé à riposter, accusant le démissionnaire d’avoir été «très faible en matière de sécurité» (tout en étant un «type sympa»). Le même Donald Trump avait pourtant fait son éloge au moment de sa nomination en février 2025, soulignant qu’il avait «traqué des terroristes et des criminels toute sa vie d’adulte» et qu’il assurerait «la sécurité de l’Amérique». La porte-parole de la Maison-Blanche, Karoline Leavitt, a de son côté affirmé que, contrairement aux dires de Joe Kent, le président Trump «disposait de preuves solides et irréfutables indiquant que l’Iran allait attaquer les Etats-Unis en premier».
Tulsi Gabbard «dans une situation délicate»
Pour The Hill, plus largement, ce retrait «met en lumière les divisions au sein du Parti républicain et de la coalition Make America Great Again (MAGA)». On trouve donc d’un côté l’aile anti-interventionniste, qui avait soutenu le président pour sa promesse de campagne que lui, le «candidat de la paix», ne commencerait pas de nouvelle guerre. L’aile interventionniste, à l’inverse, estime que l’utilisation de la puissance militaire américaine permet de défendre les intérêts des Etats-Unis à travers le monde. Ces divergences, déjà manifestes au moment des frappes américaines contre des sites nucléaires iraniens en juin 2025, constituent un véritable «schisme», pour reprendre la formule du Washington Post.
En 2025: «Make Iran Great Again»? Donald Trump joue avec les nerfs de sa base politiqueDans le groupe des opposants aux interventions américaines à l’étranger, Tucker Carlson a applaudi la décision de Joe Kent des deux mains, de même que l’ancienne fidèle de Trump tombée en disgrâce Marjorie Taylor Greene. Parmi les élus républicains au Congrès et dans les cercles plus proches du président, la prudence était toutefois de mise. Tulsi Gabbard, la directrice du Renseignement national (et supérieure de Joe Kent), qui se retrouve «dans une situation délicate», et le vice-président JD Vance, tous deux critiques de la guerre en Iran, prennent bien soin de ne pas trop se distancier de Donald Trump, note le New York Times.
Laura Loomer, l’influenceuse d’extrême droite proche du président, ou encore le «faucon» Lindsey Graham, sénateur de Caroline du Sud, ont fait part de leur satisfaction après le départ de Joe Kent. D’autres républicains a priori plus modérés ont également tancé ce dernier, qualifiant d’antisémites ses accusations concernant «la pression d’Israël et de son puissant lobby américain» qui auraient selon lui mené une «campagne de désinformation» en faveur de la guerre.
Vers d’autres départs?
La démission de Joe Kent va-t-elle en entraîner d’autres? Le New York Times et The Hill en doutent. Mais comme le montrent «les réactions contrastées au sein des cercles républicains», Joe Kent et son départ «soulèvent des questions quant à l’ampleur des fissures que la guerre contre l’Iran risque de causer au sein du camp MAGA du président», conclut le quotidien new-yorkais.
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