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Joan Chen prouve que le désir n’a pas d’âge dans Montréal, ma belle

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La comédienne Joan Chen détient une filmographie impressionnante, jalonnée de performances saluées par la critique aux États-Unis et en Chine. Pourtant, les scénarios mettant en scène des femmes de son âge en quête d'amour et de sensualité sont rares.

C'est pourquoi sa première conversation avec la scénariste et réalisatrice Xiaodan He à propos de Montréal, ma belle l'a tant marquée.

Ce drame canadien, en salles dès vendredi, met en scène l'actrice sino-américaine dans le rôle d'une immigrante chinoise d'âge mûr à Montréal, qui a refoulé sa sexualité pendant des années.

En tant qu'épouse, mère et pourvoyeuse de sa famille, elle a vécu des décennies, comme l’explique Xiaodan He, non pas en étant elle-même, mais comme quelqu'un qui accomplissait son devoir toute sa vie.

Puis, un été, elle vit une liaison avec une jeune Québécoise, interprétée par Charlotte Aubin, et entrevoit une part d'elle-même qu'elle avait longtemps niée.

Généralement, les rôles qu'on me propose – qu'il s'agisse d'une mère ou d'une professionnelle – ne tiennent pas compte du désir et de l'aspiration à l'amour romantique, à l'amour sexuel à cet âge-là, a expliqué en entrevue Joan Chen, âgée de 64 ans.

On pourrait même trouver ça déplaisant, a-t-elle ajouté.

L'actrice sino-américaine s'est fait connaître internationalement grâce à ses rôles dans Le dernier empereur, film oscarisé en 1987, et dans la série Twin Peaks de David Lynch, au début des années 1990. Plus récemment, elle a interprété des rôles maternels nuancés dans la comédie dramatique Didi (2024) et la comédie romantique The Wedding Banquet (2025).

Pourtant, les rôles qui la placent au cœur de son propre désir sont quasi inexistants. Je sais qu'on ressent ça à tout âge. Je sais que je le ressentirai encore à 90 ans, a-t-elle soutenu. J'imagine le ressentir jusqu'à la fin de mes jours, mais [c'est quelque chose qu'on] ne montre pas.

Loin des récits convenus

Dix ans après son premier long métrage, Un printemps d'ailleurs, Xiaodan He était prête à explorer ces thèmes. Sorti en 2017, le film est un drame semi-autobiographique racontant l'histoire d'une immigrante chinoise à Montréal qui retourne dans son pays d'origine pour affronter son passé et reconstruire sa vie.

Pour son deuxième long métrage, la cinéaste sino-canadienne souhaitait rester entièrement à Montréal, où elle vit depuis près de 25 ans. Mais elle était déterminée à éviter les récits convenus sur les difficultés économiques ou l'aliénation culturelle chez les immigrants.

Elle a plutôt trouvé une approche originale avec le personnage principal de Montréal, ma belle, Feng Xia, une lesbienne chinoise de 53 ans qui a refoulé ses désirs depuis sa jeunesse.

Portrait de la cinéaste souriant.

« Montréal, ma belle » est le deuxième long métrage de la cinéaste sino-canadienne Xiaodan He.

Photo : Filmoption

Pour moi, la cinquantaine est un âge symbolique pour une femme, et pour les hommes aussi. On a l'impression que tout est perdu. Que plus rien de beau n'est possible, confie He, qui a elle-même récemment fêté ses 50 ans.

Certains cessent de rêver, d'essayer. Ce film, je crois, peut les encourager à persévérer.

Un film impossible à faire en Chine

Elle décrit Montréal, ma belle comme le premier long métrage à mettre en scène une lesbienne chinoise d'âge mûr au cinéma.

[À cause de] la pression culturelle, sociale et traditionnelle, nous ne pouvions pas faire ce film en Chine. Ici, nous avons la chance de le faire, et d'une très belle manière.

L'éveil de Feng Xia a un prix : la stabilité de sa famille et les attentes traditionnelles. Mais pour Joan Chen, cette complexité était essentielle.

Le prix de l'amour, c'est la perte, a-t-elle expliqué. Et le prix de ne pas aimer, c'est de ne pas vivre.

Xiaodan He a rencontré Chen par l'intermédiaire d'une connaissance commune à Pékin, qui lui a immédiatement suggéré l'actrice pour le rôle. Comment ai-je pu ne pas y penser? se souvient-elle d'avoir dit en riant.

Une femme regarde au loin, pensive, dans une forêt.

Joan Chen dans le film « Montréal, ma belle »

Photo : Filmoption

Apprendre le français en trois mois

L'interprétation sobre et pourtant profonde de Chen est le pilier du film, un exploit d'autant plus impressionnant qu'elle a appris le français de zéro pour jouer dans la langue d'adoption de son personnage.

Je n'avais aucune base, a-t-elle relaté. Pas un seul mot, affirme-t-elle.

Elle a commencé à étudier trois mois avant le tournage, suivant des cours plusieurs fois par semaine et répétant ses répliques des dizaines de fois par jour jusqu'à ce qu'elles lui paraissent naturelles.

Les scènes intimes du film exigeaient une attention particulière. Joan Chen explique qu'elle a compris dès le départ qu'elles étaient essentielles pour retranscrire la transformation de Feng Xia.

Le moment où son corps et son âme s'expriment en harmonie est extrêmement important, a-t-elle raconté. J'avais des appréhensions parce que je ne savais pas comment le présenter au mieux. Je ne voulais pas que ce soit vulgaire. Je ne voulais pas que ce soit froid. Je voulais que ce soit naturel.

Elle perçoit l'été éphémère et exubérant de Montréal comme une métaphore de l'éveil tardif de Feng Xia.

La vie de Feng Xia est comme un long hiver et, soudain, arrive un bel été, a-t-elle illustré. Pour Joan Chen, qui a passé le tournage à flâner dans les quartiers et les parcs pendant ses longues pauses-dîner, la ville l'a marquée. J'ai [vécu] l’été à Montréal. C'était absolument enchanteur.

Les deux femmes déplient un petit papier autour d'une table.

Charlotte Aubin et Joan Chen dans le film « Montréal, ma belle »

Photo : Filmoption

Une expérience humaine

Ce sentiment de s'épanouir pleinement, même l'espace d'un instant, est ce que Joan Chen souhaite que les spectateurs retiennent.

Je ne suis pas lesbienne, mais je me sens proche de Feng Xia. Je vis sous les projecteurs depuis l'âge de 14 ans. En grandissant, j'ai toujours dû incarner le rôle qu'on m'attribuait : être convenable et m'habiller avec simplicité, a-t-elle confié.

Nous avons tous subi l'expérience que notre âme, notre intimité, est bien loin de notre apparence. Je le comprends. C'est l'essence même de cette personne, qui peut enfin être elle-même.

J'espère que ce ne sont pas seulement les femmes d'âge mûr ou les lesbiennes qui s'identifieront à elle, a-t-elle ajouté. J'espère simplement que ce sera une expérience profondément humaine.

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