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Joan Baez, un engagement bien ancré : "J'ai compris que j'avais hérité de cette force"

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L'auteure, compositrice et interprète Joan Baez est l'invitée exceptionnelle toute cette semaine du Monde d'Elodie, à l'occasion de la sortie, de son recueil de poésie, "Quand tu verras ma mère, invite-la à danser", aux éditions Points. Épisode 1 : "House of the rising sun".

Article rédigé par Elodie Suigo - édité par Etienne Présumey

Radio France

Publié le 24/08/2026 15:30

Temps de lecture : 4min

Joan Baez, le 28 mars 2026, à Saint-Paul, aux Etats-Unis. (ADAM BETTCHER / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / VIA AFP) Joan Baez, le 28 mars 2026, à Saint-Paul, aux Etats-Unis. (ADAM BETTCHER / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / VIA AFP)

Cela fait 70 ans maintenant, du haut de ses 85 ans, que Joan Baez nous accompagne, qu'elle nous raconte les époques, la société, les mots d'un monde qui ne tourne pas toujours rond avec ses joies et ses peines. Son engagement social n'a jamais faibli depuis ses débuts dans les années 60. Elle est la définition et à l'origine de la "protest song", elle a su ensorceler Dylan, Lennon, Kris Kristofferson avec un son folk qui rock. Quand on évoque son nom, on entend House of Rising Sun ; John Riley ; Song for David ou encore Diamonds and Rust, un titre où la rupture transpire et contamine. Elle a publié, en novembre 2025, un recueil de poésie intitulé Quand tu verras ma mère, invite-la à danser, aux éditions Points, dans la collection Poésie.

franceinfo : Votre mère est au centre de votre attention, semble-t-il, depuis votre plus tendre enfance. Elle est votre exemple, votre base ?

Joan Baez : Oui, ma mère, c'était avant la révolution des femmes. Elle était déjà une femme puissante. Pendant des années, j'ai compris que j'avais hérité de cette force. Je ne me battais pas pour les droits des femmes, j'essayais simplement d'être un exemple, d'être forte et de partager cette force avec les autres femmes.

Vos parents étaient des Quakers, donc des puritains. Votre mère était d'origine écossaise, elle avait grandi d'ailleurs avec l'intime conviction que toucher de l'argent, c'était sale. Tout comme le fait d'avoir des désirs, de penser à un acte sexuel. En même temps, c'est cette même femme qui vous a accompagné deux fois en prison pour désobéissance civique au centre de recrutement de l'armée d'Oakland. Que gardez-vous d'elle ?

D'abord, elle était très drôle, elle était très sarcastique et j'ai hérité de toutes ces qualités. Pour raconter une anecdote qui représente bien ma mère, elle voulait vivre centenaire. Quand elle a eu 90 ans, elle m'a dit, "Je vais continuer à vivre tant que vous continuerez à me divertir". Et puis à un moment, elle a dit : "Je n'ai plus envie qu'on me divertisse, j'ai juste envie d'arriver à 100 ans". Je lui ai demandé ce qu'elle voulait faire le jour de ses 100 ans, et elle a dit : "Je vais tomber raide morte" et une semaine après sa fête d'anniversaire, elle est partie.

Vous racontez votre père aussi, qui était professeur de physique à l'université, consultant à l'UNESCO. Son métier obligeait la famille à beaucoup déménager. Il a refusé de travailler au projet Manhattan pour fabriquer la bombe atomique. Le point de départ, c'est un ukulélé qu'un de ses amis vous offre et le point de bascule, ça a été le moment où il vous emmène découvrir justement des artistes en chair et en os. Vous aviez 17 ans et cela se passait dans des cafés et il avait peur au départ.

Oui, mais il n'y avait pas d'alcool dans ces cafés, il s'en est très bien tiré, mais s'il y avait eu de l'alcool, ça aurait été probablement un autre type de catastrophe. J'ai vraiment pensé un moment que si je buvais, je risquais d'aller en enfer, ça vous donne un petit peu le niveau de conscience et de valeurs qu'on avait dans la maison. Je dois reconnaître qu'il m'a emmené dans ce club absolument splendide, où j'ai commencé à rencontrer des guitaristes, des gens qui jouaient du banjo, à apprendre des chansons.

Vous étiez payés 12 dollars la soirée. Le premier soir, il y avait cinq personnes, le deuxième 40. Ensuite, il y en avait une centaine. C'est à ce moment-là qu'on vous a surnommé la Vierge Marie folk, un surnom incroyable.

On parlait de Madone aussi, donc j'étais la première Madonna quelque part ! Oui, ça a été un changement d'image pour moi, parce que je n'avais pas une très bonne image de moi-même quand j'étais au lycée. Quand on a commencé à parler de moi comme une madone, une Vierge Marie, je trouvais ça vraiment pas mal. C'était mieux que la manière dont je me voyais jusqu'à présent.

"J'ai fait très attention à ne pas basculer dans quelque chose de commercial, je voulais vraiment faire ce qui était juste et je crois qu'en fin de compte, c'est un peu ciblé."

J'avais beaucoup d'exigences, je voulais une salle noire, une scène sans fleurs et ça, c'est vraiment quelque chose qui me vient de mon père, cette rigidité.

Je voudrais que vous me parliez du titre "House of the rising sun".

Je me souviens m'être dit que je ne devrais pas la chanter parce que j'étais jeune, j'étais blanche, peut-être plutôt à la peau brune, mais en tout cas, je n'étais pas noire. Je n'avais pas l'expérience qui pouvait me donner le blues, mais la mélodie était tellement magnifique. Je crois qu'il y avait quelque chose aussi tout au fond de moi qui s'est toujours senti en lien avec des situations que j'étais trop jeune pour comprendre. Il y avait quelque chose qui me reliait à cette chanson, je ne sais pas pourquoi.

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