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Publié le 22/02/2026 13:15
Temps de lecture : 11min
La cérémonie d'ouverture des jeux olympiques d'hiver 2026, à Milan en Italie, le 6 février 2026. (GABRIEL BOUYS / AFP)
Les Jeux olympiques d'hiver de Milan Cortina se terminent dimanche avec une cérémonie de clôture qui se déroule dans les arènes de Vérone.
Réussite sportive et pas de raté majeur dans l’organisation, les Jeux olympiques d’hiver s’achèvent dimanche 22 février sur un bilan positif pour l’Italie, dans l’immédiat. Mais l’héritage de cette énorme machine au budget de plus de cinq milliards d’euros ne se verra que sur le long terme. C’était le principal défi de ces Jeux : leur organisation éparpillée dans trois régions différentes, sur une aire de 22 000 km2 au total avec de très longues distances entre les sites. Ce modèle avait été retenu pour limiter l’impact écologique et économique de l’événement : la plupart des sites utilisés existaient déjà.
Cela a-t-il été un obstacle au bon déroulement de la quinzaine ? "Se déplacer d’un site à l’autre n’était vraiment pas facile, surtout les premiers jours", constate Paolo Marabini, directeur adjoint de la rubrique “Olympisme” à La Gazzetta dello Sport, quotidien italien. "Et on est en montagne, les trains n’arrivaient pas jusqu’aux localités où se déroulaient les compétitions, la circulation en voiture était bloquée, il fallait prendre des navettes", ajoute son collège journaliste sportif du site en ligne Il Post, Gianluca Cedolin. Difficile notamment pour ceux qui suivaient le ski alpin : il y a plus de cinq heures de route entre Bormio, où se déroulaient les épreuves masculines et Cortina où se tenaient les féminines.
"La capacité des Italiens à gérer les difficultés en souplesse, avec un sourire, a rendu les désagréments plus supportables pour tout le monde - les spectateurs, les médias et les athlètes."
Paolo Marabini, directeur adjoint de la rubrique “Olympisme” à La Gazzetta dello Sport
à franceinfo
Un enseignement ? Le calendrier des compétitions peut changer les choses. "Les compétitions ont été organisées quasiment en même temps. En programmant les épreuves de ski féminin la première semaine et celles pour les garçons la deuxième, on aurait pu contourner la difficulté", poursuit Paolo Marabini, qui conclut : "À la fin il faut reconnaître que l’organisation s’est mise en place et que globalement cela s’est bien passé, vu l’ampleur du défi que représentait cet aspect de l’organisation."
Pourtant l’Italie n’était pas complètement prête à la veille des compétitions. Sur les 98 chantiers de travaux d’aménagement du territoire lancés pour l’événement, 57% n’étaient pas achevés, le 6 février, quand la flamme s’est allumée, constatait le rapport "Open Olympics", fruit du travail d’une série d’organisations décidée à faire la transparence sur les Jeux. Et certains chantiers ne seront bouclés que de longues années après l’extinction de la flamme.
Il est vrai que les mois de Covid ont sérieusement perturbé l’organisation des travaux. Mais même les quelques sites sportifs bâtis spécialement pour les épreuves donnaient des sueurs froides aux organisateurs, en particulier le stade de hockey de l’Arena Santa Giulia à Milan. Le directeur exécutif des Jeux, Christophe Dubi, avait dû reconnaître qu’il ne serait pas achevé dans ses moindres détails pour l’événement. "On a vécu des jeux à l’italienne, sourit Gianluca Cedolin, tout à la dernière minute ! Mais à la fin cela s’est bien goupillé. La vraie question sera celle de l’héritage de ces Jeux."
Les leçons des précédents jeux d’hiver organisés en Italie, à Turin en 2006, ont été analysées de près. L’héritage sportif de Turin ? "Zéro !, répond en éclatant de rire Franco Bragagna, voix historique de l’olympisme sur la Rai, l'audiovisuel public italien. Les sites sportifs construits à l’époque n’existent plus : la piste de bobsleigh est inutilisée et les autres ont été rasés. Turin n’a même pas permis de développer la pratique sportive des jeunes dans ces disciplines dans la région Piémont !" En 2026, la très grande majorité des sites sur lesquels se sont disputées les médailles existait déjà. Ils sont depuis des années les lieux de grandes compétitions internationales, donc pas d’inquiétude.
Et que deviendront les quelques implantations construites spécialement pour les Jeux ? L’arène de hockey deviendra une salle de concert. Mais, comme après Turin, il y a des doutes sur l’utilité de la piste de bobsleigh de Cortina : les pratiquants en Italie ne sont pas légion. Mais elle est mieux située que celle des jeux de Turin. "Nos champions viennent de cette région de Cortina et du Haut-Adige, il y a une tradition du bob dans cette zone", fait valoir Paolo Marabini, de La Gazzetta dello Sport. "Elle servira déjà pour les Jeux olympiques de la jeunesse en 2028 et Cortina n’est pas loin de l’Autriche, des sportifs étrangers pourront utiliser la structure pour s’entraîner", ajoute Diana Banchedi, en charge de l’héritage des Jeux au comité d’organisation. Les arguments peineront à convaincre les militants écologistes, qui ont fait de cette piste le point noir de cette olympiade. Elle a été construite sur ce qu’il restait du site des JO de 1956, entraînant l’abattage de centaine de mélèzes sur les pentes des Dolomites.
Parmi les militants anti-jeux, Luigi Casanova est l’un des plus en pointe. Il est coauteur du livre Or fondu, qui soutient que ces Jeux ne bénéficieront qu’à quelques-uns. Non seulement ils représentent une catastrophe écologique selon lui, mais en plus leur coût sera essentiellement à la charge du contribuable, pour un impact économique très discutable. La promesse très illusoire de "jeux à coût zéro" n’a pas été tenue. Le dernier détail du budget fait état de plus de cinq milliards d’euros de dépenses, entre travaux et frais de gestion.
"En incluant les coûts supplémentaires déjà envisagés pour achever les travaux en cours, nous tablons plutôt sur sept milliards d’euros au total”, répond Luigi Casanova, qui est aussi président de l’association écologique Mountain Wilderness. Qui paye ? "Nous, citoyens italiens, à travers les structures publiques, l’État, les régions, les communes. La part du budget de gestion pris en charge par les sponsors est estimée à 500 millions d’euros et encore, dix de ces sponsors sont des entreprises à capitaux publics comme Enel (l’équivalent d’EDF en Italie) ou l’entreprise d’armement Leonardo", avance-t-il.
Grâce aux travaux, le réseau ferré s’est développé dans certaines vallées des régions olympiques, des tunnels et contournements ont été construits et permettront d’éviter le passage de camions dans certains villages de montagne. À Milan, le village olympique va être transformé en résidence universitaire, ce qui manquait à la capitale lombarde dans la bataille internationale des grandes villes étudiantes. Plus globalement, une étude de la Banca Ifis, une banque italienne, publiée avant les Jeux estime les retombées économiques à long terme à 5,3 milliards d’euros, soit exactement le coût estimé des JO 2026. Mais un coup d’œil en arrière invite à prendre ces études prospectives avec prudence. Quinze ans après les Jeux de Turin, une analyse de la Banque d’Italie avait estimé que le seul vrai impact économique avait été le développement du tourisme dans la ville et la région, avec un peu plus de 100 000 touristes en plus chaque année.
Le développement du tourisme est déjà un acquis de l'édition 2026. "La fréquentation est en hausse de 7 à 8% depuis que nous avons eu les Jeux en 2019, estime le maire de Cortina, Gianluca Lorenzi. Cortina a bénéficié d’une visibilité mondiale, on voit augmenter la clientèle internationale. Autrefois la saison se limitait à trois-quatre mois l’hiver et deux l’été. Désormais nous travaillons dix à onze mois par an." La ville avait-elle besoin de touristes en plus ? Pour Luigi Casanova, la région manque déjà de travailleurs sur les pistes et dans les restaurants pour accueillir les touristes, le logement est devenu trop cher pour ces saisonniers. Et dans les vallées plus pauvres, les investissements auraient été mieux employés dans les domaines de la santé et de l’éducation.
Mais quelles que soient les critiques, ces JO ont suscité un réel engouement en Italie. En témoignent les audiences de la Rai : plus de 9 millions de téléspectateurs et 46% de part d’audience pour la cérémonie d’ouverture. Quelque 4,5 millions de personnes, soit 30% de part d’audience, ont assisté à la deuxième médaille d’or de l’héroïne italienne de la quinzaine, Federica Brignone, dans le slalom géant. Le succès des athlètes italiens, une trentaine de médailles, dont une dizaine en or, un record, a bien aidé.
Dommage que le patron de Rai sports ait gâché la fête et ouvert une polémique qui a duré pendant toute la quinzaine avec sa prestation calamiteuse au commentaire de la cérémonie d’ouverture : entre erreurs factuelles, et clichés à la pelle : "Les Brésiliens ont la danse dans le sang". Il quittera son poste après l’extinction de la flamme.


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