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Ça faisait 14 ans que la vie de l’entraîneur français Frédéric Fontang était liée au tennis canadien. Avant d’entraîner Félix Auger-Aliassime de 2016 à cet été, il avait passé quatre ans aux côtés de Vasek Pospisil.
Cette fois, fraîchement séparé d’Auger-Aliassime, c’est avec son nouveau protégé, le Tchèque Jiri Lehecka, qu’il vit le tournoi montréalais.
C’est excitant d’être ici avec un nouveau joueur et de devoir s’adapter, confie Fontang à Radio-Canada Sports. Je suis toujours content d’être à Montréal parce que j’ai beaucoup d’amis dans l’organisation du tournoi et à Tennis Canada. Sans parler de la famille de Félix, donc ça fait plaisir.
Parlons-en, justement, de Félix. Le couple franco-québécois a décidé de prendre des chemins opposés après l'élimination douloureuse d’Auger-Aliassime en quarts de finale à Roland-Garros. Un divorce à l’amiable, réfléchi. Les deux ont alors convenu de clore leur association, mais pas leur amitié, après le tournoi de Wimbledon.
Ça s’est fait dans le plus grand respect et de façon positive. Ça ne pouvait qu’être comme ça avec notre relation, assure l’entraîneur de 56 ans. On a fini avec un beau match à Wimbledon contre Djokovic. On aurait aimé le gagner et terminer notre collaboration avec un titre, mais ç'a été un match magnifique.
Un match magnifique pour mettre un point final à une histoire qui s'est étirée sur dix années. Une longévité rarissime, dans un univers aussi compétitif que celui du tennis professionnel. La fin de l’aventure s’est faite sans amertume.
On a eu une bonne discussion, ajoute le Français. Il a toujours eu un grand respect envers moi, mais il sentait qu’il avait besoin d’une nouvelle énergie dans sa carrière. On en avait déjà discuté dans les années précédentes. Dans ma philosophie de coaching, on fait tout avec son joueur, mais il faut aussi que le joueur progresse dans sa capacité à faire ses choix personnels. C’était une décision réfléchie et, avec ces dix années passées, on a eu l’occasion d’essayer beaucoup de choses. C’était une bonne transition pour lui et pour moi.
En dix ans, Fontang a vu Auger-Aliassime passer d’un adolescent prometteur à un homme et professionnel accompli. Des tournois juniors, aux challengers et jusqu’aux plus grandes scènes du monde. Ils se quittent ironiquement au moment où Auger-Aliassime occupe le 4e rang mondial, le meilleur classement de sa carrière.

Frédéric Fontang aux Internationaux des États-Unis en septembre, où Félix Auger-Aliassime a atteint les demi-finales.
Photo : Getty Images / Sarah Stier
Ce dont je suis le plus fier, c’est d’avoir incarné la continuité de ce que ses parents avaient fait avec lui d’abord, soit de construire un jeune homme avec de grandes valeurs avant qu’il ne devienne un sportif de haut niveau. Évidemment, on est des compétiteurs et on veut des résultats, mais ça, c’était encore plus important.
Il n’aura manqué que des grands titres pour que leur collaboration ne soit encore plus réussie. Sous la gouverne de Fontang, Auger-Aliassime a quand même atteint les quarts de finale des quatre tournois du grand chelem, dont deux demi-finales, et de tous les tournois Masters 1000.
Malgré les hauts et les bas dans les résultats, on a toujours eu une bonne relation et une bonne communication. On a toujours progressé et fait de notre mieux. On a pu rebondir après deux années de blessures pour atteindre son meilleur classement à vie et ça, c’est une fierté.
Dans l'attente de l'embauche d'un nouvel entraîneur, Auger-Aliassime est accompagné de son père Sam Aliassime dans les tournois.
Déjà un nouveau protégé
Frédéric Fontang roule sa bosse sans arrêt comme entraîneur sur les circuits professionnels depuis près de 20 ans. Avant, comme joueur, il avait atteint le 59e rang mondial au début des années 90. Le tennis, c’est sa passion et il n’a pas hésité à répondre à l’appel quand l’agent de Jiri Lehecka a communiqué avec lui entre les tournois de Roland-Garros et de Wimbledon. Si la rupture n’était pas encore annoncée publiquement, elle était connue.
Dans une synchronicité parfaite, Jiri Lehecka, 12e mondial, et son entraîneur avaient aussi convenu, après Roland-Garros, de mettre un terme à leur alliance sur le gazon londonien.

Frederic Fontang et son nouveau protégé, Jiri Lehecka
Photo : Radio-Canada / Antoine Deshaies
Après Roland-Garros, j’ai pris quelques jours pour me poser avec ma famille et réfléchir, mais c’est ma grande passion, j’aime encore entraîner et j’aime la compétition. Et Lehecka, je voyais comment je pouvais le faire progresser et évoluer et ça c’était important. Je connaissais ses bonnes valeurs de travail.
Fontang a été transparent avec Auger-Aliassime quand il a reçu l’offre du Tchèque de 24 ans, preuve supplémentaire du grand respect entre les deux. Fontang a dit oui juste avant Wimbledon.
Le premier match du duo Fontang-Lehecka, à Los Cabos au Mexique, s’est soldé par une défaite devant Coleman Wong, 108e mondial. Mais, depuis son arrivée à Montréal, Lehecka a été intraitable avec des victoires en deux manches devant Vit Kopriva et Alexander Blockx.
On l’avait affronté plusieurs fois avec Félix et je voyais qu’il avait un jeu très performant, mais qu’il était inconstant dans ses saisons, explique Fontang. J’en apprends encore sur lui chaque match, mais je vois des éléments techniques que je crois pouvoir faire évoluer. Mais la constance, ce sera notre priorité.
De la constance, Lehecka en aura besoin samedi quand il affrontera la jeune pépite espagnole Rafael Jodar, 15e mondial à 19 ans seulement. Ce sera un premier duel entre les deux.

Félix Auger-Aliassime et Jiri Lehecka en demi-finale à Madrid en 2024
Photo : Getty Images / Julian Finney
Jodar, c’est un joueur qui va vite et qui progresse de tournoi en tournoi, explique Fontang au sujet du finaliste du tournoi de Washington. Il n’a pas vraiment de faiblesse. Il est intelligent tactiquement, il a tous les coups et il bouge bien. On va l’étudier dans les prochaines heures.
Lehecka et Jodar ouvriront le programme du samedi soir sur le court central. Et, pour une rare fois, un protégé de Fontang pourrait ne pas être le joueur le plus applaudi lors d’un match à Montréal.


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