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Jim Kyte, le premier et seul joueur sourd de l’histoire de la LNH

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À première vue, Jim Kyte n’avait rien qui sortait de l’ordinaire pour un défenseur de la Ligue nationale de hockey (LNH) des années 1980.

Du haut de son 1,95 m (6 pi 5 po) et de ses 100 kg (220 lb), il était un imposant défenseur dont les images d’archives montrent surtout des combats contre les hommes forts de l’époque.

À un détail près, car Jim Kyte est sourd.

Je suis le seul joueur sourd en 109 ans d’histoire de la LNH. Je dois dire ''le seul'', parce que, si je dis que je suis le premier, ça voudrait dire qu’il y en a eu un deuxième, raconte-t-il en entretien avec Radio-Canada Sports.

J’ai hâte au jour où je pourrai dire qu’il y en a eu un deuxième.

Sa surdité ne l’a pas empêché de connaître une longue carrière. Choisi au 12e rang du repêchage de 1982, Jim Kyte a disputé 598 matchs dans la LNH, répartis sur 13 saisons, et a accumulé plus de 1300 minutes de pénalité.

Une rapide recherche sur Google montre d’ailleurs un joueur qui n’hésitait pas à jeter les gants, parmi ses meilleurs faits saillants. J’étais un défenseur défensif et physique. Si tu voulais te placer devant mon filet, tu devais en payer le prix. Et si ça ne te plaisait pas, tant pis, lance-t-il.

Avant un match, je préviens toujours les arbitres : "S’il m’arrive de frapper quelqu’un après le coup de sifflet, pardonnez-moi, mais vous comprendrez que je ne l’ai pas entendu."

Certains adversaires, sachant que je lisais sur les lèvres, s’amusaient à articuler exagérément certains gros mots pour me provoquer, raconte-t-il avec un sourire, précisant que la plupart des joueurs de la LNH étaient également au courant de sa surdité.

Lâcher les gants ne suffit toutefois pas pour connaître une carrière de 13 saisons au plus haut niveau. Alors, comment joue-t-on dans la Ligue nationale lorsqu’on n’entend pas ce que les autres joueurs entendent?

C’est une question difficile à laquelle répondre, parce que je ne sais pas ce qui me manque. Je suis né comme ça, répond-il.

Et dans la LNH, personne n’allait adapter le jeu pour lui.

Il n’y a pas d’accommodements pour les handicaps dans la LNH. C’est un environnement où la compétition est à son plus haut niveau. Soit tu fais le travail, soit il y a 1000 gars derrière toi qui veulent prendre ta place.

Alors, Kyte s’est adapté. Au fil de sa carrière, il a appris à lire le jeu autrement, avec ses yeux, son instinct. Il a appris, en quelque sorte, à voir ce qu’il ne pouvait pas entendre.

J’ai joué à une époque où il fallait toucher la rondelle pour qu’un dégagement soit sifflé. Donc, quand je retournais chercher la rondelle, j’avais le dos au reste de la patinoire et je ne pouvais rien entendre. J’ai donc dû m’adapter, raconte-t-il, donnant un exemple des nombreuses astuces qu’il a développées pour pallier sa surdité.

Je me suis rendu compte que les baies vitrées autour de la patinoire étaient toujours propres parce que les spectateurs voulaient avoir une vue dégagée. Ils ne voulaient pas voir de traces sur la vitre devant eux.

Pour moi, c’était formidable. Quand je retournais chercher la rondelle, je regardais le reflet dans la vitre. Si je voyais un joueur dans le reflet au-dessus de mon épaule gauche, je savais qu’il arrivait et je pouvais évaluer à quelle distance il se trouvait.

Jim Kyte n’a toutefois jamais voulu que sa surdité serve d’excuse ou qu’elle remette en question sa place dans la LNH.

Le fait que j’aie pu jouer pendant 13 ans dans la LNH veut dire quelque chose. J’ai fait mon travail aussi bien, ou peut-être même mieux, que 99,9 % des joueurs de hockey, affirme-t-il, convaincu que sa surdité ne diminuait en rien ses capacités.

C’est ce que je dis aux gens aujourd’hui : "Donnez une chance à une personne ayant un handicap. Elle fera peut-être les choses différemment, mais vous pourriez être surpris du résultat." Et je ne parle pas seulement de surdité, mais de n’importe quel handicap.

Débarrassez-vous de ces faux filtres. Il ne faut pas se fier aux apparences.

Un homme avec un chandail de hockey blanc marche dans une foule.

Jim Kyte a disputé quatre matchs avec les Sénateurs en 1992-1993.

Photo : Getty Images / Jana Chytilova/Freestyle Photo

Kyte affirme n’avoir jamais rencontré de problèmes particuliers avec ses coéquipiers ou ses adversaires en raison de sa surdité. À ses yeux, le véritable obstacle demeure plutôt les préjugés.

Le recruteur qui avait recommandé sa sélection ignorait lui-même qu’il était sourd, souligne-t-il. Une anecdote qui illustre bien son propos: son talent avait été reconnu avant même que son handicap soit connu.

Un ambassadeur pour les athlètes sourds

Depuis sa retraite du hockey professionnel, Jim Kyte continue de défendre la cause des personnes sourdes et malentendantes. Intronisé au Temple de la renommée des personnes handicapées du Canada en 2018 et nommé membre de l’Ordre du Canada en 2024, l’ancien défenseur agit aujourd’hui comme ambassadeur de l’Association des sports des sourds du Canada (ASSC).

Il donne notamment son appui à une campagne de financement visant à permettre à la délégation canadienne de participer aux prochains Sourdlympiques d’hiver, qui se tiendront du 15 au 24 janvier 2027 en Autriche.

Créés en 1924, les Sourdlympiques constituent la plus ancienne compétition multisports internationale après les Jeux olympiques. Leur version hivernale, inaugurée en 1949, en sera à sa 21e édition.

Au Canada, 28 athlètes en hockey masculin, en curling et en ski nordique ont satisfait aux critères de sélection internationaux. Mais leur participation demeure incertaine, faute de financement.

L’ASSC, établie à Laval, mène actuellement une campagne de financement de 75 000 $ pour permettre à sa délégation de se rendre en Autriche.

Nous ne pouvons toujours pas confirmer notre participation en raison du financement, indique Jim Kyte.

Le gouvernement fédéral finance l’ASSC par l’intermédiaire du Programme de soutien au sport. L’organisme bénéficie d’une entente de financement pour l’exercice 2026-2027, mais attend toujours les directives de Sport Canada concernant les demandes de soutien pour les prochaines années.

Ce financement ne se traduit toutefois en argent direct aux athlètes comparable à celui dont bénéficient leurs homologues olympiques et paralympiques.

Selon le directeur général de l’ASSC, Alain Turpin, aucun athlète sourd ou malentendant n’a obtenu de brevet fédéral en tant qu’athlète de haut niveau. Le Programme d’aide aux athlètes de Sport Canada est lié aux épreuves olympiques et paralympiques, dont les Sourdlympiques ne font pas partie.

Tout comme un athlète olympique ou paralympique, il faut se qualifier pour les Sourdlympiques. Ces athlètes consacrent des années de travail acharné et font des sacrifices pour atteindre le plus haut niveau de leur sport, dit Kyte.

En plus de devoir assumer une partie importante des frais de participation, plusieurs athlètes doivent s’absenter du travail ou des études pendant deux semaines, avec les conséquences financières que cela entraîne.

J’ose espérer que, lorsqu’on représente son pays sur la scène internationale et qu’on porte le maillot d’Équipe Canada, on reçoit un financement équitable, conclut Jim Kyte.

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