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«Jeux de couleurs» ou jeux de dupes au Métropolitain

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Le concert de cette semaine à l’Orchestre Métropolitain (OM) s’intitule Jeux de couleurs, sans doute en référence aux facettes coloristes de la musique française. Encore faudrait-il que la musique jouée dégage des climats et que l’ambiance soit propice à une écoute concentrée.

À l’OM, quand Yannick Nézet-Séguin n’est pas au pupitre, on a soit des cheffes soit une variété particulière de chefs masculins : des solistes ou ex-solistes (on dit aussi chefs de pupitres) de grands orchestres (Berlin, Vienne ou Radio bavaroise) qui se frottent à la direction d’orchestre. Les invités qui ne rentrent pas dans l’une ou l’autre de ces catégories sont denrée rare.

Expériences

Pour l’heure, alors qu’il y avait tout à craindre des profils de la seconde variété, les expériences ont été plutôt très bonnes, de Christoph Koncz à Andreas Ottensamer. Le premier notamment nous a rapidement convaincus qu’il avait une vocation et ne choisissait pas la direction pour se changer les idées ou se « désennuyer » d’une carrière d’instrumentiste.

L’exceptionnel hautboïste François Leleux ne nous a pas convaincus de la même manière, loin de là.

Peut-être le style hyperexpressif ou exhibitionniste de François Leleux avec une baguette plaît-il à certains. Ceux qui tendaient à être un peu irrités par les simagrées de George Prêtre devront noter qu’il vaut mieux éviter l’expérience, car Leleux est nettement plus extraverti, encore. En tout cas notre menu cinématographique de la fin de semaine est tout trouvé : le 1er mouvement de la Symphonie de Bizet nous a inspirés à revoir la séquence de la chorégraphie du passage des plats réglée par Louis de Funès dans Le grand restaurant.

La problématique avec toutes ces gesticulations, c’est que, même si elles ont un impact sur les contrastes dynamiques, le fondement du geste reste vertical et « sec ». On en arrive à l’intense duperie, pour un instrumentiste à vent, que les sublimes mélodies des vents (flûtes, hautbois) du 1er mouvement de Bizet chantent peu.

Méli-mélo

Par ailleurs, un peu comme avec Nathalie Stutzmann, mais, là encore, en pire, Leleux veut « faire l’interprète ». Il attaque donc le 2e mouvement de Bizet, un Adagio comme un Quasi Allegretto et dose les vibratos avec parcimonie pour faire post-baroqueux, mais au fil du mouvement le tempo s’affaisse. D’ailleurs le tempo des premières mesures n’a pas de constance, tout comme n’a aucun sens l’accélération subite de la coda du « Jardin féerique » de Ma mère l’Oye. Il y a un moment où la gesticulation entre en conflit avec une idée simple, qui cimente la musique ; la tenue.

Dans les grandes idées de l’interprète Leleux, il y a celle de prendre le Finale de Bizet à toute berzingue. Il fait presque s’étouffer les vents, là aussi ça s’émousse un peu, et cela gomme le caractère postclassique élégant de l’œuvre du jeune compositeur qui, « vivace » ou pas, n’était pas si agité.

Ma mère l’Oye n’avait aucun intérêt (aucune poésie de couleurs et de timbres justement), avec une « Pavane » et un « Petit Poucet » fades et des « Entretiens de la Belle et la Bête » expédiés, pour finir sur des « gestes carrés sur une musique ronde » dans le « Jardin féerique ». C’est donc, pour la partie française, Mel Bonis qui s’en est le mieux sortie avec son Rêve de Cléopâtre.

En fin de première partie, le Trio Hochelaga et l’orchestre jouaient le Triple Concerto de Jacques Hétu. Bonne idée de reprendre cette œuvre crée en 2003 à Lanaudière. Ce n’est pas une joute de type Beethoven : le Trio donne le ton, avec intériorité souvent et d’intenses dialogues (violon et violoncelle dans le 2e volet). L’orchestre s’y insinue progressivement et les mouvements 1 et 3 finissent par des coups d’éclat impressionnants, mais sortis d’un ne sait où. Au sein du trio, le violoncelliste Dominique Beauséjour-Ostiguy a fait une impression particulièrement positive. On ne peut pas dire toutefois que le Triple Concerto laisse une empreinte aussi forte que les grandes œuvres de Jacques Hétu. Très beau 3e volet du Trio de Debussy en rappel.

Notre participation à la splendide tournée de l’Orchestre du CNA dans les Maritimes nous a, hélas, fait manquer cette semaine à Montréal de grands événements, tels le récital Schubert de Samuel Hasselhorn, la 7e Symphonie de Chostakovitch de Rafael Payare et la création d’Andrew Balfour. Revenir un vendredi après-midi, penser aller voir un beau concert de musique française et se voir servir cette pitrerie inconsistante en devenait encore plus frustrant.

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