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Les jeunes travailleurs comptent parmi les premières victimes du contexte économique difficile et incertain. On les a dits aussi directement menacés par l’arrivée de nouvelles technologies, comme l’intelligence artificielle. Ensuite, cela dépend de leur âge, de leur niveau de formation, de leur genre, des politiques migratoires…
Bonne nouvelle : l’été qui commence pourrait être moins difficile que l’année dernière pour les étudiants qui voudront profiter des vacances scolaires pour regarnir un peu leurs goussets et acquérir de l’expérience professionnelle.
Le premier coup de sonde de l’année réalisé auprès des élèves de 15 à 24 ans retournant aux études cet automne a rapporté un taux de chômage de 11 % le mois dernier au Québec, soit une amélioration par rapport au même moment l’année dernière (12,8 %) et toujours beaucoup mieux qu’à la grandeur du Canada (18 %).
Le début d’été 2025 avait été le pire à ce chapitre en dix ans, exception faite de l’intermède pandémique. L’embellie qui se dessine maintenant risque toutefois de rester modeste, le taux de chômage étudiant ayant doublé ces dernières années, d’une moyenne estivale de 6,6 % en 2022 à 13,2 % l’été dernier.
Premières victimes des circonstances
Ces chiffres sur le travail d’été sont à l’image de l’état général du marché de l’emploi pour les jeunes.
Il a beaucoup été question, ces derniers mois, de la lutte contre l’inflation, des tarifs commerciaux américains, des tensions géopolitiques, des guerres en Ukraine et au Moyen-Orient et du climat d’incertitude, qui ont lourdement pesé sur l’activité économique, sur la confiance des ménages et des entreprises et sur le marché de l’emploi. Cela a notamment eu pour effet de faire augmenter le taux de chômage au Québec d’une moyenne annuelle de 4,3 % en 2022 à 5,9 % depuis le début de 2026.
Cette moyenne générale cache toutefois des écarts importants entre les différents groupes d’âge. En effet, si le taux de chômage moyen des travailleurs de 25 ans et plus n’a augmenté que de 3,8 % à 5,3 % durant cette période, celui des 15 à 24 ans était déjà de 7,6 % avant de passer à 9,4 %.
C’est que le dernier épisode de pénurie de main-d’œuvre « a marqué au fer rouge les entreprises », explique Simon Savard, économiste principal à l’Institut du Québec. Elles se montrent aujourd’hui extrêmement réticentes à mettre à pied des employés, en dépit du contexte économique morose. En revanche, elles hésitent aussi à engager de nouveaux travailleurs, au plus grand malheur des nouveaux entrants sur le marché du travail, à commencer par les jeunes et les immigrants.
Le fait que le choc démographique et la rareté de main-d’œuvre soient encore plus aigus au Québec qu’ailleurs au Canada explique peut-être, en partie, pourquoi la situation de l’emploi des jeunes y reste, somme toute, relativement meilleure, note l’économiste.
Dans la même logique, la réduction massive du nombre de travailleurs étrangers temporaires admis au Canada a certainement pour effet de diminuer d’autant la réserve de main-d’œuvre disponible, ce qui améliore les chances de trouver un emploi pour ceux qui restent, note Sonny Scarfone, économiste au Mouvement Desjardins. « À court terme, cela réduit probablement le taux de chômage des jeunes et des autres. Mais à long terme, cela peut aussi réduire les perspectives de croissance économique, et donc d’emploi. »
Pas (encore) la faute de l’IA
On a beaucoup dit que l’avènement de l’intelligence artificielle (IA) mettait particulièrement à risque des emplois de premiers échelons plus techniques et routiniers qui servent aux jeunes de porte d’entrée dans leurs carrières.
Cela sera peut-être vrai un jour, a indiqué cet hiver une étude de Statistique Canada sur le sujet. Mais, pour le moment, « rien n’indique que les emplois potentiellement plus exposés à l’IA […] aient connu des baisses disproportionnées par rapport à d’autres professions ».
Risques de stigmates
Les jeunes travailleurs sont habitués à être les premiers touchés quand le contexte économique devient défavorable et à être les derniers à profiter du retour de la croissance. Quand cela se produit, certains en profitent pour rester plus longtemps aux études.
La crainte, chaque fois, est que ces coups durs frappent au moment même où leur carrière prend son élan et qu’ils en gardent ensuite « les stigmates » pendant longtemps, explique Sonny Scarfone. Selon une étude canadienne, le retard professionnel et économique que les jeunes travailleurs prennent en période de récession se traduit, entre autres, par des pertes de revenus qui ne s’effacent pas complètement avant huit à dix ans.
Simon Savard s’en fait ainsi particulièrement pour le groupe des 25 à 29 ans. D’abord parce que leur taux de chômage a bondi, depuis 2022, d’une moyenne de 4,8 % à 7,5 %. Mais aussi parce qu’ils sont les plus susceptibles d’être arrivés au moment de leur parcours où ils pensaient amorcer leur carrière et former un ménage.
Pire pour les jeunes hommes (ou pas)
L’économiste de l’Institut du Québec s’inquiétait aussi, encore l’an dernier, de voir les jeunes hommes diplômés universitaires (baccalauréat ou plus) afficher un taux de chômage 1,7 fois plus élevé que celui de leurs homologues féminines et légèrement plus élevé, même, que celui de l’ensemble des jeunes hommes du même groupe d’âge des 22 à 26 ans.
On avait attribué alors ce phénomène au fait que la moitié des emplois créés ces dernières années l’avait été en santé et en éducation, deux secteurs où les femmes diplômées sont fortement représentées.
Depuis, la situation des jeunes hommes diplômés universitaires semble s’être améliorée, en même temps que celle des femmes se serait détériorée, constate Simon Savard. « Il pourrait s’agir, du moins en partie, de jeunes [hommes] encore aux études, ou en transition vers un emploi à temps plein, qui occupent davantage d’emplois à temps partiel », a-t-il expliqué au Devoir. Dans le cas des femmes, l’économiste s’est montré encore plus prudent, disant que l’apparent changement de cap pourrait n’être qu’une simple aberration statistique. Seul le temps dira si ces nouvelles tendances se confirment, a-t-il conclu.
Temporaires ou structurels ?
« Nous devons demeurer humbles et lucides : les grandes forces de l’économie sont toujours accompagnées d’un certain degré d’incertitude, et le contexte actuel est particulièrement complexe », a déclaré un sous-gouverneur de la Banque du Canada, Nicolas Vincent, dans un discours sur l’état du marché du travail canadien le mois dernier à Québec.
Les difficultés actuelles du marché de l’emploi peuvent découler tant de simples phénomènes conjoncturels qui finiront par passer que de facteurs structurels qui sont là pour de bon, comme la reconfiguration de l’économie mondiale, l’IA, le vieillissement démographique et la réduction de l’immigration. Dans tous les cas, avait-il dit, l’une des solutions à privilégier devrait être l’amélioration de la formation fondamentale à l’école et de la formation continue tout au cours de la vie.
« Je note en passant que le taux de chômage des jeunes au Québec reste aujourd’hui plus bas qu’il a longtemps eu l’habitude de l’être, ajoute Sonny Scarfone. Et qu’après avoir longtemps tiré de l’arrière sur le reste du Canada en la matière, le Québec fait désormais systématiquement mieux. Mais je doute que cela console beaucoup les gens. »


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