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Les archives récemment déversées par le ministère américain de la Justice, comportant plus de trois millions de pages de documents, ont rouvert la boîte de Pandore de l'affaire Epstein, bien au-delà des frontières américaines. Si l'essentiel de ces documents détaille les liens étroits que l'homme entretenait avec l'élite politique, financière et académique mondiale, c'est le nombre de mentions de Moscou et du président russe Vladimir Poutine qui a attiré l'attention à Varsovie.
Le Premier ministre polonais Donald Tusk a ainsi ordonné la création d'une équipe d'analystes pour examiner toute interaction susceptible d'avoir un impact sur la sécurité nationale polonaise. Selon lui, des éléments contenus dans ces fichiers pourraient laisser penser que le «scandale pédophile sans précédent» de Jeffrey Epstein aurait été coorganisé par des services de renseignement étrangers, suggérant la possibilité que des services russes aient exploité ce réseau pour obtenir de quoi faire chanter des dirigeants encore en fonction aujourd'hui, d'après The Times.
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Cette piste qu'on pourrait facilement apparenter à une théorie complotiste n'est pourtant pas si folle: plusieurs médias internationaux ont relevé des références répétées à des entités russes et à Moscou dans les documents publiés, dont certaines mentionnent des projets de rencontres entre Jeffrey Epstein et des personnalités russes de premier plan.
Chantage, Kremlin et paranoïa médiatique
La notion de kompromat (des informations compromettantes accumulées pour faire chanter des adversaires) n'est pas qu'un fantasme journalistique. Utilisée historiquement par les services soviétiques puis russes (mais pas exclusivement, les démocraties occidentales n'étant pas étrangères à de telles pratiques), elle consiste à exploiter les faiblesses personnelles de sa cible. Pour l'instant, aucune preuve directe ne prouve que Jeffrey Epstein ait été rémunéré ou contrôlé par le renseignement russe.
Le gouvernement russe, quant à lui, n'a pas répondu aux demandes officielles de commentaire sur cette enquête. En revanche, à l'automne dernier, une porte-parole du ministère des Affaires étrangères avait déjà tenté d'utiliser ce scandale contre l'Occident, en évoquant sur les réseaux sociaux «l'hypocrisie des élites occidentales» exposées dans l'affaire Epstein.
Il serait fautif de confondre soupçon, corrélation et preuve d'espionnage. À l'heure actuelle, l'ouverture d'une enquête officielle en Pologne repose surtout sur l'ampleur des documents récemment divulgués, la présence de nombreuses mentions de la Russie dans ces fichiers et la crainte –fondée dans les milieux politiques de l'Europe de l'Est vu le contexte actuel– que des données sensibles aient été exploitées à des fins géopolitiques.
Reste que les éléments publics ne permettent pas, pour l'heure, d'établir que Jeffrey Epstein aurait consciemment ou non servi de pion aux mains des services russes. Comme le rappelle un mémo interne du département de la Justice déjà publié, les autorités américaines n'ont pas trouvé de preuves crédibles d'une liste de clients ni de documents attestant que l'oligarque utilisait son réseau pour faire chanter des personnalités influentes.





























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