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«Jean Valjean»: la genèse du symbole de bonté

5 month_ago 19

         

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« Avant qu’il y ait un héros, il y eut un homme… Un misérable. » Dans Jean Valjean, le cinéaste Éric Besnard (Les choses simples, Louise Violet) s’attarde aux 150 premières pages de l’œuvre emblématique de Victor Hugo pour raconter la genèse de ce personnage épique, symbole de bonté et de piété.

S’employant à raconter un passage moins inscrit, dans les mémoires collectives, que ceux impliquant Fantine, Cosette, les aubergistes Thénardier, l’inspecteur Javert ou le petit Gavroche, le film donne à voir un Jean Valjean (Grégory Gadebois) tout juste sorti du bagne — où il avait été emprisonné dix-neuf ans plus tôt pour un vol de pain — brisé, rejeté de tous, rongé par la haine. Errant sans but, se heurtant à répétition à des portes closes, l’ancien forçat trouve refuge chez monseigneur Myriel (Bernard Campan), un évêque vivant dans le plus pur dénuement en compagnie de sa sœur (Alexandra Lamy) et d’une servante (Isabelle Carré).

Sans rien exiger en retour, l’homme d’Église offre pain et gîte au criminel. Au grand dam de sa domestique, il ferme les yeux sur les risques de violence, de vol, d’agression, et sur les commérages qui suivront, refusant de poser un jugement et, surtout, de prolonger une peine déjà acquittée.

Lorsque, le lendemain, Jean Valjean est ramené par les gendarmes, avec en sa possession l’argenterie dérobée de la maison, le curé l’innocente, et lui offre deux chandeliers, le faisant promettre d’utiliser cet argent pour devenir un homme bon. La suite appartient à l’histoire.

D’emblée, la question se pose. Avons-nous besoin de voir transposer pour une énième fois à l’écran l’œuvre de Victor Hugo, d’autant plus qu’une adaptation au plus grand souffle de Fred Cavayé est prévue en 2026 ? Réponse courte : non. Mais Éric Besnard a tout de même le mérite d’offrir autre chose que du remâché.

L’épisode sur lequel il choisit de se concentrer est un condensé tout en retenue du travail du grand romancier français. À travers la rencontre entre deux personnages se déploie donc la leçon éthique comme stylistique au cœur de Les Misérables. On y retrouve notamment l’importance des archétypes et des dilemmes moraux, un discours sociopolitique enflammé, la dénonciation de l’injustice et la célébration d’une main tendue dans l’inversion d’un destin.

S’accrochant à l’arc narratif de la rédemption, le réalisateur emprunte aux codes des films westerns pour mettre en relief la dualité qui habite le héros. Dans une composition esthétique maîtrisée, il fait un usage répété des gros plans, des jeux d’ombre et de lumière et des formats panoramiques donnant à voir des paysages de froidure et de rudesse en phase avec le voyage intérieur du personnage.

Cette sobriété — et les nombreux moments de silence qui l’accompagnent — est servie par des acteurs au jeu intériorisé, qui honorent avec subtilité l’émotion qu’ils doivent chacun représenter : colère, sérénité, peur.

Or, le scénario ne leur donne pas la chance de s’extraire de cette posture unidimensionnelle. En calquant les dialogues d’Hugo, le réalisateur bâtit un récit qui pâtit souvent d’un excès de didactisme et de manichéisme, et qui, sans le support du roman, perd en souffle et en pistes de réflexion.

Le tout est également alourdi par une succession de voix hors champ — un homme, une femme, un enfant et Jean Valjean — représentant l’étendue de la souffrance, mais qui étouffe plutôt dans l’œuf le potentiel cinématographique comme romanesque de l’œuvre.

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