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« Je risque de partir à la fin de l’année » : à Trouville-sur-Mer, l’inquiétude des commerçants de la plage

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Chez les commerçants de la plage comme au Galatée, des indépendants déplorent les "contraintes" de la nouvelle consultation pour le renouvellement des sous-concessions de la plage.

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Cyril Lesueur, patron du Galatée, à Trouville-sur-Mer.

Cyril Lesueur, patron du Galatée, à Trouville-sur-Mer. ©MM Remoleur

Par Marie-Madeleine Remoleur Publié le 19 avr. 2026 à 20h30

À Trouville-sur-Mer (Calvados), leurs vitrines et terrasses, leurs plats et leurs sourires racontent des histoires de familles qui, parfois, se sont transmis des affaires de génération en génération, avec cœur. Des indépendants inquiets pour leur avenir, comme ils ont pu l’exprimer lors du dernier conseil municipal. « Aujourd’hui, vous avez des indépendants qui travaillent sur la plage, qui connaissent leurs clients. Demain, il y a un risque que ces sous-concessions tombent aux mains de grands groupes », alerte Cyril Lesueur, patron du Galatée, présent sur la plage depuis plus de 36 ans.

Au cœur de leurs inquiétudes : le renouvellement de l’ensemble des sous-concessions de la plage, redistribuant les cartes de l’attribution des lots commerciaux. Pour rappel, les dernières délégations de service public sur la plage avaient été votées en 2014 pour une durée de 12 ans. Préparée sous l’ancienne majorité, la consultation pour le nouvel appel d’offres a été publiée quelques semaines avant les élections, le février 2026. « Je m’interroge : comment l’ancienne maire a-t-elle pu déposer un appel d’offres aussi important juste avant l’élection, sans savoir si elle allait être réélue. À titre de comparaison, quand un Gouvernement est au bord d’une dissolution, il envoie les affaires courantes, mais il ne prend pas de décision si importante », déplore le commerçant, rencontré quelques jours après le conseil.

Un appel d’offres qui change la donne

Si l’inquiétude est grande, c’est que le nouvel appel d’offres rédigé pour ce renouvellement des DSP apporte de nouvelles « contraintes » aux commerçants indépendants de la plage, présents pour certains depuis des décennies. À commencer par la durée de ces concessions qui passe de 12 à 10 ans pour certains « gros » lots comme Le Galatée, et de 12 à 5 ans pour la plupart des autres commerces (lire encadré).

Autre changement : la répartition des lots. « Le Galatée, à l’origine, c’est le lot 4. Normalement, à partir du moment où on répond au cahier des charges, on a une certaine priorité de renouvellement de concession. Mais il est devenu le lot 3 et le lot 3.1. En changeant les lots, d’une certaine manière, je perds mon ancienneté de 36 ans ».

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Une activité de location de 10 cabines s’ajoute au Lot du Galatée. ©MMR

Par ailleurs, dans ce nouvel appel d’offres, l’activité du Galatée a été élargie, avec l’ajout d’un service de restauration légère et de deux terrasses supplémentaires « démontables et démontées, avec une exploitation sur huit mois » : l’une de 150 m² côté mer, et l’autre de 60 m². Par ailleurs, l’activité de location de 10 cabines et de transats complète la fiche du lot. Une nouveauté qui avait fait débat lors d’un conseil où l’ancienne opposition municipale, devenue majorité, s’était inquiétée de voir l’apparition d’une « plage privée » à Trouville.

Pour l’actuel Galatée, ces nouveaux services et « apports supplémentaires » peuvent ainsi expliquer la hausse de la part fixe à payer, avec un loyer qui passerait d’environ 25 000 € à 60 000 €. « On sait que le spot est magnifique, mais on n’a aucune certitude de rentabiliser cette augmentation de la surface commerciale, il faut la remplir et être certain de la remplir », alerte Cyril Lesueur, rappelant : « Trouville reste une station balnéaire saisonnière ». Sans compter les sérieux problèmes de recrutement qui se poseraient d’autant plus avec ce nouvel appel d’offres. « On est une équipe de 20 personnes, mais pour répondre à ces missions de plus, en pleine saison, il faudrait être une trentaine de personnes… et il faut les trouver ».

« C’est une dévalorisation du fonds de commerce »

Pour d’autres commerçants, la problématique est liée à la réduction du temps de la DSP, passant de 12 années… à cinq. « Si vous voulez vendre votre fonds de commerce : un prêt se fait sur 7 ans, alors qu’il n’a que 5 ans de terrasse, comment voulez-vous qu’il puisse amortir et prendre le risque de ne pas être renouvelé. La valeur du fonds de commerce est diminuée d’au moins de 40 %. C’est une dévalorisation du fonds de commerce », déplore Cyril Lesueur qui connaît bien la situation, sa sœur exploitant la Crêperie du Pré d’Auge. Comme la responsable des Terrasses du Pré d’Auge, cette dernière était présente lors du dernier conseil municipal, et avait pu exprimer à la fin de la séance ses inquiétudes.

Des grands groupes intéressés

Le patron du Galatée s’étonne aussi des « disparités » existant déjà au niveau du taux d’indexation sur le chiffre d’affaires entre les différents commerçants de la plage, passant de 0,5 % pour certains… à 3,25 %, par exemple, pour Le Galatée. Avec le nouvel appel d’offres, ce taux serait fixé à 1,5 % pour Le Galatée. « Mais attention, c’est une base de négociation, un minimum », explique Cyril Lesueur qui détaille : « Par exemple, si un grand groupe décide de répondre à l’appel d’offres, il peut proposer plus. Et quand on est un grand groupe, même si c’est un investissement sur 10 ans, ils savent bien qu’ils vont finir par l’amortir. Une fois qu’ils ont la concession, ils ne la perdront plus… et ils seront donc rentables. C’est une concession à vie déguisée car comment on peut déstabiliser un grand groupe hormis s’il dépose le bilan demain », déplore-t-il.

Pour Cyril, pas de doute, cet appel d’offres ressemble à un appât pour les grands groupes, au détriment de ceux qui exercent aujourd’hui. « Nous, comme indépendants, on n’a pas la même force de frappe », reconnaît-il. Une inquiétude réelle car ces dernières semaines, Cyril a pu constater que « deux ou trois visites » de grands groupes ont déjà été faites sur le site. « Et on n’est plus au stade du renseignement : ils ont pris des mesures, des photos, ils viennent avec des architectes ».

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Chez les commerçants de la plage, comme au Galatée, l’inquiétude plane. ©Marie-Madeleine REMOLEUR

« Pas un Deauville 2 »

Cyril Lesueur le répète : « On ne met pas en cause l’équipe de Stéphanie Fresnais qui a hérité d’une situation qui n’est pas la sienne et qu’elle ne voulait pas ». Déplorant un « manque de communication » et l’absence d’échanges avec l’ancienne équipe, il regrette : « On a l’impression qu’ils ont eu envie de faire de Trouville un Deauville 2… alors qu’on est complémentaire. Trouville, c’est une station avec des gens de tout milieu, où prend plaisir à venir avec ses enfants. Changer la destination, ce n’est pas une bonne idée ».

Pour lui, l’arrivée de grand groupe pourrait signer la fin de ce parfum indépendant moins « lissé ». Il craint : « On va avoir un beau nom, mais avec des choses formatées. Ça sera du camembert normand, d’accord, mais il ne sera pas au lait cru et moulé à la louche. Moi, par exemple, quand j’en faisais, j’allais acheter mes andouillettes ou mes saucisses à l’os chez Blavette à Villers-sur-Mer. C’est le plaisir, c’est de proposer un produit artisanal qu’on considère bon ». Même crainte sur la relation aux clients. « Nous, on sort le coffre à jouets pour les enfants, la gamelle d’eau pour le chien, on a tissé de vrais liens avec des clients qu’on a appris à connaître. Au Galatée, j’ai vu des gens se rencontrer sur ma terrasse, se marier, revenir avec leurs enfants. J’en ai vu des générations ».

Pour les commerçants, l’appel d’offres est ouvert jusqu’au 15 mai 2026, à 12 h. « Je ne me fais guère d’illusion sur ma candidature si rien ne change, je ne pourrai pas concurrencer les grands groupes. Je risque de partir à la fin de l’année ». Cyril s’attend bien à perdre cette concession dans laquelle il travaille depuis l’hiver 1989. « J’ai fait un investissement dans une autre affaire à Honfleur car j’aime travailler, même si j’ai 65 ans. Mes parents ont travaillé jusqu’à 74 ans ». Pour lui, le seul recours, c’est que le Préfet se saisisse de la situation. « J’implore qu’il revienne sur l’appel d’offres tel qu’il est là ou qu’il fasse un report ».

« Légalement, on ne peut pas proroger la consultation »

En conseil municipal, jeudi 9 avril, Stéphanie Fresnais, nouvelle maire de Trouville, avait répondu à l’opposition sur cette question du renouvellement des DSP de la plage et sur les inquiétudes exprimées par les commerçants de la plage. « Nous sommes dans une procédure qui nous interdit d’en parler au risque que je sois condamnée au pénal. […] Tout ce que je peux vous dire, c’est que si nous arrêtons la procédure, il y a un risque important pour que ces personnes ne puissent pas exploiter, je ne prendrai pas ce risque », avait-elle répondu.
À nouveau contactée par Le Pays d'Auge, Stéphanie Fresnais confirme que « par souci d’équité » elle est tenue de ne pas en parler dans les détails « au risque d’être accusée d’avantager tel ou tel candidat ». En revanche, elle indique avoir demandé au sous-préfet « si on pouvait mettre par terre cette consultation ou proroger la consultation ». Pour rappel la plage appartient à l’État qui signe un contrat de concession avec la Ville qui, elle, lance un appel à consultation pour des sous-concessions. « Toutes les sous-concessions de la plage ont été prorogées jusqu’au 31 décembre 2026, le nouveau contrat rentrera en application le 1er janvier 2027 pour une durée de 10 ans. Six mois avant, il fallait lancer la procédure de consultation de ces sous-concessions », précise la maire.
Ce jeudi, elle a reçu la réponse de la sous-préfecture. « On m’a répondu que ça n’était pas possible juridiquement de proroger la consultation puisque la nouvelle concession de l’État avec la plage de Trouville va commencer le 1er janvier 2027. Et si je décidais de ne pas aller au bout de cette procédure, cela voudrait dire qu’il n’y aurait pas d’exploitation possible après le 31 décembre 2026 dans tous les cas, puisqu’il faudrait attendre cette nouvelle procédure de mise en concurrence qui pourrait mettre un an de plus. Cela voudrait dire que personne ne pourrait exploiter pendant un an. On est coincé », transmet-elle.

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