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À la veille de la rentrée scolaire, Kiev vit au rythme des alertes aériennes et des frappes russes. Dans une capitale devenue, selon ses habitants, une véritable zone de front, parents, enseignants et enfants redoutent de reprendre le chemin de l'école.
Publié le 31/08/2026 08:23
Temps de lecture : 3min
Cette photographie montre de la fumée s'élevant à la suite d'une attaque aérienne russe à Kiev sur un entrepôt de munitions, le 29 août 2026. (SERHII OKUNEV / AFP)
En Ukraine, à Kiev, la capitale connaît un été meurtrier. Les sirènes d'alerte retentissent sans cesse et les frappes de drones se font toujours plus meurtrières. Une frappe contre un entrepôt d'explosifs a fait 38 morts et plus de 50 blessés, vendredi 28 août.
À la veille de la rentrée scolaire, qui aura lieu mardi 1er septembre, les habitants de la capitale ukrainienne estiment que Kiev peut désormais être considérée comme une zone de front.
Katia vit au cinquième et dernier étage d'un immeuble à l'ouest de la ville. Plusieurs missiles se sont écrasés, lors de l'une des attaques les plus violentes qu'ait connues la capitale ukrainienne ces dernières semaines. "Ici vous pouvez voir les dégâts : les fenêtres ont été entièrement soufflées, le balcon est abîmé", témoigne Katia. Les traits tirés, le visage blême, elle montre les dégâts causés par l'explosion dans son studio, qu'elle partage avec sa fille de 15 ans : "Tous les murs sont troués, ainsi que le plancher, les meubles, le matelas et beaucoup de vêtements." Sa veste en doudoune marron est criblée de trous, laissant apparaître le duvet à l'intérieur. "Vous pouvez voir les traces des éclats, ça volait de partout."
Des ouvriers réparent la toiture d'un immeuble après une frappe russe à Kiev, vendredi 29 août. (Virginie Pironon / Radio France)
Alors que des ouvriers s'activent pour réparer la toiture de l'immeuble, Alla, une voisine, se demande comment elle va payer les travaux. La municipalité verse 10 000 grivnas, soit environ 200 euros, à chaque propriétaire, mais "avec ça, on ne fait rien", déplore-t-elle. "Il faut arrêter cette guerre, car ici, ce sont des civils, des gens paisibles, qui sont victimes de ces frappes russes."
"Ces salauds, ces ordures, nous bombardent presque tous les jours. Mais de notre côté, installer des infrastructures militaires là où il y a une école maternelle, un collège, un hôpital et des habitations dans ce périmètre, c'est la honte pour tous nos dirigeants", s'indigne Alla.
"On est seuls face à cette guerre. Je ne sais pas si je suis vivante ou si je suis morte."
Alla, habitante de Kiev
à franceinfo
Actuellement, les habitants vivent au rythme de 10 à 12 alertes chaque jour. "Au début de la guerre, quand il n'y avait que des drones, il y avait du temps", dit-elle, pour se rendre aux abris. Mais avec les missiles, les habitants disposent de trois minutes pour s'y rendre. Autant dire que c'est une mission impossible. "Cette année, je ne sais pas ce qui attend nos enfants et où ils seront pendant les cours", s'inquiète-t-elle.
Alla est institutrice. Elle reprend le travail mardi 1er septembre et appréhende cette rentrée, car beaucoup de questions restent en suspens : "Personne ne nous dit rien, on n'a pas d'information sur le fait que les cours se feront à distance ou non. Imaginez : les parents déposent les enfants à l'école, on commence le cours, il y a une alerte aérienne, des drones Shahed, des missiles balistiques. J'y vais la peur au ventre."
Yevhen, 11 ans, lui, n'ira pas à l'école, non pas parce qu'elle est fermée, mais parce qu'il est terrorisé : "'À l'école, nous n'avons pas de vrais abris, et ce 1er septembre, il est très probable qu'il y ait des attaques massives." Le petit garçon, qui a perdu son beau-père à la guerre, veut bien reprendre l'école, mais à distance : "Combien de fois j'ai vu des enfants aller à l'école le matin et être tués par un missile. Il est même arrivé qu'une mère, un père et leur fils soient en train de marcher, avant que la mère et le fils ne soient tués par un drone Shahed."
"Vous entendez ce qui se passe. Ça tire encore. Avec ces attaques, tu comprends qu'ils veulent tous nous tuer, nous rayer de la surface de la Terre. Ils réécrivent notre histoire."
Yevhen, jeune habitant de 11 ans
à franceinfo
Avec ses yeux bleus d'une infinie tristesse, Ioulia, mère de trois enfants, songe désormais, elle aussi, à quitter le pays : "Avant, c'était loin de chez nous. Désormais, les frappes sont très proches. Il y a eu, par exemple, trois missiles, l'un après l'autre, dans un laps de temps très court. Et quand vous avez des débris de verre qui vous tombent sur la tête : il faut partir. En France, on a un ami qui a quitté le pays au début de la grande guerre. Il nous a dit : Pourquoi vous ne partez pas ? Qu'est-ce que vous attendez ? De perdre vos enfants ?"
Les habitants de Kiev le disent : ils n'ont plus de force, ni physique ni mentale. Pour eux, l'été 2026 aura été le plus meurtrier de ces cinq dernières années.
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