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Tribune
Stéphane Boisard
Maître de conférences à l’Institut national universitaire Jean-François Champollion
Maria Julia Giménez
Postdoctorante à l’Université fédérale rurale de Rio de Janeiro
Maria Julia Giménez et Stéphane Boisard, spécialistes des extrêmes droites néolibérales en Amérique latine, déplorent, dans une tribune au « Monde », la fascination des ultralibéraux français pour la politique économique du président argentin, jugée alarmante par les instances financières internationales.
Publié aujourd’hui à 17h00 Temps de Lecture 3 min.
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A l’occasion de l’Argentina Week [une semaine de promotion économique de l’Argentine à l’étranger, à Paris du 30 septembre au 2 octobre], Javier Milei a conclu sa tournée en France par un dîner avec Emmanuel Macron, avant de recevoir un prix économique en présence de Philippe Aghion, Prix Nobel de la discipline en 2025.
En France, l’éruptif président argentin libertarien était attendu comme un véritable héros par des personnalités politiques comme David Lisnard, Sarah Knafo, Eric Ciotti, par le patronat français, qui l’avait invité à l’université d’été du Medef fin août [mais Milei n’est pas venu], ou par des membres de think tanks et revues ultralibéraux. Tous sont fascinés par cet économiste d’extrême droite et sa politique de la « tronçonneuse » à dépenses publiques, comme celle qu’il avait offerte à Elon Musk en 2025, en hommage à celui qu’il considère comme le « héros de l’humanité ».
En règle générale, les thuriféraires français de Javier Milei s’attardent peu sur sa misogynie et son antiféminisme virulents, son soutien total à Israël et sa politique génocidaire à Gaza, ses attaques systématiques contre la liberté de la presse, les scandales de corruption à répétition, ou encore ses violentes saillies contre tous les droits humains émanant, selon lui, de la « pensée woke ».
En revanche, il n’en reste pas moins surprenant qu’ils continuent de vanter sa politique économique. Certes, à l’instar de son mentor Donald Trump, Javier Milei préfère la réalité alternative à celle, beaucoup moins reluisante, de l’économie réelle, telle qu’elle ressort des statistiques de l’Indec, l’équivalent argentin de l’Insee.
Mais son bilan est aujourd’hui jugé préoccupant, voire alarmant, par les grandes instances financières internationales et les bailleurs de fonds privés. Après deux sauvetages en catastrophe, par le Fonds monétaire international et par le gouvernement Trump en 2025, le pays pourrait se retrouver en faillite, à court de devises étrangères pour honorer ses prêts internationaux à très court terme. Début octobre, le secrétaire américain au Trésor Scott Bessent a débloqué en urgence une troisième aide de 808 millions de dollars (722,2 millions d’euros) au gouvernement argentin pour éviter ce scénario catastrophe.
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