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Le Canadien n'a posé aucun geste à la date limite des échanges, mais le rappel du gardien Jacob Fowler pourrait se révéler l'équivalent d'une transaction qui bonifie l'équipe en fin de saison.
Difficile de ne pas rattacher le deuxième rappel de Fowler à ce qui était l’un des matchs les plus importants au calendrier du Canadien cette saison.
Le CH avait l’occasion d’accroître à neuf points son avance sur les Sénateurs d’Ottawa, c’est-à-dire de se donner la marge de manœuvre nécessaire avec 18 matchs à jouer pour ne pas avoir à constamment regarder dans son rétroviseur.
Au contraire, une victoire des Sens aurait mis encore plus de vent dans leurs voiles, aurait resserré le peloton et aurait grandement accentué la pression sur le CH.
C’est à l'occasion de cet affrontement que le Canadien a choisi de rappeler Fowler du Rocket de Laval.
Ce fut un match serré où les deux équipes semblaient très conscientes de ce qui était à l’enjeu. Mais par moments, ce fut aussi un match où le Canadien manquait d’exécution et cela n’a pas facilité le travail de Fowler. Devant lui, la gestion de rondelle n’a pas toujours été de catégorie Angus AAA.
Mais la décision a payé, car le gardien de 21 ans s’est distingué à chacune des trois périodes, et il a aidé le Canadien à l’emporter 3-2 en temps réglementaire.
Non seulement Fowler n’est pas à blâmer sur les deux buts des Sénateurs en première, mais tout juste avant qu’il ne cède une seconde fois devant Drake Batherson, il avait brillamment stoppé Dylan Cozens en harponnant la rondelle après que Cozens eut débordé Oliver Kapanen et qu’il se soit présenté dans le bas de l’enclave.
Le genre d’arrêt qui ne fera pas les bulletins de nouvelles mais qui témoigne d’un style proactif et alerte.
En deuxième période, inséré entre un poteau de Juraj Slafkovsky et le but égalisateur d’Alexandre Texier, Fowler a dû frustrer Michael Amadio lors d’une échappée. Ce fut un arrêt clé.
Il a ensuite fait montre d’excellents réflexes en fin de période en bloquant une déviation de Brady Tkachuk. Retourner au vestiaire en déficit après 40 minutes en raison d’un but tardif aurait compliqué le scénario pour le Canadien.
Et bien sûr, il y a eu ces arrêts déterminants à 5 contre 6 en fin de rencontre qui ont illustré combien Fowler était à la hauteur du moment.
Il a d’abord sorti la jambe gauche devant Claude Giroux qui venait de récupérer un lancer hors cible et qui avait le billet chanceux au bout de sa palette.
Puis, 21 secondes plus tard, Fowler s’est de nouveau distingué en arrêtant un tir sur réception de Cozens qui était bien posté dans l’enclave.
« Je pense que ce soir, côté structure, c’était un de nos meilleurs, a commenté Martin St-Louis au sujet de la séquence à 5 contre 6. Mais même quand tu as une structure, ça te prend des arrêts. »
(Fowler) est un joueur qui montre beaucoup de calme et de confiance. Il a fait une grosse différence ce soir.
Un premier rappel salutaire
Il y a deux contrastes fondamentaux entre le premier rappel de Fowler et celui-ci. L’un concerne le jeune homme et l’autre concerne Samuel Montembeault.
Pour Fowler lui-même, le fait que l’organisation a senti le besoin de faire appel à lui plus tôt en saison – même si ce n’était peut-être pas le plan initial – lui permet maintenant de revenir avec un niveau de familiarité qui est précieux à ce temps-ci de l’année.
Imaginez si Fowler, peu importe son niveau de domination dans la Ligue américaine, n’avait pas eu de rappel à Montréal avant aujourd’hui. On sait que l’enjeu est plus grand à la mi-mars qu’il ne l’était en décembre, et s’exposer aujourd’hui à de la nouveauté et de l’inconnu, surtout à une position aussi névralgique, aurait été pour le moins audacieux de la part du Canadien.
Peut-être même désespéré.
Sauf que Fowler est revenu en sachant exactement ce qu’implique au quotidien le fait de garder les buts pour le Canadien de Montréal. Il connaît l’environnement, il connaît ses coéquipiers, et ses patrons le connaissent aussi beaucoup mieux.
Gator a fait montre face aux Sénateurs d’un sang-froid et d’un contrôle qui détonnent un peu par rapport à ce que Dobes et Montembeault nous ont habitués cette saison. Mais ce n’était ni nouveau ni surprenant pour le CH; l’équipe sait depuis ce premier rappel que le calme compétitif qui l’habite va aussi s’exprimer dans la Ligue nationale.
Il y a tellement d’informations qui se sont accumulées de part et d’autre cette saison que le niveau de risque n’a plus rien d’inquiétant.

Qu'on le veuille ou non, le rappel de Jacob Fowler dit quelque chose sur l'évaluation du travail qu'a fait Samuel Montembeault...
Photo : The Canadian Press / Christinne Muschi
L'heure des résultats
L’autre différence fondamentale concerne Montembeault.
Le premier rappel de Fowler servait à éteindre un feu et à donner à Montembeault le temps de se retrouver ses moyens. À l’époque, les chances que Fowler demeure à Montréal pour de bon et qu’il prive Montembeault d’action indéfiniment demeuraient faibles.
Si l’on retourne au début de la nouvelle année, l’espoir que Montembeault puisse se redresser à temps pouvait très bien être entretenu.
Or, le congédiement de l’entraîneur des gardiens Éric Raymond, le 28 janvier, a donné une idée de ce que le Canadien pensait du projet de redressement de Montembeault. Dans ses trois derniers départs avant que Raymond ne soit limogé, Montembeault avait remporté un match au cours duquel il avait donné cinq buts, puis il avait perdu les deux suivants, le premier en donnant trois buts sur 16 tirs et le second en concédant quatre buts sur 26 lancers.
Avec le plus récent rappel de Fowler, sans qu’on puisse l’affirmer avec certitude, il se pourrait bien que le sort de Montembeault soit différent.
En fait, il y a des chances qu’il l’ait lui-même scellé lors de son dernier départ à Anaheim.
À ce stade-ci, il ne s’agit plus de trouver des façons d’aider Montembeault à se relancer. Il s’agit de concevoir l’équipe qui va donner au Canadien les meilleures chances de gagner.
Je pense que c'est là où on est aujourd'hui. Les résultats sont importants et je pense que c'est la meilleure décision pour le match de ce soir.
L’entraîneur-chef a évoqué les deux matchs en deux soirs pour justifier le recours à Fowler. Faire confiance à Jakub Dobes deux fois en 24 heures ne semblait pas dans les cartes. Mais dans les circonstances, on ne voulait pas redonner le filet à Montembeault.
En matinée, St-Louis semblait agacé par les questions relatives à ses gardiens. Ce n’est peut-être pas tant parce qu’il devait justifier la décision de l’organisation que parce que cette décision avait des contrecoups négatifs sur l’un de ses joueurs.
Si l’on a appris quelque chose des quatre années de St-Louis derrière le banc du Canadien, c’est qu’il est à l’aise de lever le ton à l’occasion pour critiquer le rendement collectif, mais qu’il ne prend jamais un de ses joueurs en cible de façon individuelle.
Or, en attendant de savoir si le rappel de Fowler portera fruit, les questions liées à son rappel ressemblaient surtout à un désaveu de Montembeault.
Quand tu es dans une position de leader, tu vas prendre des décisions qui vont affecter négativement des personnes que tu adores mais qui seront pour le bénéfice de l’équipe, a expliqué St-Louis après la prestation de Fowler. Ça vient avec la job, c’est un prix que tu paies comme leader. Ce n’est rien de facile de prendre ces décisions-là, mais ce n’est pas parce que c’est une décision difficile que tu n’es pas capable de la prendre. Il faut que tu la prennes, cette décision-là.
Un duo de recrues?
La suite des choses sera fascinante.
La perspective de voir le Canadien entamer le dernier droit de la saison, et possiblement les séries, avec un tandem de deux gardiens recrues a quelque chose d’un peu vertigineux.
Mais quelqu’un peut-il contredire l’idée que Dobes et Fowler sont les deux gardiens qui donnent en ce moment au Canadien les meilleures chances de gagner?
D’une certaine façon, un tel tandem, avec le talent et l’inexpérience que cela implique, est un rappel que la reconstruction du Canadien n’est pas tout à fait terminée. Que nous ne sommes pas du tout devant un produit achevé.
Y aller avec un tel tandem sera sûrement réévalué tous les jours d’ici la fin de la saison. Mais il y a une raison pour laquelle Bernard Parent et Doug Favell ont formé avec les Flyers de Philadelphie de 1967 l’un des rares duos de gardiens recrues dans la LNH.
C’est un peu se lancer en parachute.
Mais comme le dit St-Louis, l’heure est aux résultats.


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