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« J’en suis encore au stade où je panique » : Adam Scott (Severance) revient sur sa pugnace ascension

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Adam Scott pose, samedi 26 avril, sur le tapis rose de Canneséries.

Adam Scott pose, samedi 26 avril, sur le tapis rose de Canneséries. Castel Franck/ABACA

ENTRETIEN - Le héros de la dystopie d’Apple TV a reçu à Canneséries le prix Canal+ Icon Award. Un bonheur n’arrivant jamais seul : il est aussi à l’affiche du film d’horreur malin Hokum.

Visage familier des séries américaines, Adam Scott  a longtemps aligné les seconds rôles généreux et mémorables : Big Little Lies, Parks and Recreation, Party Down, The Good Place. Tout a changé pour lui à l’aube de la cinquantaine quand il a décroché, en 2022, le rôle du héros de Severance, portrait d’un monde où les employés subissent une opération chirurgicale de séparation entre les souvenirs liés à leur vie professionnelle et ceux liés à leur vie privée. La série dystopique d’Apple TV, produite par le comédien Ben Stiller, a propulsé Adam Scott sur le devant de la scène. Une reconnaissance méritée saluée par Canneséries. Le festival azuréen a décerné, fin avril, au natif de Californie le prix Canal+ de l’Icon Award. La récompense semblait encore bien surréelle à Adam Scott, quand TV Magazine a rencontré ce grand fan des groupes de rock U2 et REM dans une des chambres du Majestic, quelques heures avant cet hommage. Adam Scott est également en tête d’affiche de la fable horrifique Hokum, dans les salles françaises depuis ce mercredi.

TV MAGAZINE. – Que représente ce prix Canal+ Icon Award que vous remet Canneséries ?
Adam SCOTT. - Cela me paraît très étrange. Une icône, c’est quelqu’un qui est là depuis un moment, qui compte pour les gens. Or, je suis encore resté figé à l’époque de mes débuts : celle où j’essayais d’obtenir un agent, où je faisais de la figuration pour joindre les deux bouts. Il m’a fallu environ quinze ans pour construire une carrière. J’en suis toujours au stade, où je panique encore, où je guette le prochain rôle. Je commence tout juste à sortir de cette mentalité, qui consiste à dire : « Engagez-moi, je suis prêt à faire n’importe quoi ». Il m’a fallu du temps pour comprendre que je peux ralentir et dire oui à des projets que j’ai envie de voir en tant que spectateur !

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À quel moment avez-vous pris conscience que vous aviez percé en tant qu’acteur ?
Lorsque j’ai été embauché dans la sitcom Parks and Recreation au début des années 2010. J’adorais cette série et quand son créateur Mike Schur m’a demandé de les rejoindre, c’est la première fois que l’on m’appelait ! Je me suis dit : «Je suis au bon endroit !» Il avait vu la comédie Party Down, que j’avais faite avec mes amis. J’ai eu un déclic : plutôt que se plier en quatre, il fallait que je fasse des choses qui m’étaient agréables en bonne compagnie !

Comment est née votre vocation ?
J’avais 8 ans, et je sortais d’une séance des Aventuriers de l’Arche perdue. Je voulais me maquiller, me déguiser et courir partout. Harrison Ford avait l’air de s’amuser comme un fou et était irrésistible de rire. Il me rappelait mon père. Cela a été une chance de grandir dans un âge d’or du cinéma : E.T., Retour vers le futur sortaient en salle. Ado, je me suis intéressé à de Niro, Pacino, Scorsese. Il y a des moments où je caressais l’idée d’être journaliste politique ou musical. Mais sorti du jeu, je n’avais aucun autre talent, aucune autre option.

Vous souvenez-vous de votre premier rôle ?
C’était en cinquième. J’avais décroché le premier rôle de notre pièce de fin d’année, Treize à la douzaine. Je n’avais pas bien compris que cela impliquait : apprendre une grande quantité de répliques ! La représentation était prévue vendredi. La veille, ma mère me demande si je suis prêt. Je lui réponds par l’affirmative. Elle est partie chercher le script, où j’avais surligné toutes mes répliques. Nous nous sommes assis, dans le jardin, l’un en face de l’autre et je ne connaissais aucune d’entre elles ! Le jour venu, j’avais l’impression d’avoir un contrôle total sur le public !

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Jouer dans la série Severance a-t-il modifié votre rapport au travail ?
Mon équilibre vie professionnelle-vie privée n’a jamais été une réussite. J’ai toujours trop travaillé. Probablement parce que j’ai passé de nombreuses années à ne pas travailler autant que je le voulais. Je multipliais les petits rôles dans les séries et les films indépendants. Quand les choses ont commencé à décoller, je me suis dit : « Les gens m’aiment ». Cela m’a maintenu la tête hors de l’eau. J’aime tellement ce que je fais que je ne vois pas où cela s’arrête et où commence ma vie quotidienne. Severance représentait tout ce que je pouvais espérer dans un rôle, j’étais persuadé que le personnage était trop bien pour moi, que je ne le décrocherais jamais. Un des points les plus délicats a été de trouver un signe de transition pas trop ringard quand Mark passe de son « innie » à « outie ». Avec Ben Stiller, nous avons fait des dizaines d’essai dans cet ascenseur jusqu’à ce que Ben suggère des yeux qui vacillent un peu. Cela nous permettait de passer de l’un à l’autre des états en un clin d’œil !

Le spectateur français peut vous découvrir depuis mercredi dans un tout autre registre : le film d’horreur Hokum . Qu’est ce qui vous a attiré dans ce rôle d’un écrivain peu commode, qui se retrouve piégé dans une maison hantée ?
J’avais apprécié le précédent film de Damian McCarthy Oddity. Il réussissait à être effrayant en braquant, un peu trop longtemps, sa caméra sur des objets inanimés. Ça me mettait mal à l’aise. Les films d’horreur que je préfère sont ceux qui brillent par leur scénario avant de faire peur. Il faut que l’intrigue et les personnages puissent tenir sans. Le sursaut, c’est juste un bonus. J’ai adoré que mon personnage commence comme un gars antipathique, puis que petit à petit, on se demande s’il peut changer.

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